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Avenir sans Pétrole

L'énergie nette va-t-elle bientôt disparaître ?

23 Mai 2013 , Rédigé par Benoît Thévard Publié dans #Pic pétrolier

Dans un article précédent, j'évoquais cette course sans fin à laquelle nous participons pour produire de l'énergie à tout prix: extraire du pétrole pour extraire du pétrole etc.

 

J'y expliquais notamment les notions d'ERoEI (taux de retour énergétique) et d'énergie nette (énergie disponible pour la société, une fois que l'on a soustrait ce qui était nécessaire pour produire cette énergie).

 

Vous m'avez fait part de votre questionnement concernant l'ERoEI minimal global pour qu'une société industrielle fonctionne, car nombre d'entre vous semblait surpris de lire qu'il devait être d'environ 8 à 10 pour permettre à notre civilisation moderne d'assumer le développement, la croissance économique et démographique qu'elle appelle de ses voeux.

 

C'est un fait, pour construire des aéroports, des autoroutes, des immeubles qui vont chatouiller le ciel et des mégalopoles de 30 millions d'habitants, nous devons disposer physiquement d'une énergie nette suffisante. Mais dans la réalité, les choses vont encore plus loin que cela, c'est ce qu'explique Charles A. S. Hall, le grand spécialiste de l'ERoEI dans un document mis en ligne sur le site du Post Carbon Institute.

 

C-Hall.JPG

 

Il s'agit là d'évaluer l'impact du prix de l'énergie sur le taux de retour énergétique pour les pays importateurs. Vous verrez que l'énergie nette disponible n'est pas uniquement liée à des aspects technologiques ! Je m'explique.

 

Lorsqu'un pays ne dispose pas de l'énergie nécessaire, sur son territoire, pour alimenter le fonctionnement de son économie, il doit l'importer. C'est le cas de tous les pays de l'OCDE mais également des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), tous importateurs nets de pétrole, sauf la Russie.


Prenons le cas de la France. Pour acheter le pétrole qu'elle importe à plus de 98%, elle doit produire de la richesse économique (PIB) au travers d'exportations, afin de disposer de l'argent nécessaire à l'achat de ce pétrole. Or, plus ce dernier est cher, plus la quantité de biens et de services que les Français devront fournir pour produire la richesse suffisante sera élevée.

 

Autrement dit, plus le prix du baril augmente, plus l'activité économique doit augmenter pour simplement payer l'énergie importée. Il faut donc consommer davantage d'énergie puisque toute activité, quelle qu'elle soit, entraîne une consommation d'énergie. Par conséquent, l'investissement énergétique nécessaire pour obtenir de l'énergie augmente et de fait, l'ERoEI et l'énergie nette disponible diminuent.

 

shadoks3

Pour illustrer cela, Hall explique alors qu'avant le choc pétrolier de 1973, l'ERoEI du pétrole importé par les USA était d'environ 25:1 (1 baril investi pour 25 barils récupérés). Au moment du choc, la hausse du prix a fait descendre l'ERoEI à 9:1, puis lors du second choc de 1979, il serait descendu jusqu'à 3:1. Dans les années qui ont suivi et jusqu'au début des années 2000, l'inflation (hausse des prix des biens et services) a permis de le faire remonter sensiblement, puisqu'il fallait moins de production réelle pour payer la facture énergétique.

 

Depuis 2003 et la hausse vertigineuse du prix de l'énergie, l'EroEI américain redescend à nouveau et il est aux alentours de 10:1. Mais attention, même si ce chiffre peut sembler acceptable, il est totalement virtuel puisqu'il n'est pas soutenu par la croissance de l'économie, mais uniquement par la dette !

 

rech-croissance-dette-souveraine-importations-hydrocarbures.pngSource: http://petrole.blog.lemonde.fr/

 

Imaginons que les créanciers (pays de l'OPEP et Chine notamment) veuillent convertir le remboursement de la dette des pays importateurs en bien et services réels ? Il faudrait alors consacrer le peu d'énergie qu'il nous reste aux exportations, au travers de nourriture, voitures, routes... A ce moment-là, nos économies toucheront le fond, le monde comprendra alors qu'il n'est pas possible de s'affranchir des limites physiques de notre planète.

 

Cette manière de regarder l'évolution de nos sociétés et de l'économie permet de comprendre pourquoi nous sommes en récession lorsque le prix de l'énergie augmente. L'Europe est le dernier continent en termes de réserves pétrolières, mais il est le premier importateur de pétrole mondial. Il n'y a pas de mystère, notre dette et nos exportations servent à payer une facture énergétique qui s'accroît sans cesse. Si nous n'engageons pas, dans les plus brefs délais, une transition vers l'après pétrole et une réelle émancipation énergétique, nous sommes destinés à devenir des esclaves au service des pays exportateurs d'énergie.

 

Décidément, les faits sont têtus !

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steph 04/06/2013 08:54


Bonjour, Merci pour vos articles que je lis depuis peu, il y a d'autres blog qui traitent du peak oil, mais votre point de vu me correspond également un peu mieux, en prenant le probleme par la
sobriété.


Mon idée sur l'avenir, plutôt proche, c'est que la crise des dettes et de la bulle des schistes (et autre), risque surtout de baisser la demande, et noyer l'idée du peak oil. Les pib
decroisseront à cause de la crise et de nos dettes, non à cause de la baisse de production du pétrole, les partisant du "peak demand" pourront nous faire la messe, les politiques pourront
continuer à nous parler de croissance en fustigeant les financiers, baisser les salaires et les prestations sociales pour la competitivité et la dette, et tout ce beau monde sera débarrassé de
cette épine dans le pied. La baisse de la consommation et du co2 dse fera par la crise plutot que par des mesures politiques et citoyennes. Sauf que les investissement energetique ne seront peut
etre pas mener daans la bonne direction. jusqu'à ce que les courbes se croisent à nouveau... mais ils auront gagné du temps, et noyé le poisson. Car sans quoi, tout le discours politique actuel
(quelque soit le parti) ne tient plus debout.

serrurier 18/11/2015 11:55

Bonjour,
Tout à fait d'accord avec vous. L'avenir du pétrole est compromise même si au final il nous reste pas mal d'année. Mais est ce que cela sera mieux avec les nouvelles ressources que l'état se vente d'avoir trouvé ? J'en doute.

Métaireau 31/05/2013 08:48


Bonjour, et d'abord merci pour ce blog très intéressant. Ce qui compte en définitive n'est pas tant la réserve de pétrole exploitable que son coût. Dans ce cadre y-a-t'il un calcul qui
permettrait d'évaluer le prix du baril en fonction de l'écart entre l'offre et la demande (surtout en cas de rupture de l'offre) et en tenant compte des coûts de production de l'ensemble du
bouquet pétrolier, et sans prendre en compte "l'émotivité" des marchés ? peut-on évaluer le prix du pétrole par exemple dans le cas d'une demande supérieure de 1% à l'offre ? Et en cas de rupture
de l'offre et de monté du baril, jusqu'à quel point notre société structurée justement pas un pétrole peu cher peut-elle continuer à fonctionner sur ses bases actuelles ? J'ai lu que le FMI se
demandait si les économies des pays de l'OCDE pouvaient encaisser un niveau stable de l'ordre de 130$ le baril. Jusqu'où peut monter le pétrole sans paralizer totalement les flux de transport ?
et donc l'irrigation de l'économie ? "des scénarios péssimistes" tablent sur un pétrole à 200$ dans les 10 ans (pendant que les optimistes tablent sur un prix stable sur 10 ans). N'y at'il pas un
risque d'effondrement global de notre économie dans les 10 ans ? bon ok ça fait beaucoup de questions, je suis d'un naturel curieux.

Jean-Luc Jourdain 29/05/2013 20:35


Je pense que les pays exportateurs s'effondreront en même temps que nous. Se souvenir de l'Irak. De plus ils n'en ont plus pour lontemps à pouvoir exporter. Il me semble qu'une étude récente
faisait état d'un arrêt des exportations de l'Arabie Saoudite pour 2035.

Benoît Thévard 30/05/2013 08:38



Bonjour,


en effet, si le développement de l'Arabie saoudite continue sur la tendance actuelle, elle devient importatrice de pétrole en 2037. Il s'agissait d'une étude du cabinet Chatham House au Royaume
Uni en 2010. Ces pays rentiers sont effectivement appelés à s'effondrer en même temps que nous ... et que les USA puisqu'ils possèdent une bonne partie de leur dette. 



picard 28/05/2013 11:54


Bravo encore pour cet article d'excellente qualité! Je vous suit depuis un petit bout de temps et je doit dire que j'ai changé ma façon de voir le monde (je suis un peu plus pessimiste..).


Pour retourner à l'article cette façon d'analyser la dette par rapport aux importations énergétique me semble intéressante mais je ne pense pas que ce soit le mécanisme principale de
l'endettement. Je pense que c'est intimement lié à notre systeme monétaire. 95% de notre monaie créé viens de prêts accordés par des banques ce qui fait que la croissance de l'économie réel ne
peut s'accompagner que de l'augmentation de la dette. Je l'expliquerais assez mal je vous invite donc a regarder ces petites vidéos:


http://www.youtube.com/watch?v=K4_C1Bc1r5Y


Cette deuxieme vidéo est un peu plus fournis mais elle offre plus de détailles dans les mécanismes monétaires. De plus elle se conclu par une aperçu des limites phisiques de notre planète et le
pic de pétrole.


http://www.youtube.com/watch?v=mC9rpRa8zlw


Je suis personellement convaincu qu'on a là les mécanismes qui nous poussent à avoir une croissance infini!


Je suis curieux d'avoir votre avis.

fc 27/05/2013 05:22


Merci Benoit (avec 1 T!!)


Il est triste de voir que votre approche est plus proche du bon sens "humain" que sur l'autre blog du mon-de ou vous laissez de rare messages qui est lui de plus en plus dans la direction "du
chemin des croisades energetique " pro croissance(dans le sens de predation energetique) , et le top pro nuck, alors que nous devons nous resignier ...a moin de tout ,je suis desole pour cette
expression ,mais nous sommes dans la merde.


 


mille fois bon courage a vous et ceux qui partagent votre concepte.