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Avenir sans Pétrole

La bulle des gaz et pétrole de schiste va bientôt éclater

12 Février 2013 , Rédigé par Benoît Thévard Publié dans #Pic pétrolier

L’extraordinaire progression de la production de gaz et pétrole de schiste aux États-Unis génère un questionnement dans tous les pays qui disposent de grandes quantités de cet hydrocarbure : faut-il se lancer dans ce nouveau type de production pour réduire notre facture énergétique ?


En 5 ans, la production d'hydrocarbures de schiste y a été multipliée par 14 pour le gaz et par 5 pour le pétrole. Cela représente une progression considérable qui ne manque pas d’attirer les regards et de provoquer une frénésie dans de nombreuses régions du monde. Mais l’expérience américaine offre de bonnes indications sur ce qu’implique une telle politique énergétique et sur sa durabilité. En effet, il est déjà question d’une «bulle» prête à éclater et nous allons voir pourquoi.

 

tight oil prod

Évolution de la production de tight oil aux États-Unis

 

Il y a un an, j’écrivais un article donnant quelques éléments techniques pour comprendre les contraintes d’exploitation de ces hydrocarbures. Aucun des problèmes évoqués alors n’a été vraiment résolu. Bien au contraire, de nouveaux sont apparus, remettant en cause de manière quasi certaine les perspectives optimistes que l’on trouve dans les communications officielles sur le sujet.


L'eau de fracturation


J’avais déjà commenté le problème de l'eau en juillet 2012, pendant qu’une terrible sécheresse sévissait aux États Unis. En 2012, 150 millions de tonnes d'eau douce ont été utilisées pour la fracturation, soit la consommation annuelle de 3 millions de personnes (moyenne de consommation mondiale). Aujourd'hui, l'utilisation d'eaux toxiques, contaminées ou d'eau désalinisée est envisagée.

 

Le sable

 

C’est fin septembre 2012 qu’ont été réunis tous les acteurs impliqués dans la production, la logistique et la consommation du sable de fracturation pour tenter de répondre aux enjeux auxquels ils sont confrontés. La consommation de sable est passée de 6,5 à 30 Millions de tonnes entre 2009 et 2011 et la demande pourrait atteindre 38 à 50 millions de tonnes en 2017 (voir graphique ci-dessous). Le défi est colossal et les infrastructures à mettre en place également. Près de 100 carrières ont été ouvertes à travers les États-Unis en deux ans. Le nombre important de convois routiers abîme les routes, augmente le nombre d’accidents et la pollution. Enfin, les investissements nécessaires pour un transport ferroviaire adéquat vont coûter 148 Milliards de dollars avant 2028 pour remplir les objectifs.


fracsandprod.JPGÉvolution de la demande de sable de fracturation aux États Unis


L’amplification du phénomène «shale oil&gas» va coûter très cher en infrastructures, en coûts environnementaux et en nuisances diverses.


Déclin imminent de la production


Le boom des hydrocarbures de schiste commence à montrer ses premiers signes de faiblesses. Au-delà des différentes contraintes que nous venons d’évoquer, une autre semble encore plus importante et problématique : réussir à stabiliser la production nationale, alors que le taux de déclin ne cesse d’augmenter.


Contrairement aux hydrocarbures conventionnels, les pétroles et gaz de schistes doivent être considérés comme non-conventionnels, car ils doivent être extraits grâce à la technique de fracturation hydraulique. Or, avec ce procédé, la production est maximale au moment de la fracturation puis elle diminue généralement de 70% à 80% la première année (voir graphique ci-dessous). Au bout de quatre années, elle ne représente plus que 5% à 15% de la production initiale. Autrement dit, le taux de déclin de chaque puits est extrêmement élevé.

 

prod-bakken.JPG
Évolution typique de la production d’un puits du Bakken.

 

A cause de la généralisation de ce type d’exploitation, le taux de déclin de la production américaine de gaz est passé de 23 % à 32 % par an, en 10 ans. Il faut donc forer davantage de puits chaque année, simplement pour compenser le déclin des puits qui produisent actuellement.

 

Hausses des besoins en investissements

 

La conséquence directe de ce phénomène, c’est une croissance exponentielle des investissements nécessaires pour simplement stabiliser la production et un risque accru de voir la production décliner rapidement en cas de diminution des forages par certains opérateurs. Or, c’est ce qui risque de se passer dans les mois qui viennent puisque, selon Arthur E. Berman, le prix actuel du gaz ne permet pas de supporter l’ensemble des coûts réels et certains opérateurs devront ralentir leur activité.

 

Exagération des chiffres

 

Berman, après avoir modélisé la production de milliers de puits dans les régions productrices, a également déterminé que les réserves exploitables ne représentaient en réalité que la moitié des chiffres annoncés par les opérateurs, car ceux-ci ont été gonflés par un taux de récupération bien supérieur à ce qui est constaté sur le terrain. D’après ses travaux, la durée de vie moyenne d’un puits dans le Barnett (Texas) est de 12 ans et non pas de 50 ans comme annoncé, là-encore, par les opérateurs.

 

Limitation du nombre de forages

 

A tout cela, s’ajoute la contrainte spatiale, puisque sur un territoire donné, il n’est pas possible de dépasser un certain nombre de forages. Une fois ce nombre atteint, le maximum de la production est atteint et celle-ci s’effondre. Pour le Bakken par exemple, qui représente la moitié de la production totale de pétrole de schiste aux US, le pic pourrait être atteint entre 2013 et 2017 (voir p45).

 

Forages-bakken.JPGEmplacement des forages dans le Bakken


Comment aggraver une situation déjà catastrophique !


Des centaines de milliards auront été investis dans cette aventure et comme le reste de la dette américaine, ils ne seront jamais remboursés. Les investissements sont réalisés sur la base d'une production qui va s'amplifier or, le prix de vente du gaz est inférieur au coût réel et la production va probablement décliner dans les mois qui viennent. Nous pouvons donc craindre l'éclatement de cette nouvelle bulle, basée sur une exagération de tous les paramètres et une sous-estimation des contraintes globales.

 

Malheureusement, la perspective (mensongère) de 100 années d’approvisionnement en gaz provoque déjà une modification structurelle avec un renouvellement des véhicules pour des moteurs fonctionnant au gaz, l’équipement des stations services, le remplacement des chaudières etc.

 

Cette situation présente un très fort risque pour les Étasuniens, car lorsque la bulle va éclater, la production va rapidement décliner, les prix du gaz vont augmenter très fortement et de nombreux investissements auront été effectués, principalement financés par l’endettement, pour s’adapter à une énergie qui ne sera plus disponible. Le fantasme d’une indépendance énergétique qui n’interviendra probablement pas, risque d’entraîner les citoyens américains dans une impasse et une situation encore plus grave qu’elle ne l’est actuellement.

 

Cet article est adapté du rapport "l'Europe face au pic pétrolier"

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José 02/03/2013


Le déclin des forages est impressionnant, et le mitage du sol qui en résulte nécessairement  m'amène une quetion: n'y a-t-il pas à la longue comme dans les régions de carrières souterraines,
des risques d'affaissement voire pire? (je dirais probablement vu les conséquences sismiques qu'on connaît déjà)

José 02/03/2013


@jc


Je penche plutôt (comme pour le reste de l'information en général) pour des sujets sur commande, donc objectivité hum-hum...

lebel 04/03/2013


Le Monde Diplomatique de mars 2013 publie un article : "gaz de schiste, la grande escroquerie". Un sous titre est assez exlicite : "De la panacée à la panique." La confirmation
d'une "bulle" est bien là. Conclusion (extrait) : "loin de restaurer une quelconque prospérité, les gaz de schiste gonflent une bulle artificielle qui camoufle temporairement une instabilité
structurelle. Lorsqu'elle éclatera, elle occasionnera une crise de l'approvisionnement et une envolée des prix qui risquent d'affecter douloureusement l'économie mondiale."


Quand va t-on changer de mode de raisonnement ?


Patrick

BA 07/03/2013


Jeudi 7 mars 2013 :


 


La Terre en passe de devenir plus chaude que lors des 11.300 années passées.


 


La Terre est en passe de devenir plus chaude que lors des 11.300 dernières années dans les prochaines décennies, y compris selon les prévisions les plus optimistes d'émissions de dioxyde de
carbone (CO2), affirme une recherche publiée jeudi aux Etats-Unis.


 


Se fondant sur des analyses effectuées sur 73 sites autour du globe, des scientifiques ont pu reconstituer l'histoire des températures terrestres depuis la fin de la dernière période glaciaire,
il y a environ 11.000 ans.


 


Ils ont constaté que ces dix dernières années ont été les plus chaudes, comparé à 80% des 11.300 années passées.


 


Virtuellement, tous les modèles climatiques évalués par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) montrent que la Terre sera plus chaude d'ici la fin du siècle qu'à
n'importe quel moment durant les 11.300 dernières années et ce, selon tous les scénarios plausibles d'émissions de gaz à effet de serre.


 


Nous savions déjà que la surface de la Terre est plus chaude aujourd'hui que pendant la plupart des deux mille dernières années; nous savons désormais que les températures sont aujourd'hui plus
élevées que durant la plupart des 11.300 années passées... (période) qui correspond à l'essor de la civilisation humaine, relève Shaun Marcott, chercheur à l'Oregon State University (nord-ouest).
Il est le principal auteur de ces travaux parus dans la revue Science datée du 8 mars.


 


L'histoire du climat montre qu'au cours des 5.000 dernières années la Terre s'est refroidie de 0,80 degré Celsius, jusqu'aux 100 dernières années qui ont vu la température moyenne monter de 0,80
degré, avec la plus forte hausse dans l'hémisphère nord où il y a plus d'étendues de terre et une plus grande concentration de populations.


 


Selon les modèles climatiques, la température moyenne globale augmentera encore de 1,1 à 6,3 degrés Celsius d'ici 2100, en fonction de l'ampleur des émissions de CO2 provenant des activités
humaines, indiquent ces chercheurs.


 


Le plus préoccupant, c'est que ce réchauffement sera nettement plus grand qu'à n'importe quelle période durant les 11.300 dernières années, souligne Peter Clark, un paléoclimatologue à l'Oregon
State University, coauteur de l'étude.


 


La position de la Terre par rapport au Soleil, notamment son inclinaison, est le principal facteur naturel qui a affecté les températures au cours des 11.300 dernières années, expliquent ces
scientifiques.


 


Pendant la période la plus chaude du paléocène - les 11.000 dernières années -, la Terre était dans une position qui rendait les étés plus chauds dans l'hémisphère nord, indique Shaun Marcott.


 


Avec le changement de cette orientation, les étés dans l'hémisphère nord se sont refroidis, et nous devrions encore être aujourd'hui dans cette longue période de refroidissement, ce qui n'est pas
le cas, ajoute-t-il.


 


Et toutes les études s'accordent à conclure que le réchauffement de ces 50 dernières années résulte des activités humaines et non de phénomènes naturels.


 


http://www.romandie.com/news/n/_La_Terre_en_passe_de_devenir_plus_chaude_que_lors_des_11300_annees_passees_RP_070320132117-12-330311.asp

Régis Bagard 01/04/2013


Bonjour Benoit


Bravo pour votre site et votre travail. Jusqu'à présent, je ne jurais que par Jean Marc Jancovici. Maintenant, j'ai trouvé en vous une seconde source d'information solide sur les problèmes
d'énergie.


J'ai juste deux remarques à faire sur la fin de cet article:


Vous dites: "car lorsque la bulle va éclater, la production va rapidement décliner, les prix du gaz vont augmenter très
fortement".


Si les prix augmentent, la rétroaction sera de rendre rentable des gisements qui ne le sont pas pour le moment. Donc la situation
actuelle absurde d'une production à perte n'est-elle pas explicable par le positionnement sur un marché qui sera rentable quand les plus faibles auront quitté le marché. Je crois que cela est
bien une bulle, mais je ne suis pas sure qu'elle aboutisse sur un effondrement de la production mais plutot sur un réajustement tout comme l'explosion de la bulle internet à la fin des années
1990 n'a pas mis fin à l'univers internet mais l'a rendu plus rationnel. Malheureusement pour la planète, le gaz de schiste risque d'être exploité encore longtemps. On peut juste raisonnablement
espéré qu'il fasse de moins en moins réver les investisseurs et les consomateurs.


Deuxième remarque: Les gaz de schistes sont la dernières cartes pour sauver le "mode de vie américain" cher à George W Bush et un
semblant de croissance économique. Obama et le congrès n'ont-ils pas tout intéret à soutenir le mirage de gaz de schiste entre autre grâce à la planche à billet pour retarder au maximum
l'inévitable.


Voilà deux remarques d'un économiste amateur "non pratiquant".


Je crainds que le le mythe du pétrole abondant ai "la peau dure" et qu'il ne va pas encore s'effondrer de si tôt.


Surtout que cela ne nous empèche pas d'agir pour préparer l'après pétrole


Que pensez vous de mon analyse?