Avenir sans Pétrole

Kashagan: le pétrole qui voulait rester sous terre !

31 Octobre 2013 , Rédigé par Benoît Thévard Publié dans #Pic pétrolier

C’est en mer Caspienne, au Kazakhstan, qu’a eu lieu l’une des plus grosses découvertes pétrolières de ces quarante dernières années, avec plus de 38 Gb (Milliards de barils) dont 13 Gb potentiellement récupérables (seulement quatre mois de la consommation mondiale). Ce gisement géant pourrait offrir de belles perspectives de production, mais malheureusement, la nature est capricieuse et tous les efforts déployés semblent ne pas suffire pour contourner tous les obstacles et contraintes. Ce gisement est un peu l’illustration, presque caricaturale, de ce que nos sociétés sont obligées de faire pour continuer à alimenter, en or noir, nos économies modernes.

 

eau bleue

Installations du gisement de Kashagan. Credit Photo: lesechos.fr

L’histoire est compliquée dès le départ, avec des rebondissements politiques, des problèmes techniques et de pollution qui provoquent le retrait des premières compagnies impliquées. Finalement, c’est un consortium de sept compagnies internationales (Total 16,81%,  Eni 16,81%, Shell 16,81%, ExxonMobil 16,81%, KazMunayGas 16,81%, Conoco-Phillips 8,4% et Inpex 7,56%) qui travaille pour tenter d’exploiter ce pétrole dans des conditions extrêmes. En effet, il s’agit d’un des projets les plus coûteux jamais réalisé, mais il est en train de virer au cauchemar pour les industriels.

Les défis sont considérables l’ingéniosité humaine est très sérieusement mise à contribution dans cette aventure. Tout d’abord, l’amplitude thermique de la région est énorme, entre +40°C et -40°C, ce qui implique que la mer Caspienne est gelée une partie de l’année et la construction d’îles artificielles a été nécessaire pour se protéger des glaces. Il a fallu pas moins de 13 millions de tonnes de sables pour protéger les gigantesques installations.

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Ensuite, le niveau de cet immense lac subit de grandes variations dont certaines restent mystérieuses. En 1977 par exemple, le niveau a baissé de trois mètres, avant de remonter de 2,35 mètres en 1995, détruisant au passage les habitations qui avaient été construites sur le rivage.

La profondeur est également une contrainte majeure. Non pas la profondeur de l’eau, puisqu'elle n’est que de quelques mètres sur le site de production, mais le pétrole est situé à 4,2 km sous terre. A de telles profondeurs, la pression est énorme, environ 770 bars (300 fois la pression d’un pneu de voiture), contre 300 à 400 bars en conditions normales.

Enfin, les hydrocarbures sont saturés en soufre, très corrosif et le pétrole en contient jusqu’à 20%. La construction d’une usine de traitement sur la terre ferme s’est imposée. Le H2S (sulfure d’hydrogène), gaz acide présent en grandes quantités, présente un risque important du fait de sa haute toxicité, que ce soit pour les travailleurs ou pour l'environnement. Il est prévu de réinjecter le gaz acide dans le gisement, ce qui permettra de maintenir la pression dans le réservoir.

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Usine de traitement de Bolashac. Crédit photo: ©NCOC

 Evidemment, tout ceci entraine des risques de pollution considérables dans cette zone : pluies acides, mortalité d’animaux, etc. Ce territoire est une zone importante de migration et de développement d’oiseaux uniques et de poissons comme l’esturgeon.

Avec tout cela, le projet a déjà coûté près de 50 milliards de dollars soit cinq fois plus que prévu. Malgré cela, les problèmes continuent de s’accumuler:

- 11 septembre 2013: Kashagan fait la une des médias : démarrage de la production, avec 8 ans de retard !

- 25 septembre 2013 : arrêt de la production suite à une fuite de gaz

- 06 octobre 2013 : redémarrage de la production

- 10 octobre 2013 : nouvel arrêt de la production suite à une détection de gaz

- 24 octobre 2013 : le consortium annonce qu’il faudra plusieurs semaines avant la reprise de la production.

- 31 octobre 2013 : la société ConocoPhillips sort du projet et revend ses parts à la compagnie KMG

L’objectif initial était de produire au maximum 1,5 Mb/j, soit l'équivalent de consommation française. Malheureusement pour les partenaires de ce projet, il va être très difficile de trouver des clients avec de tels coûts de production.

La banque Goldman Sachs estime que le prix de vente minimal de ce pétrole se situe à 125$/baril, autrement dit, même au prix élevé actuel du pétrole, cette production n’est pas rentable. Au prix actuel du brut, si l’on tient compte des coûts de transport du pétrole, les pertes pour les producteurs seraient supérieures à 10%.

Voilà l’histoire d’un projet pétrolier qui n’en finit pas de s’enliser. Il est à l'image de tous ces grands projets coûteux et destructeurs (sables bitumineux, pétrole et gaz de schiste aux Etats-Unis, etc.) qui remplacent aujourd'hui le pétrole conventionnel se faisant de plus en plus rare.

Entendons-nous pour autant parler d'une sortie progressive de la dépendance au pétrole ? Les gouvernements s'inquiètent-ils du futur de la production pétrolière et de sa disponibilité sur les marchés ? Rien n'est moins sûr.

 

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Dubief 05/11/2013


Pour répondre à un message précédent, ce n'est pas le nucléaire qui va changer la situation.

Et pour ceux qui se préoccupent, à tort ou à raison, des gaz à effet de serre, le nucléaire n'est en rien le "sauveur" que certains proclamment.

En savoir plus :
http://energeia.voila.net/electri/co2_ges_nucle_renouv.htm

Si même les statistiques des organisations internationales mettent le doigt dessus ...

Par ailleurs, l'avenir du charbon n'est guère plus enviable que celui du pétrole :
http://energeia.voila.net/fossile/charbon_declin.htm

Le "peak coal" aurait déjà été atteint aux USA, peut-être pas en tonnage mais en contenu énergétique.

Tandis que le prix du gaz a augmenté d'au moins 30% depuis un an, de mois à mois. Avec poursuite de la hausse en 2014.

La bulle financière du gaz de schiste se précise.

bob 15/11/2013


peut-etre une solution ?


http://2ccr.wordpress.com/2013/11/14/4900/

écodouble 16/11/2013


Bob,


Si vous avez lu le texte que vous avez donné en lien, vous avez dû vous rendre compte que la voiture électrique n'est pas une solution.


Et encore, ce qui est évoqué dans cet article ne concerne que le carburant de cette voiture ! Pensez que l'énergie consommée pour construire ce type de bagnole, c'est presque exclusivement du
pétrole.


Donc, plus de pétrole, pas de voiture électrique !


Et oubliez aussi l'hydrogène. C'est d'abord de l'électricité !

bob 16/11/2013


j'ai entendu parler de voiture a air comprimé...

écodouble 17/11/2013


Bob,


Avec quoi croyez vous que l'air est comprimé (200 à 400 bars) ?


C'est les conducteurs qui soufflent ?


Hélas, non. Fée électricité toujours !


On ne peut pas tricher avec l'énergie.


Alors oubliez aussi "l'énergie libre", la pile à combustible, le moteur à eau, le bio carburant, les algues, les graisses de canards, etc, et apprenez à détecter la bêtise humaine : en la
matière, elle est partout.


La solution, c'est l'économie de l'économie d'énergie qui se fonde sur le captage de l'énergie solaire avec des machines dont le rendement est bon : Les arbres, les bâtiments passifs avec
chauffe-eau solaire, les moulins à eau et à vent, les moteurs Stirling pour des usages agricoles et pour produire un peu d'électricité.


http://fr.wikipedia.org/wiki/Moteur_Stirling

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