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Avenir sans Pétrole

L'Europe face au pic pétrolier

21 Novembre 2012 , Rédigé par Benoît Thévard Publié dans #Pic pétrolier, #intro

"Aujourd'hui, par notre présence à ce colloque, nous formons un microcosme de lucidité dans un océan de déni"

C'est en ces termes que j'ai introduit ma présentation, jeudi 15 novembre, au Parlement européen. La salle était pleine, c'est à dire environ 160 personnes présentes, et les intervenants étaient de qualité.

Après une intervention de Claude Turmes, vice-Président du groupe des Verts au Parlement, précisant certaines orientations européennes, j'ai eu vingt minutes pour présenter les grandes lignes de mon rapport "L'Europe face au pic pétrolier". (Télécharger mon diaporama)

 

 

Ce colloque avait lieu dans des circonstances particulières, puisque le prix du pétrole est "assez bas" à cause de la crise et que le dernier World Energy Outlook de l'AIE a provoqué un déferlement médiatique, au sujet de la future supposée  indépendance énergétique des Etats-Unis. Dans un tel contexte, l'impression de ramer à contre courant est permanente. C'est tout l'intérêt de se sentir indépendant et libre d'exprimer les choses telles qu'elles sont.

Vous pouvez télécharger l'étude ainsi que les rapports détaillés sur ce site:

http://peakoil-europaction.eu/

Vous pouvez également consulter les autres vidéos et présentations sur le site du groupe des Verts:

http://www.greens-efa.eu/towards-the-end-of-oil-8238.html

 

Les principales conclusions de mon étude sont les suivantes:

  • La probabilité est très faible de réunir l’ensemble des conditions indispensables qui permettraient de prolonger la hausse de la production au-delà de 2020. Sur le papier, cette situation idéale est possible si les instabilités politiques des pays producteurs s’estompent, si les investissements affluent et si la technologie dépasse toutes les barrières physiques (les contraintes environnementales, en revanche, ne pourront pas disparaitre). C’est ce contexte que certains auteurs décrivent dans des publications, en concluant qu’il reste cinquante années, un siècle ou même deux siècles de pétrole à consommation constante et qu’il n’y a aucune raison de s’inquiéter. Nous pensons que ce n’est pas le cas et qu’une telle hypothèse ne devrait pas prendre autant d’importance dans les choix politiques.   

 

 Scénarios de production

  Scénarios haut, central et bas de la production mondiale à l'horizon 2020

  • La probabilité est très forte de voir l’offre pétrolière se réduire avant 2020 : de très nombreux facteurs sont susceptibles de conduire au déclin imminent de la production pétrolière mondiale : manque d’investissements, conflits, mouvements sociaux, catastrophes environnementales, déclin rapide des gisements actuellement productifs etc. Malgré cette forte probabilité et les conséquences potentielles d’un tel phénomène pour l’Union Européenne, ce scénario n’est pas suffisamment pris en compte dans les politiques publiques. 

 

CAP_prod_2012.JPGScénario central détaillé de la production mondiale à l'horizon 2020

  • Il y a une limite physique à l’exploitation des ressources pétrolières. Contrairement à certaines idées reçues, il n’y a pas que le prix du pétrole qui fixe les limites à l’exploitation des ressources, il y a également l’ERoEI. Celui-ci doit être globalement supérieur à 10 pour permettre à une civilisation industrielle de fonctionner. L’économie mondiale, dans son fonctionnement actuel, ne pourrait donc pas être alimentée exclusivement par l’exploitation des sables bitumineux et du pétrole de schiste ou les biocarburants parce que l’énergie nette disponible pour la société serait insuffisante. 

ERoEI

  • L’économie est soumise à la disponibilité et au prix du pétrole. Malgré les fortes taxations, l’efficacité énergétique ou la substitution par d’autres énergies, l’économie est toujours soumise aux aléas pétroliers. En 2012, l’économie mondiale est en crise, en raison notamment du prix élevé du pétrole. Or, les deux seuls facteurs capables de faire baisser le prix sont la récession et l’Arabie Saoudite, unique pays capable d’augmenter sa production du jour au lendemain. Le pétrole reste le «système sanguin» de l’économie mondiale et il convient d’en tenir compte dans l’analyse de ses fluctuations.
  • L’Union Européenne est très vulnérable à un choc énergétique. Nous avons envisagé quelques conséquences du pic pétrolier sur l’Union Européenne et nous savons qu’elles seront d’une ampleur considérable. Economie, alimentation, santé, habitat, transports ou moyens de communication, tous les secteurs absolument essentiels au bon fonctionnement d’une société humaine sont devenus directement ou indirectement dépendants du pétrole et risquent, en l’absence d’anticipation, d’être bouleversés par le croisement des courbes entre l’offre et la demande.
  • L’Union Européenne n’a quasiment plus de pétrole et avant 2020, elle dépendra à plus de 90 % des importations. Pourtant, la prise en compte de la gravité de la situation ne semble pas évidente, à l’image du plan européen «20-20-20» qui donne des objectifs insuffisants pour 2020. Le plan est ambitieux étant donné la situation économique actuelle de l’Union Européenne, la forte inertie qui y règne, surtout s’il ne s’applique pas dans le cadre d’une réorganisation massive des principaux secteurs. Mais il est surtout insuffisant, car il ne remet pas en cause la dépendance de l’Union Européenne au pétrole, il ne prend pas en compte la possibilité de déclin de la production pétrolière mondiale avant 2020, ni l’ampleur de ses conséquences.

balance.JPG

 

 

C’est un véritable défi de sobriété énergétique auquel sont confrontés les Etats membres de l’Union Européenne : faire preuve d’anticipation en acceptant la réalité des limites physiques de l’accès à l’énergie.

Dans un contexte d’économie globalisée, s’engager dans un plan de transition qui serait limité aux frontières de la communauté européenne peut sembler trop complexe voire insurmontable, mais les conséquences potentielles du déni ou de la passivité seront infiniment plus coûteuses pour les peuples, la démocratie et l’environnement.

A l’inverse, la mobilisation des citoyens et de tous les outils disponibles (énergie, entreprises, capitaux, matériaux, etc.) au service de la relocalisation, de la diversification, de l’innovation et de la reconversion pourrait redonner du sens à l’action collective dans le climat de crise actuel et améliorer la capacité d’adaptation et la résilience du territoire.

La transition vers une société de l’après pétrole est inéluctable, c’est pourquoi les gouvernements doivent permettre aux citoyens d’en être à l’initiative dès aujourd’hui, pour leur éviter de la subir.

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Vincent 30/11/2012 16:09


Merci pour cette analyse complète.


 

Jean-Luc Daguzan 26/11/2012 11:26


Bonjour Benoit Thévard,


 


Merci de faire de moi, par vos rapports clairs et plutôt abordables pour les non initiés auxquels j'appartiens (deux lectures minimum), un citoyen de mieux en mieux éclairé. Je fais une
large publicité de vos publications, articles et je pense que nous aurons le plaisir de vous recevoiir dans le sud-ouest en février 2013.


Petite réflexion : la multitude de données que je peux découvrir dans la presse sur la fameuse transition énergétique ne fais jamais appel qu'à la technologie pour passer des énergies
fossiles à des énergies renouvelables. Mais il n'est jamais imaginé que l'apport des énergies renouvelables ne pourra JAMAIS compenser à parité ce qu'apportent les énergies fossiles. Il me semble
que nous sommes effectivement entrés dans une phase de transition qui consiste aussi à imaginer, non pas ce que nous aurons, mais plutôt à imaginer tout ce que nous aurons... à nous passer. Je
pense qu'à l'avenir la notion d'économie de moyens va prendre de l'ampleur. Je rappelle que la meilleure énergie renouvelable est celle que nous n'utilisons pas, et l'ampoule la plus économe en
énergie est celle qui est éteinte ! Eteignons l'éclairage des monuments urbains, du patrimoine flashé toutes les nuits de l'année parce que ça fait joli ! Eteignons les zones industrielles
éclairées comme des stades de foot. Avec l'argent ainsi économisé il serait possible d'alimenter des fonds de solidarité pour les citoyens...


Fraternellement.

luline 26/11/2012 09:52


J'apprécie beaucoup le travail de Benoït que je relie en permanence avec celui d'Auzanneau (site oildman). l'un est l'autre nous informe avec beaucoup de pertinence et de sérieux sur les
questions d'énergie.


Il ne faut absolument pas mettre de côté les problèmes d'entropie mis en évidence par Nicholas Georgescu-Roegen. Faire de l'énergie renouvelable demande de l'énergie et des infrastructures, comme
le souligne Benoït. Alors ne cherchons pas d'échapattoire, nous n'avons pas d'autre solution que la décroissance (le déclin) et la sortie de notre société militaro-industrielle. Comme le dit
Jancovici et les autres, difficile de faire rouler un TGV, voler un avion à l'éolien (malgré les rêves de Picard).

Josué 23/11/2012 19:35


Merci Benoît,


Et pour compléter le topo, l'europe face aux changements climatiques : http://www.enerzine.com/604/14814+changement-climatique---impacts-et-vulnerabilite-en-europe+.html


Tous en transition ;-)

Karmai 21/11/2012 22:37


Je n'arrive pas à comprendre sur quel argument vous vous basez pour dire qu'il serait trop tard pour passer à d'autres énergies? Il me parait naturel qu'à une époque où l'énergie fossile est
moins onéreuse on préfère la consommer avant d'autres énergies et que, en conséquence, le jour où les énergies renouvelables seront plus rentables, les gens s'y jetteront avec avidité (ce qui
n'est pas le cas aujourd'hui ou pour les développer on est obligé de "forcer" le système avec des subventions). Par exemple, je vois dès aujourd'hui des modes de production en agriculture qui
sont très économes en énergie. Tout est prêt pour les voir prospérer partout dans peu de temps, le jour où une exploitation qui ne sera pas efficace en énergie fera faillite.


Quand à certaines ressources minières, il me semble également que la plupart sont probablement recyclables non? Là aussi, il me semble que le jour où il coutera moins cher de recycler que de
miner, on aura finalement une manière de faire durer le système beaucoup plus longtemps que par la simple extraction. En quoi mon raisonnement pourrait être faux selon votre point de vue?
J'observais par exemple tout récemment l'ouverture d'une entreprise de recyclage des terres
rares.(http://www.lefigaro.fr/societes/2012/09/28/20005-20120928ARTFIG00372-solvay-se-lance-dans-le-recyclage-des-terres-rares.php)