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Avenir sans Pétrole

L'énergie à tout prix !

7 Mars 2011 , Rédigé par Benoît Thévard Publié dans #Regard critique

L’humanité est en train de vivre un tournant majeur de son histoire et les spéculations vont bon train pour prédire notre avenir. Du pétrole abiotique à la décroissance, en passant par le gaz de schiste, la guerre mondiale, la sobriété heureuse, la fusion nucléaire ou la vie sur Mars, chacun tente à sa manière d'envisager le futur.


L’intelligence technique nous a permis des développements démographique, technologique et économique exponentiels, grâce à une maîtrise toujours plus avancée  des outils et ressources énergétiques.


Par ailleurs, les progrès que nous avons réalisés nous permettent également de faire un meilleur constat, une meilleure observation de la situation : évolution du climat, diminution de la biodiversité, croissance démographique, déforestation, pollutions, accès à l’eau potable …

 

deforestation.png

 

Zones de déforestation et de désertification dans le monde en 2006


Comment est-il possible, malgré les constats indiscutables d’une situation plus qu’inquiétante, que nous soyons toujours incapables de faire des choix avec intelligence et une volonté réelle d’évolution durable de notre société ?


Je m’interrogeais, dans un autre article, sur l’intérêt de remplacer le pétrole pour compenser le déclin de la production. En effet, je tente à travers ce blog de sensibiliser sur la pénurie énergétique à laquelle nous allons faire face, tout en invitant les lecteurs à réfléchir sur la préparation de notre avenir. Mais, puisque je me présente comme un ingénieur en énergie, je suis donc supposé être en quête de solutions énergétiques. C’est d’ailleurs le rôle de toutes les entreprises et bureaux d’études dans ce secteur : apporter une réponse à un besoin dont on sait aujourd’hui qu’il ne cesse de croître.


Malheureusement, nous (la communauté humaine) avons une fâcheuse incapacité à prendre du recul et à considérer le monde dans toute sa complexité, comme le souligne Edgar Morin. Ainsi, nous avons découpé chaque secteur de la société en spécialités ou domaines de compétences à l’image des ministères de notre gouvernement, rendant quasiment impossible toute prise en compte des interactions entre les différents secteurs.


Pourtant, l’énergie est présente partout : alimentation, santé, habitat, transport, industrie, agriculture, sport, nature, sécurité, défense, commerce …

C’est pourquoi, avant même de savoir combien nous devrons produire d'énergie et comment la produire, nous devons engager un travail important sur la modification de toutes les utilisations de l’énergie afin de supprimer tous les gaspillages et toutes les consommations inutiles, et donner la priorité absolue aux besoins vitaux de la population. Il s’agit d’un travail complexe mais indispensable.

 

pensee-complexe-edgar-morin.jpg


On constate que des efforts sont faits pour prendre en compte cette complexité dans l’organisation du territoire, mais cela implique des compromis permanents. En effet, certains intérêts ne sont pas compatibles et peuvent se neutraliser. Il faut dire que combiner écologie et énergie n'est pas toujours facile !

 

Pour promouvoir le développement rapide et massif d’une technologie ou de l’exploitation d’une ressource il faut généralement créer une incitation financière (comme pour le photovoltaïque en France, jusqu’à ces dernières semaines) et/ou supprimer certaines contraintes réglementaires, fiscales, administratives ...


Un très bon exemple serait celui des Etats-Unis dont le gouvernement permet, en 2005, aux sociétés d’extraction des gaz de schiste de ne plus être soumis aux obligations concernant la pollution de l’eau (Clean Water Act). Cela a provoqué une progression considérable du nombre de forages grâce à la diminution des coûts et des responsabilités des exploitants, mais les conséquences humaines et environnementales ont été dramatiques sur certains territoires.


 

article_GasLand.jpgDu gaz naturel au robinet, image tirée du film GasLand (source: 20minutes.fr)


Ces décisions unilatérales ne sont donc pas compatibles avec une gestion durable des ressources, avec la notion d’écologie, avec le respect permanent de la nature et des citoyens.


Je me pose donc la question suivante :


Dans la perspective d’un pic des ressources fossiles conventionnelles... 

 

... faut-t-il trouver des solutions énergétiques A TOUT PRIX permettant de limiter les impacts (potentiellement dramatiques) à court terme de la crise, même si cela peut avoir des conséquences dramatiques sur l'équilibre de notre écosystème ?

 

... ou faut-il se résoudre   à vivre définitivement avec beaucoup moins d’énergie, à payer le prix fort d’une transition qui sera difficile mais indispensable et à construire dès aujourd'hui une société durable  ?


Mon point de vue


Nous devons changer de regard sur le monde. Nous devons réapprendre à vivre avec moins d’énergie, avec ce que la planète nous offre de renouvelable et de durable. Si je parle beaucoup du pic pétrolier et de ses conséquences, je n’oublie pas toutes les autres contraintes auxquelles nous sommes et serons soumis : climatiques, alimentaires, géopolitiques, sociales, sanitaires…


On ne peut plus se préoccuper uniquement du problème de l’énergie sans prendre en compte les impacts potentiels sur les autres contraintes. Il faut cesser de « rafistoler » notre système en investissant notre temps, notre énergie et nos finances dans des solutions qui, sous prétexte de régler le problème d'un côté, vont en créer de nouveaux, parfois bien plus graves.


Rob Hopkins avait bien compris cette notion lorsqu’il a imaginé la démarche des villes en transition. Il explique très simplement que nous devons prendre en compte à la fois le problème du pic pétrolier et celui du changement climatique, parce que les solutions appliquées à l’un peuvent aggraver l’autre.


Pour moi les choses sont claires. Nous n’avons pas d’autre choix que de changer en profondeur notre organisation et nos modes de vie, sans plus attendre. Nous avons déjà atteint les limites de l’exploitation des ressources planétaires. Mettons un peu de morale et d’éthique dans notre manière de produire et de consommer, analysons les impacts de chacun de nos choix sur nos semblables et sur notre écosystème.


Dans cette période charnière, il est indispensable de prendre le recul suffisant pour ne pas faire des choix que nous pourrions regretter. Désormais, il est temps de changer de paradigme, de vision de notre société. Enlevons nos œillères de spécialistes, apprenons à écouter et à prendre en compte les priorités et contraintes des autres, ainsi nous pourrons imaginer des solutions justes, équilibrées et durables.

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rene 08/03/2011 09:54



""Un très bon exemple serait celui des Etats-Unis dont le gouvernement permet, en 2005, aux sociétés d’extraction
des gaz de schiste de ne plus être soumis aux obligations concernant la pollution de l’eau (Clean Water Act). Cela a provoqué une
progression considérable du nombre de forages grâce à la diminution des coûts et des responsabilités des exploitants, mais les conséquences humaines et environnementales ont été
dramatiques sur certains territoires.""


C'est un sacre tour de passe-passe des americains pour que l'affaire soit rentable 



Benoît Thévard 09/03/2011 19:52



Oui, on se demande vraiment comment ils arrivent à rentabiliser tout cela !!!