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Avenir sans Pétrole

Débat National sur la Transition Energétique : vers un scénario de science-fiction ?

4 Juin 2013 , Rédigé par Benoît Thévard Publié dans #Regard critique

Peut-être avez-vous participé à des débats locaux sur la transition énergétique, assisté à des conférences ou visité des installations lors de journées portes ouvertes. Peut-être que, comme-moi, vous avez été content de voir la question de l’énergie redescendre jusqu’au citoyen, lui permettant de se questionner sur certains aspects fondamentaux de notre société et de son avenir.

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J’ai moi-même été invité à faire des conférences dans ce cadre, afin de présenter le contexte auquel nous sommes et allons être soumis :

- Le déclin de la production mondiale de carburants liquides débutera avant 2020 et la France importe 98% de ce qu’elle consomme.

- L’électricité ne représente que 22% de l’énergie finale consommée en France, contre 46% pour les produits pétroliers. La transition énergétique ne doit pas se cantonner au débat sur le nucléaire.

- La diminution de l’ énergie nette est une limite physique dont il faut absolument tenir compte

- Toute notre société est basée sur la disponibilité d’une énergie bon marché qui tend à disparaitre.

- Notre impact sur le climat nous (français) impose de réduire nos émissions de GES de 80 à 95% avant 2050.

- Il n’existe pas de croissance économique au niveau mondial sans augmentation globale de la consommation d’énergie.

- Nos besoins les plus essentiels (manger, boire, se soigner, se chauffer…) peuvent être remis en cause à tout moment à cause de notre extrême dépendance à une énergie fossile dont l’Europe ne dispose quasiment pas.

Voilà quelques éléments de base que chacun des intervenants dans ce débat devrait avoir à l’esprit pour contribuer à la construction d’un scénario énergétique pour la France. Le nombre important d’experts de milieux différents, plus ou moins indépendants devrait garantir que les aspects les plus essentiels ne pourront pas être évacués et qu’aucune erreur grossière ne saurait être commise. L’emploi du conditionnel est volontaire puisque ce n’est visiblement pas le cas.

Alerté pas certains chiffres annoncés par Yves Cochet lors de sa présentation à Sciences Po’ le 28 mai dernier, je suis allé voir si les absurdités qu’il décrivait étaient bien réelles. Après vérification, le groupe de travail « Quelle trajectoire pour atteindre le mix énergétique en 2025 ? Quels types de scénarii possibles à horizon 2030 et 2050, dans le respect des engagements climatiques de la France ? » semble bien avoir eu des difficultés à faire preuve d’esprit critique et de réalisme. Les rapporteurs de ce groupe admettent d’ailleurs ne pas avoir atteint l’objectif de s’entendre sur une trajectoire.

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Crédit : Arnaud Bouissou / MEDDE

Avec pas moins de 50 membres issus de 25 organisations différentes (syndicats, ONG, élus, Etat, etc.), le groupe s’est réuni 12 fois pour analyser onze scénarios énergétiques existants (ADEME, NégaWatt, Global Chance, RTE, GrDF etc.) et définir des trajectoires possibles pour la France. Le groupe n’a pas pu faire "d’évaluation respective ni de sélection parmi les scénarios". Et c’est bien le problème !

Ces scénarios ont été classés en quatre catégories :

-    SOB : sobriété énergétique et sortie du nucléaire (NégaWatt)

-    EFF : Efficacité énergétique et diversification (Ademe)

-    DIV : Demande stable et diversification (ANCRE div.)

-    DEC : Electrification et décarbonation (Négatep)

Les deux premiers tablent sur une baisse de 50% de la consommation d’énergie finale alors que les deux autres envisagent une baisse de 12 à 15%. La seule catégorie qui s’oriente vers un modèle qui sortirait d’une logique de croissance et de production industrielle est la catégorie SOB, illustrée par les scénarios négaWatt, Greenpeace, WWF et Global Chance. Autrement dit, tous les autres considèrent qu’il sera possible de continuer à faire de la croissance économique jusqu’en 2050, tout en diminuant la consommation d’énergie. C’est ici que le raisonnement logique s’arrête. C’est ici que le monde se sépare entre les écolos, les rêveurs et les filous.

Ecolos

N.B : Quand je dis « écolos », c’est parce que les bien pensants ont tendance à affubler de ce petit sobriquet toute personne qui pense raisonnable d'envisager une sortie du nucléaire et/ou toute personne qui pense que la croissance a des limites et/ou toute personne qui pense que l’humanité ne pourra pas survivre sans un environnement naturel préservé.

Les scénarios de sobriété sont portés par des ONG environnementales et des associations d’ingénieurs et scientifiques dont les travaux tiennent compte des menaces qui pèsent sur l’environnement, et par extension sur l’Homme. Légitimes ou non aux yeux d’experts, ces organisations posent un sérieux problème aux décideurs, puisqu’elles se refusent à considérer la croissance du PIB comme un critère déterminant pour les décennies à venir. De fait, la base de discussion est différente des autres scénarios et aucun accord ne peut être trouvé dans ce contexte.

En même temps, ne pas prendre en compte le PIB est bien plus confortable puisque cela permet de s’affranchir des logiques de marché devenues bien volatiles et imprévisibles. Mais faut-il le rappeler, ce sont bien ces logiques capitalistes qui ont conduit, durant les dernières décennies, à la construction de ces multinationales sans lesquelles les éoliennes et les panneaux solaires n’auraient jamais connu un tel progrès et une telle baisse de coûts de production sur lesquels s’appuient justement les scénarios « écolos ».

Cela dit, pour ceux qui connaissent mon discours, vous savez que la démarche de sobriété reste la seule réaliste et raisonnable à mes yeux. C’est pourquoi ces scénarios seront probablement ceux qui se rapprocheront le plus de la réalité.

 

Rêveurs et filous

Pour les autres, un seul paramètre suffit à les discréditer : l’hypothèse de croissance du PIB. Pour faire simple, les auteurs considèrent que le PIB pourra croitre de 1,7 à 1,8% par an jusqu’en 2050. Comme vous pouvez le voir sur le graphique suivant, cela veut dire un doublement du PIB de la France en 2050, tout en diminuant de 12 à 50% notre consommation d’énergie finale, selon les scénarios.

croissance.JPGAttendez-voir … doublement du PIB … diminution de la consommation d’énergie … doublement du PIB … diminution de la consommation d’énergie …

Rien ne vous choque dans ces formulations d’une simplicité déconcertante ? Visiblement, de telles hypothèses sont jugées recevables par le groupe de travail. Je ne vois donc qu’une seule solution : la croissance économique spirituelle. Il suffira de rester au lit et de penser pour créer de la richesse !

Alors, parmi les auteurs des scénarios concernés, il y a surement des personnes qui n’ont tout simplement pas compris le lien entre l’économie et la physique (ce qui est grave). D’autres ont surement compris, mais ils pensent que les ressources sont illimitées (ce qui est très grave). Enfin, il reste ceux qui mentent effrontément, ceux que l’on appelle « les marchands de doute » et qui ne sont là que pour faire en sorte que rien ne change et justifier, par leur statut d’expert, la préservation du modèle en place (ce qui est impardonnable).

 

Parodie de travail sérieux

Je ne critique pas le débat en lui-même et la manière dont il a été mené techniquement. Il n’est d’ailleurs pas tout à fait terminé et cette consultation nationale est une véritable prouesse, il faut le souligner. En revanche, j’espérais que la consultation d’une grande diversité d’acteurs pourrait conduire au déclassement pur et simple de certains scénarios parfaitement irréalistes.

Des milliers de personnes mobilisées, tous les meilleurs experts français, les ONG, les multinationales et coopératives de l’énergie consultés, toute cette intelligence, cette énergie, ce travail pour finalement manquer l’immanquable ! Mesdames et messieurs, je suis au regret de vous annoncer que malgré cette consultation, le débat sur la transition énergétique n’aboutira probablement qu’à un formidable scénario de science-fiction énergétique.

 

Mise à jour juin 2014

Ce qui devait arriver arriva: la loi sur la transition énergétique prévoit bien une division par deux des consommations d'énergie alors que le reste du gouvernement souhaite relancer la croissance économique. La main droite ignore ce que fait la main gauche !

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Andromède 03/01/2014 15:16


Entre 1940 et 1970, la température globale a baissé de 1,5°C.

Vers 1975, les scientifiques s'inquiétaient d'un possible retour à une "petit âge glaciaire".

Voici aussi ce que dit un glaciologue, Robert Vivian, directeur de l'Institut de Géographie Alpine, président de la section française de l'International Glaciological Society :

http://virtedit.online.fr/vivian_dern.html

Dans la relation réelle entre CO2 et température les entorses sont notables :

- entre 1918 et 1940, fort réchauffement, du même ordre de grandeur que celui des dernières décennies ... mais le taux de CO2 n'a alors progressé que de 7 ppm (de 301 à 308). L'année 1950
représente le minimum-minimorum du recul glaciaire du 20e siècle et plus généralement de l'évolution des glaciers au cours des quatre derniers siècles

- de 1940 à 1970, la hausse de CO2 a été de 18 ppm (308-326) mais la température ne s'est pas élevée ... et les glaciers alpins ont avancé

- seule la hausse de température des années 90 coïncide avec une hausse du CO2 (plus de 22 ppm) et à un recul majoritaire des glaciers.

Eric 27/07/2013 20:16

Tres belle intuition que la croissance spirituelle: quand on progresse sur ce plan, la decroissance materielle est envisageable, voire desirable. N eteignez pas la tele, jetez la ( enfin recyclez
la ;-)

Andromède 05/07/2013 12:26


Certains feraient mieux de s'informer sérieusement, sans quitter la galaxie.

Pour la calotte glaciaire : le 17 mars 1959, le sous-marin SSN-578 fait surface dans les eaux libres, au pôle nord, pour y déposer les cendres de George Hubert Wilkins, géographe australien,
célèbre explorateur polaire (Artique et Antartique) :
http://navsource.org/archives/08/575/0857824.jpg

Pourtant, c'était seulement la fin de l'hiver, période d'extension maximale des glaces de la calotte polaire.

Autre rendez-vous au pôle nord en août 1962 :
http://www.navsource.org/archives/08/0858411.jpg

Pas grande différence pour l'eau et la glace avec mars 1959.

Et le 18 mai 1987 : http://www.john-daly.com/polar/arctic.htm

Cette fois, il y avait trois sous-marins. Le pôle nord est un lieu à la mode pour se retrouver.

écodouble 04/07/2013 18:37


En réponse au commentaire n°16


Tient ! Un troll extra-galactique !

Andromède 03/07/2013 15:28


Un réacteur nucléaire peut être arrêté du jour au lendemain. D'ailleurs, quatre réacteurs se sont arrêtés en même temps, en urgence, le 12 février 2009 à
la centrale de Blayais, près de Bordeaux. Ensuite, il suffit de laisser refroidir quelques jours pour pouvoir retirer le combustible et le mettre en piscine.

Arrêter tous les réacteurs français en un an poserait un peu plus de problème qu'au Japon, puisque notre électricité en dépend à 75% (c'était 28 à 30% au Japon).

Sur l'énergie, vos propos sont d'une grande utilité pour les publics que vous pouvez rencontrer. Dommage que vous fassiez référence à J... , un colporteur notoire du nucléaire.

Mais sur le climat, vous manquez des quelques références qui vous éviteraient de suivre le troupeau médiatique.

Cet article de la revue "La Recherche" de juin 1999.
http://www.dissident-media.org/infonucleaire/LaRecherche_n321_juin1999.pdf

Des fraises à Noël à Liège en 1116 et des figuiers à Cologne vers 1200.

C'était l'optimum médiéval (environ 950 à 1250), avec des températures plus chaudes qu'aujourd'hui.

A la fin du moyen-âge, les glaciers s'étaient retirés très haut dans leurs bassins, au point que l'on pouvait depuis le Montenvers faire remonter les vaches et les passer en Italie par le col du
Géant.

Ensuite, il y a eu le "petit âge glaciaire" de 1550 à 1850 environ, avec ses fêtes foraines sur la Tamise gelée à Londres (River Thames Frost Fairs), la Seine que l'on traversait à cheval à Paris
pendant que l'on débitait le vin (gelé) à la hâche dans les tavernes (1709-1710).

A l'époque, on avait peur de l'avancée des glaciers, qui avaient déjà engloutis plusieurs villages dans les Alpes. Voir encore vers 1860 :
http://www.glaciers-climat.fr/Glacier_d_Argentiere/0argentiere.jpg

Et par ailleurs : "Le PAG est le dernier épisode géologique qui a vu les glaciers avancer. Il a duré environ 500 ans, avec plusieurs maxima, le premier vers 1370, le deuxième vers 1630  et
le troisième entre 1820 et 1850. Pendant ce demi-siècle les glaciers détruisent régulièrement des alpages, des pâturages et des maisons  d’habitations."

Comme c'est curieux, les courbes de température du GIEC et d'autres commencent en 1860.