Avenir sans Pétrole

Perspectives énergétiques mondiales (Conférence ASPO - 1ère partie)

4 Mai 2011 , Rédigé par Benoît Thévard Publié dans #Pic pétrolier

De nombreux experts étaient présents à Bruxelles pour la neuvième conférence internationale de l’ASPO sur le pic pétrolier. De Colin Campbell à Jeff Rubin, en passant par Jean Laherrère ou Kjell Aleklett, tous ont fait part de leur analyse sur la question du pic pétrolier et plus généralement de l’avenir des énergies fossiles et des alternatives dans le monde.

 

27042011240Première discussion avec Pierre Mauriaud (Total), Kjell Aleklett (ASPO),

Colin Campbell (ASPO) et Paul Hohnen (Modérateur).

 

L’économiste, l’agronome, le politique, l’expert pétrolier, l’investisseur financier, l’ingénieur, l’expert climat et le géographe n’ont pas forcément la même analyse du constat ni la même vision de l’avenir. Cependant, le mélange de toutes ces visions a permis de faire ressortir des éléments marquants et d’esquisser les grandes lignes de cet avenir sans pétrole.

 

 Pour les plus courageux, la plupart des diaporamas et toutes les vidéos sont accessibles ici.

 

Je vous propose, dans ce premier article, de dresser un constat concernant l’évolution de la production d’hydrocarbures.

 

Pic de pétrole

 

Le pic de pétrole conventionnel est dépassé (depuis 2006 selon l’AIE), la production n’augmentera plus. La production totale de carburants liquides, incluant les biocarburants et liquides de gaz naturel est encore en faible croissance (88 Mb/j -Millions de barils par jour- ces derniers mois) mais sera très contrainte :

 

Capacités d’augmentation de la production:

Maximum de + 6Mb/j entre 2010 et 2015, dont deux tiers sont issues de l’OPEP (+2,1 Mb/j) et du gaz naturel liquéfié (+2,3 Mb/j).

 

Le graphique ci-dessous montre que le potentiel d’augmentation de la production, entre 2009 et 2015 reste très faible (< 1,5 Mb/j à partir de 2011).

 

augmentationSource : U.S. Energy Information Administration

 

Ces capacités sont supposées faire face aux 3 Mb/j qu’il faudra compenser chaque année dans les gisements matures en déclin !

 

Les courbes présentées par Kjell Aleklett, président de l’ASPO, montrent que la courbe de production actuelle se situe entre les scénarios standard et pessimiste.

 

Kjell Aleklett

 

Une intervention de Paul Stevens (Chatham House) évoque les différents scénarios concernant l'Arabie Saoudite. En effet, si le premier producteur mondial de brut continue à se développer comme il le fait actuellement, sa dépendance à l'énergie devrait le conduire à une réduction massive des exportations, allant même jusqu'à devenir importateur net en 2037 !

 

29042011250.jpg

 

Pic de gaz

 

Le pic mondial de gaz devrait être atteint en 2030 (voir en fin d'article) et une attention particulière a été portée sur la situation en Europe. En effet, celle-ci dépend à 67% du gaz en provenance de la Russie (40%) et de la Norvège (27%).  


Or, la Norvège devrait atteindre son pic de production entre 2015 et 2020.

La Russie, dont 50% de la production se situe sur des gisements en déclin, devrait atteindre son pic entre 2030 et 2035.


Au-delà du problème de production, c’est surtout la distribution du gaz qui posera problème. En effet, le marché asiatique, avec la Chine et le Japon notamment, augmente considérablement ses importations et la Russie elle-même consomme une part de plus en plus importante de sa production. Les volumes disponibles pour l’Europe risquent de diminuer considérablement.

 

répart russie


Les hydrocarbures non conventionnels

 

Deep offshore (profondeur >500m) : Le potentiel semble assez restreint et représente environ 5% des ressources pétrolières mondiales. Les gisements principaux exploités actuellement totalisent  91 Gb. Le développement des capacités de production est extrêmement coûteux (environ 10 Md € par champ) notamment parce que la plupart des opérations sont effectuées sur place, en pleine mer (production, traitement, stockage et export). Le record de profondeur est de 8600 m sous le niveau de la mer !

 

deep offshoresource: Total

 

 

Shale Gas (gaz de schiste) : les progrès techniques réalisés permettraient de diminuer les coûts de production et d'augmenter le taux de récupération. Cependant, les problèmes environnementaux ne sont pas pris en compte dans les analyses, comme l’utilisation et la pollution d’énormes quantités d’eau. Les ressources mondiales exploitables sont estimées 37.500 Gm3  (la consommation mondiale est d’environ 3.000 Gm3 /an). 

 

 

shale

 

Gazéification du charbon : Il a été également question de la gazéification souterraine du charbon, technologie en cours de développement à grande échelle. Le procédé consiste à injecter de l’air, de l’oxygène et de l’eau dans des couches de charbon, puis d’extraire un mélange complexe composé de gaz de synthèse (H2, CO, CH4, H2S et CO2), de vapeur, de charbon liquéfié et de particules. Cette technologie nécessite une grande puissance thermique (45 à 55 MW). Les réserves minières actuelles en Europe sont estimées à 254 Milliards de tonnes. Une petite pointe d’ironie avec ce logo « Clean coal » dans le bas du diaporama, tentant de faire croire qu'il est possible d’utiliser proprement du charbon !

 

 

Le pic mondial de charbon devrait avoir lieu en 2055 (s’il n’y a pas de réduction de la demande).  

 

Toutes ces estimations sont représentées sur les courbes ci-dessous, présentées par Jean Laherrère à l’ouverture de la conférence.

 

 pics.JPG

 

 

En bref

 

La production de pétrole conventionnel diminue fortement. La croissance de la production d'hydrocarbures non-conventionnels est très limitée, notamment à cause de investissements financiers majeurs qu'il faut réaliser, mais également à cause des grandes contraintes environnementales (climat, eau potable ...).

 

Le temps de l'énergie bon marché est terminé car la seule source peu coûteuse en production (<20$/baril) mais également en investissement, a entamé son déclin.

 

Évidemment, les aspects économiques ont une influence majeure sur l'évolution de ces courbes, tant pour la consommation que pour les capacités de production. C'est ce que nous verrons dans le prochain article.

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luline 05/05/2011



Merci pour ce début de résumé. Je m'interroge toutefois quand vous dites que l'Arabie saoudite deviendra importanteur, alors qu'il est actuellement le premier exportateur. Si ce pays ne peut plus
experter, d'où et de qui pourra-t-il importer. Ce ne sont pas les gaz de schistes qui combleront le déficit, surtout si la planète continue d'augmenter sa consommation globale. Il me semble
qu'une bonne réflexion et une bonne analyse obligent à ne pas occulter les scénarios futurs.



OneDrop 05/05/2011



Bonjour,


Pour avoir participé à la conférence ainsi qu'à celle au Parlement Wallon et au Parlement Européen, j'en tire une conclusion générale : nous avons de plus en plus d'informations pour tenter
d'évaluer le pic pétrolier, nous savons que le monde a entamé son entrée dans une nouvelle ère (transition?; effondrement?; lent déclin?).


Face à cela, encore trop peu de solutions sont envisagées de manière pragmatique (des recherches sont tout de même menée, cf. travaux extremement pertinents de Susan Krumdiek de l'université de
Canterbury, NZ) et les mondes politique, économique et citoyens n'ont pas encore admis le phénomène car très probablement, ses conséquences ne sont pas compréhensibles dans leur "référentiel de
réflexion".


Travaillant pour une société de consultance en ingénierie, j'ai reçu, même de la part de certains collègues, des réflexions très "religieuses" comme l'a évoqué Philippe Lambert, représentant des
Verts au Parlement Européen. Les vieux concepts ont la vie dure malheureusement. Nous devons regarder les chiffres, avoir une approche rationelle et objective. Vous conviendrez qu'il est
difficile d'avoir une discussion rationnelle avec un "pretre" avait-il souligné.


Je reprendrais donc les conclusions des différentes conférences qui invitent l'ASPO à plus de pédagogie afin d'atteindre le grand public, le phénomèe de la dépletion et ses conséquences étant
suffisamment complexe.



Luline 05/05/2011



Benoît, merci pour ta réponse qui conforme la mienne. Nos parents ont vu le monde se transformer après la seconde Guerre mondiale. Mais cette mutation a mis plus de 30 ans, et cela à
engendrer les contestations de 1967-1970, et puis celle-ci a été laminée, repoussée dans une marginalité telle, qu'elle n'existait plus. Et tout revient au galop. On reparle d'Ivan Ilich, de
Nicholas Georgescu-Roegen, des hippies, bientôt d'Alan Watts, de Marcuse et tant d'autre. Le monde de demain sera complètement bouleversé. Ce sera dur pour l'Occident, mais les autres pays
ont-ils conscience que leurs espérances vont aussi s'écrouler. Toutes les civilisations ont des ressources philosophiques pour survivre, alors la ou les métamorphoses dont parle Edgar Morin
pourront avoir lieu, et nos enfants verront bien qu'elle en sera le résultat.


Bien cordialement


 



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