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Avenir sans Pétrole

Saisir l'opportunité du déclin - Essai en attente d'éditeur !

24 Novembre 2016 , Rédigé par Benoît Thévard Publié dans #intro

 

Philippe Lalik et moi-même avons rédigé un essai afin d'apporter notre contribution au débat public, dans la cadre de la transition inéluctable des sociétés industrielles. Le contenu de cet essai vous est présenté ici, afin de transmettre l'esprit dans lequel nous avons travaillé pendant de nombreux mois. Nous n'avons pas encore trouvé d'éditeur et sommes ouverts à toute proposition. Bonne lecture !

 

Dans le passé, bien des générations ont éprouvé la sensation de vivre un moment particulier de l'histoire, un virage, qui les distinguait de celles qui les avaient précédées. Ce fut parfois une réalité historique. Mais aucune d'entre elles n'aura connu ce que nous vivons et allons vivre.

Nous, auteurs de cet essai, fils des 30 glorieuses, serons parents au moment du « Peak everything[1] » et vraisemblablement grand-parents quand l'abondance énergétique sera derrière nous. Notre génération aura connu la frénésie2 de l'ascension du pic, les doutes et incertitudes des cimes puis la désillusion de sa descente. Cette dernière prendra-t-elle la forme d'une décomposition lente, d'un effondrement où d'une gestion raisonnable des pénuries ? Au moment où ces lignes sont écrites, il est encore difficile de se prononcer, bien que la troisième voie se trouve très compromise. Nous n'abandonnons cependant pas tout espoir quant à sa survenue et entendons y apporter notre contribution.

Malgré le discours ambiant qui vise à rassurer les populations quant à la réalité des problèmes, le thème de l'effondrement connait un certain retentissement. Du succès du livre de Jared Diamond au concept du syndrome de l'Ile de Pâques, en passant par les conférences de Dmitry Orlov, la réactualisation des travaux du Club de Rome, la traduction d'un ouvrage de référence de Joseph Tainter, ou plus récemment, l'excellent ouvrage de Raphaël Stevens et Pablo Servignes Comment tout peut s'effondrer, l'idée d'un effondrement de notre civilisation technicienne et de la fin de l’anthropocène fait peu à peu son chemin dans l'esprit de nos contemporains.

Si le thème n'est pas nouveau, les signes avant-coureurs de sa possibilité sont de plus en plus perceptibles et rencontrent l'attention d'une partie de la société. De plus en plus de citoyens ont conscience que le changement climatique, la chute vertigineuse de la biodiversité et le pic pétrolier menacent très gravement les fondements de nos sociétés développées, même s’ils n'ont pas toujours connaissance des ordres de grandeur qui permettent d'appréhender lucidement les phénomènes.

Lorsque des solutions locales aux problèmes globaux sont avancées, il est généralement question de l'alimentation. Ce sont pourtant tous les aspects de nos vies qui seront affectés d'une manière ou d'une autre par ce qu'on appelle par convention la crise. La santé, l'habitat, l'accès au logement, la production de l'énergie, les métiers, le statut de la femme, l'exercice de la démocratie sont autant de domaines qui n'échapperont pas à de profonds bouleversements. C'est pourquoi il nous faut les anticiper pour ne pas avoir en subir des effets potentiellement très négatifs, pour ne pas dire dramatiques.

Le concept de résilience des communautés, popularisé depuis une dizaine d'années par le mouvement des villes en transition, constitue le fil rouge de cet essai. La résilience est l'aptitude d'un système, de l'échelle des individus à celle d'économies entières, à s’adapter, à maintenir son intégrité et à continuer de fonctionner sous l'impact de chocs ou de changements perturbants. Comment favoriser la résilience, par anticipation, d'un territoire soumis à des chocs inédits ?

Nous avons tenté de trouver un équilibre entre analyses et solutions pratiques, entre passé et avenir, entre effroi et enthousiasme. Nous nous sommes également efforcés de demeurer simples sans verser dans le simplisme afin de susciter l'intérêt du spécialiste de ces questions comme celui du profane.

Puisse le lecteur trouver dans ces pages des raisons d'espérer et des motifs pour agir.

source image: http://www.hadeseditions.com

 

 

Les trois parties du livre

 

La première partie est consacrée à un état des lieux de certaines évolutions planétaires qui ne manqueront pas d'influencer en profondeur la vie de chacun. Sont évoqués le pic des ressources énergétiques non renouvelables et celui de nombreuses matières minérales et fossiles, mais aussi la dégradation des écosystèmes et les changements climatiques. Sont également traités un certain nombre de phénomènes décisifs permettant de bien comprendre la complexité des problèmes tels que l'effet rebond, l'énergie nette, le lien entre croissance économique et consommation énergétique, les courbes exponentielles ou la saturation.

Dans la deuxième partie de l'essai, nous envisageons deux évolutions possibles à partir de ces constats. Tout d'abord, ce qui risque de se passer si nous ne changeons pas ce système, si le business as usual l'emporte. Nous y expliquons pourquoi la crise financière n'est probablement que le premier stade d'un effondrement général. Nous détaillons ensuite les risques d'effondrement et nous attardons sur le précédent historique que représente celui de 1300, mettant en lumière les points communs entre la situation qui existait à l'époque et celle que nous vivons aujourd'hui. L'accent est mis sur les ordres de grandeur ayant trait à la problématique écologique et à l'aspect non durable du système socio-économique actuel. Nous précisons que nous vivons une phase historique particulière dans le sens où la quantité d'énergie déployée et les effets sociaux que cela induit ne sont généralisables ni dans le temps, ni dans l'espace.

Après avoir dressé un portrait peu réjouissant des impasses que les sociétés modernes et industrielles ont choisi d’emprunter, nous pouvons également imaginer un futur désirable, réaliste et soutenable. Nous esquissons alors le cadre de ce futur souhaitable. Puisque le seul objectif d’augmentation du PIB n’a plus de sens pour les sociétés modernes et industrielles, il convient de définir de nouveaux objectifs qui devront être déclinés sur chaque territoire en fonction de leur histoire, identité, économie, sociologie et démographie. Nombre de territoire exclus de la mondialisation sont perçus comme des perdants présentant de nombreux défauts. Ils bénéficient toutefois de nombreuses ressources dont les habitants ne soupçonnent pas même l'existence. Les territoires gagnants de l’économie mondialisée n'ont aucune envie de changer la donne et cela peut se comprendre. Mais ceux qui sont condamnés par la dynamique actuelle peuvent et doivent saisir certaines opportunités à condition d'imaginer un avenir hors de la compétition globalisée qu'on leur présente comme inéluctable. Nous proposons ici d’inventer de nouveaux objectifs de prospérité, nous définissons la notion de résilience et de durabilité appliquée aux communautés humaines, ainsi que les critères permettant de l'évaluer.

Dans la troisième partie, nous détaillons par secteur, ce qui pourrait permettre aux communautés de se montrer résilientes face à l'effondrement. Ainsi, nous formulons des propositions très concrètes dans des domaines aussi variés que la gouvernance, l'alimentation, la santé, l'éducation, l'habitat, l'économie, l'énergie et les transports en veillant toujours à demeurer cohérents, c'est à dire en nous appliquant à relier entre eux ces différents secteurs.

Les solutions envisagées localement seront très différentes selon les lieux géographiques, le contexte culturel, la démographie et l'économie. Bien des régions françaises, notamment rurales, se reconnaitront ou retrouveront des éléments assez proches de ceux que nous avons relevés. Les citadins des plus grandes métropoles ne devront pas estimer pour autant que nos propos ne les concernent pas. Il est très probable que nombre d'entre eux seront contraint de rejoindre des zones plus rurales dans les décennies à venir.

Comment conserver une gouvernance démocratique dans la phase si délicate que nous traversons ? Comment concilier démocratie et effondrement ? Afin de répondre à ces questions nous formulons des propositions en remontant aux sources de la démocratie grecque et à la pratique du tirage au sort des gouvernants ainsi qu'aux expériences scandinaves liées aux conférences de consensus. Nous nous intéressons au rôle de l’État tel qu'il fut envisagé par les socialistes utopistes et aux avancées institutionnelles observées très récemment en Amérique du Sud.

La souveraineté alimentaire est au cœur du chapitre dédié à l'alimentation. Nous montrons que la production d'une alimentation abondante et de qualité ne pose pas de  problème insurmontable sous nos latitudes, moyennant quelques changements dans notre régime alimentaire. Nous y abordons également les échanges entre territoires, gages de sécurité en cas d'accidents climatiques impactant les récoltes.

En cas d'effondrement, la santé des populations est davantage mise à mal que la production alimentaire. La qualité de notre système de santé repose sur une organisation très consommatrice d'énergie qui dépend, pour son fonctionnement, d'un prélèvement important sur la production économique. Comment optimiser la santé des personnes dans le cadre d'une pénurie énergétique ? Par des détours par l'état indien du Kerala et l’île de Cuba, nous démontrons qu'il est possible de découpler l'espérance de vie et la bonne santé, du produit intérieur brut. Une refonte de l'organisation du système de santé, l'implication de la population dans celui-ci, une réflexion plus générale sur les causes des troubles mentaux en forte augmentation à travers le monde et le recours à de nouveaux indicateurs sociaux constituent le socle de nos propositions.

L'habitat constitue un aspect important en raison de l'espace grandissant qu'il occupe, de l'énergie qu'il consomme et de la part du budget qu’y consacrent les ménages. Loin d'opposer la ville et la campagne, nous tentons une approche originale en nous référant au modèle si intelligent des cités-jardins qui permet de dépasser cette confrontation afin de réunir les avantages de l'une et de l'autre sans en subir les inconvénients. Nous nous penchons également sur les matériaux utilisés tant pour la construction, la rénovation que le chauffage en mettant en avant les ressources renouvelables disponibles localement.

L’hyper-mobilité est devenue, aux yeux de certains, un besoin vital. Pourtant, tenter d’aller toujours plus vite, toujours plus loin et toujours plus souvent n’est pas tenable sur le long terme tant c’est consommateur d’énergie et déstructurant pour les territoires et les familles. Les sociétés auront toujours besoin de transporter personnes et marchandises, mais puisque ce secteur dépend quasi intégralement du pétrole, il faut repenser non seulement les outils techniques (voitures, autobus, etc.) mais également l’organisation du territoire afin qu’elle permette avant tout de limiter le besoin en déplacements. Nous prônons ici la nécessité de repenser l’accessibilité aux biens et services de première nécessité pour permettre au plus grand nombre de se passer de la voiture.

Actuellement, l'économie domine les débats. Il convenait de la remettre à sa place, c'est à dire au service des populations et de l'encadrer par les limites imposées par les sciences physiques. La protection de l'économie locale et son remaillage, la remise en cause de la pratique des intérêts composés et de la concurrence à outrance, la recherche du bon niveau de technologie ou la création monétaire sont autant de thèmes abordés dans le but de rendre soutenable une économie devenue folle.

Faire face dans de bonnes conditions à une situation amenée à se dégrader nécessite des changements d'appréciation très profonds de la part de la population. Ces changements ne peuvent survenir qu'à travers l'éducation. Seule l'éducation et la diffusion des connaissances théoriques (sciences humaines, sciences naturelles) et pratiques (le retour d'expériences des gens ordinaires) sont susceptibles d'entraîner la société vers des solutions satisfaisantes. Comment ces savoirs peuvent-ils être transmis ? Dans quels cadres et quelles structures une éducation de transition est-elle envisageable ? L'exploration des nombreuses pistes que nous proposons dépend essentiellement des réponses apportées à ces questions.

Pour tous ces domaines, l’énergie est un élément essentiel et structurant. Si de nombreux progrès ont été rendu possibles grâce à la disponibilité d’une énergie fossile abondante et bon marché, nous proposons ici une réappropriation locale des questions énergétiques, pour faire face aux pénuries et chocs énergétiques à venir. La complexification du système énergétique a conduit à une méconnaissance, voire un désintérêt des populations pour l’énergie et les tarifications inadéquates ont conduit à une consommation effrénée. Valorisation durable des ressources locales, diversification, politiques tarifaires vertueuses, gestion locale et interconnectée de l’énergie, sont autant de pistes que nous avons suivies pour tenter de répondre à cet immense défi.

 

Saisir l'opportunité du déclin : conclusion

En résumé, nous nous sommes risqués, à travers cet ouvrage, à relever le formidable défi lancé par Jean-Paul Malrieu, lorsqu'il s'est demandé si la multiplication des fronts partiels de contestation ne nous dispensait pas d'une véritable pensée politique.

Nous nous sommes efforcés de définir quel niveau de vie, quel projet de société était à la fois généralisable et compatible avec les ressources naturelles de la planète. Nous avons formulé des propositions quant au genre d'organisation sociale qui nous permettrait d'y parvenir et identifié les blocages et les obstacles à sa mise en œuvre.

 


[1] L’expression « peak everything », que l’on peut traduire par le « pic de tout », exprime le fait que toutes les indicateurs ayant subi une augmentation exponentielle depuis la révolution industrielle (consommation d’énergie, production de pétrole, production de minerais, démographie mondiale, production alimentaire, etc.) atteignent un maximum, autrement dit un « pic », avant de redescendre.

2     Frénésie : état de délire, de fureur, d'excitation intense. Extrémité où l'on s'abandonne par suite d'une passion.

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phyvette 22/01/2017 07:00

Bonjour Benoît

Alors quelles nouvelles pour 2017 ? Avez vous trouvé un éditeur ?

Ulan 05/01/2017 07:56

Il y a aussi l'excellent livre "Permaéconomie" d'Emmanuel Delannoy.
Où en êtes-vous de la publication ?
Cordialement

juste 27/12/2016 16:04

je pense que les troi on éte bien developé

Luline 19/12/2016 17:51

Il y a aussi les éditions Utopia
http://www.editions-utopia.org/

Luline 19/12/2016 17:49

Bonjour, avez-vous essayé de contacter les éditions Les Liens qui libèrent
Adresse:
2, Impasse de Conti
75006 Paris
Bureaux:
Sophie Marinopoulos : co-fondatrice
s.marinopoulos@wanadoo.fr
Henri Trubert : co-fondateur
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