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Avenir sans Pétrole

2013 : la farce pétrolière continue !

11 Janvier 2013 , Rédigé par Benoît Thévard Publié dans #Regard critique

Au début de l’année 2012, je montrais déjà cette incroyable divergence de pronostics sur l’avenir de la production pétrolière, entre institutions optimistes et experts indépendants pessimistes. Par la suite, toute l’année n’aura été qu’un feuilleton fascinant de surenchères, d’effets d’annonces repris en cœur par les médias du monde entier, de réponses d’experts apportant de sérieuses critiques mais beaucoup moins séduisantes pour la une du NY Times. Le but des marchands de doute est atteint. En effet, en ce début d’année 2013, le monde reste coincé dans un brouillard de chiffres incohérents et donc, rien ne change. Même si le système en place est moribond, la seule manière d’éviter qu'il ne s’écroule est de faire illusion, de semer le doute pour flatter notre résistance au changement.

 

bouclier

 

A cause du prix de l’énergie et des matières premières, la croissance économique a cédé toute sa place à la croissance… du chômage, de la misère, de la pollution, des problèmes de santé, des inégalités… Pour la plupart de nos concitoyens, l’espoir de préserver acquis et privilèges ne tient plus qu’en la foi inconditionnelle dans le progrès et la technologie, un dérisoire filin qui nous raccroche au passé même si le monde a déjà commencé à basculer dans un nouveau paradigme.

 

Au cœur de ce marasme économique et social, les investisseurs ne savent plus où mettre leur argent. Ils sont prêts à gober n’importe quoi et désormais, les bulles spéculatives vont se succéder à grand renfort de communication -que dis-je de propagande- à l’image de la bulle du gaz de schiste américain qui risque d’éclater dans les mois qui viennent. 

 

Tous les détails de la situation sont consultables dans le rapport "l’Europe face au pic pétrolier".

 

La production de gaz américain subit des pertes de 10 Md$ tous les trimestres depuis 2010 et les réserves, contrairement à ce qui est clamé par les médias, ne fourniront pas 100 ans mais 23 ans au mieux si on utilise le ratio Réserves/Production. Autrement dit, la production de gaz aux États-Unis déclinera de toute façon dans les années qui viennent (peut-être même dès cette année), ce qui promet une belle pagaille lorsque les entreprises et les ménages, plutôt que réduire leur consommation, auront changé la voiture ou la chaudière pour qu’elle fonctionne au gaz. Il n’est d’ailleurs pas impossible non plus que la « miraculeuse » production pétrolière du Nord Dakota décline également à partir de cette année.

 

After The Gold RushSur le graphique ci-dessus, on constate que depuis 2010, les recettes de la production de gaz aux États-Unis (en rouge) sont largement inférieures aux investissements nécessaires (en noir) pour compenser le déclin de la production.


En 2013, comme expliqué par Kurt Kobb sur l’excellent « energy bulletin », nous pourrions subir ce fameux choc de confiance qui provoquerait un effondrement économique et systémique, puis une baisse instantanée de la consommation pétrolière. Dans ce cas, le prix du baril pourrait redescendre à 30$ mais nul ne peut prédire les conséquences réelles d’un tel effondrement. Ce qui est certain, c’est que tous les hydrocarbures qui font aujourd’hui la une de l’actualité (sables bitumineux, tight oil, gaz de schiste, offshore profond etc…) ne seraient plus rentables, les investissements s’effondreraient et la production pétrolière mondiale avec.


Nous pourrions également subir l’inverse, c'est-à-dire un choc de l’offre pétrolière lié au déclenchement de conflits au Moyen Orient. Dans ce cas, le baril pourrait atteindre plus de 200$ et vous pourrez vous faire une idée des conséquences potentielles en lisant le dernier chapitre de mon rapport.


Notre système étant basé sur la confiance, l’optimisme des déclarations sera proportionnel à la dégradation de la situation. Pour ceux qui écoutent, regardent et lisent les informations, il va donc falloir jongler entre la réalité des drames et les miracles imaginaires, tout en sachant que tout cela ne tiendra plus très  longtemps.

 

Mais ne restons pas sur ce constat lamentable et prêtons attention à ces choses extraordinaires dont on parle trop peu, ces initiatives qui émergent partout, ces élus qui se mobilisent, ces citoyens qui transforment leur territoire, ces entreprises sociales et solidaires qui naissent chaque jour… 2013 sera aussi l’année des alternatives et des réussites dont je parlerai dans le prochain article.

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iwjcg 15/03/2013 22:04


merci de ces precisions helas les donnée sont toujours fragmentaires preuve s'il en etait besoin de la dissimulation du pic petrolier !

yvest 25/01/2013 09:38


Bon article. La propagande actuelle est en effet vraiment atroce, et ce qui l'est peut-être encore plus est de constater à quel point elle fonctionne, alors que les vrais chiffres restent
disponibles.

écodouble 18/01/2013 11:20


L'agence internationale de l'énergie (AIE) a admis fin 2010 que le pic du pétrole était dépassé depuis 2006.


L'énorme, et ultime, crise financière en cours résulte directement de ce manque de pétrole. Sans une arrivée croissante de ce liquide dans notre système économique, il n'y a plus de croissance
possible ; donc plus de remboursement de dettes possible ; d'où l'affollement des financiers en 2007, eux qui remettaient toujours au lendemain un retour à des pratiques financières responsables.
Ils ont trop tiré sur la corde.
De fait, si nous cherchons à conserver le système actuel fait pour la croissance (système qui refuse les Lois de la Physique), nous resterons en crise, tout simplement parce que la croissance
n'est plus possible.
Donc pour sortir de la crise, il faut changer de système. 


Le plateau actuel de production ne devrait pas durer trop longtemps et 2013 est, selon les vrais spécialistes non relayés par les médias de masse, le début de l'intervale de temps durant lequel
la production va commencer à décliner (5 à 6% par an).


Meadows, Roegen et d'autres avaient prévu, exactement, la situation d'aujourd'hui il y a 40 ans. Mais les Humains n'aiment pas les cassandres et encore moins les réalistes-cassandres. Elle est
comme une grenouille dans son bocal que l'on chauffe petit à petit : elle se laisse cuire.


Le jardinage, l'agriculture intelligente (agroécologie, agroforesterie, ...), le génie écologique pour la restauration des espaces, la récuppération, l'économie d'énergie - ECONOMIE D'ENERGIE ! -
sont l'avenir des femmes et des hommes. Va falloir s'y mettre tous et toutes ! même s'il n'y pas désormais garantie de réussite pour tout et en tous lieux : la résilience a des limites ; surtout
lorsque le manque d'éducation et l'individualisme sont ce qu'ils sont, cela grâce au très Saint Capitalisme.


Un géolgue-réaliste-cassandre, qui prône l'économie de l'économie d'énergie.

olivier 17/01/2013 07:41


Bonjour,


  je reconnais j'ai une vision un peu egoiste des evénements , j'avoue ne pas savoir si il vaut mieux que la déplétion commence le plus rapidement possible  impliquant une prise de
conscience globale et une transition plus rapide (pas sûr, inertie du système + perte de moyen  ) . Ma logique est la suivante , dans le cadre d'une transition et d'un effort sur le
gaspillage , le maintien d'un plateau le plus longtemps permettrait d'allouer les économies à la transition . exemple  :  le pétrole qu'on ne brule/gaspille  pas  dans des
voitures est utilisé pour fabriquer des tuyaux et raccords goutte à goutte qui permettra d'économiser l'eau  etc . 


  Il est évident que si le maintien du plateau ,voire d'une  augmentation courte  de la production , se réalise alors qu'on  laisse   les gens poursuivre le 
gaspillage et la destruction de l'environnement , on ne fait qu'aggraver la situation .


Perso je préfere que la transition , en tout cas la mienne et celle de mes proches , se fasse dans le calme , avec du temps , sans stress  et des moyens . Si un maintien du plateau peut y
contribuer ...

olivier 15/01/2013 07:48


philomenne :  "  Elle m'a dit que selon lui, il y a encore de grandes réserves de pétrole, qu'il n'y a aucun risque de pénurie  "


 


 je fais partie de ceux qui crient au loup ,  mais si le début de la déplétion n'est pas pour demain comme l'annconce les pétroliers , alors je dis tant mieux car je ne suis pas encore
prêt .  Je me prépare aux conséquences du pic pétrole,  Je revitalise un terrain depuis 2009  pour le passer en permaculture ,mais ça ne se fait pas en deux matinées . En prenant
en compte les contraintes de temps , d'argent ,de moyen , et surtout la nature , il faut des années .  là je viens tout juste de repiquer  une vingtaine d'arbres fruitiers ( 
  scion = greffe de 1 an )   , derrière il faudra des années avant d'obtenir quelques choses . concernant le sol ,   cette année il y a  un moins  1/3 où les vers 
de Terre sont biens présents , un autre 1/3 ils commencent à revenir et un autre 1/3 où c'est le désert . À raison d'environ 20 mètres par an  il faudra au moins encore 2 ans avant d'avoir
présence  de vers de terre sur tout le terrain  et plus pour une grande quantité .   Pour la diversité florale pour les polinisateurs,  de même avant d'avoir un début de
quelque chose de correct j'en ai encore pour deux ans minimum !Pour la qualité de l'humus de pareil !  ajoutez que quand vous tester , il faut attendre parfois 1 an avant de voir un début de
resultat , corriger le tir  puis attendre de nouveau  1 an etc , la nature c'est une histoire de temps de beaucoup de temps  


Donc si le plateau pouvait durer longtemps  , très longtemps tant mieux  ...


 

Benoît Thévard 15/01/2013 09:12



Plus le plateau dure longtemps, plus la planète se dégrade, plus les pétroles non conventionnels sont exploités, les forêts primaires rasées, les océans vidées, les émissions de GES augmentées...


Je suis également sur un projet de forêt comestible et j'aimerais avoir le temps, mais à l'échelle globale, est-ce vraiment souhaitable ?