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Avenir sans Pétrole

La fin des exponentielles

13 Septembre 2011 , Rédigé par Benoît Thévard Publié dans #Regard critique

Les français sont au cœur d’une euphorie médiatico-énergétique suite à la découverte d’un gisement de pétrole conventionnel au large de la Guyane. Matthieu Auzanneau pose, dans son blog, les bonnes questions au sujet de cette découverte.


Vous aurez constaté que mon blog met l’accent sur le manque à venir de pétrole. A l’échelle mondiale, les réserves prouvées sont évaluées à 1350 milliards de barils (AIE, 2010). Dans ces circonstances, trouver 1 milliard de plus ne change pas grand-chose à la situation énergétique mondiale, même si cela va, indéniablement, réduire un peu la facture française. Je considère qu’avec la crise économique actuelle, le pic pétrolier est, à court terme, le plus gros facteur de changement de paradigme. Malgré cela, je suis catégorique : il ne faut pas chercher à remplacer le pétrole, il faut apprendre à s'en passer.

 

La notion d’exponentielle


Une caractéristique de la fonction exponentielle, c’est qu’elle part de 0 (ou presque), puis elle devient de plus en plus verticale pour tendre vers l’infini ... elle ne redescend pas !

 

expo.JPG

image: wikipédia

 

Depuis le début du 20ème siècle, de nombreux paramètres suivent une tendance exponentielle :


Le PIB mondial

pib.JPGimage: www.une-opinion.com

 


 

La population mondiale

demographie.JPG http://www.ined.fr/


 

 

Les émissions de CO2

emissions.JPGhttp://acces.inrp.fr/

 

 

 

La concentration de CO2

concentration-CO2.JPG

http://www.alternatives-economiques.fr/

 

 

 

La consommation d’énergie

conso-energie.JPGhttp://www.manicore.com/

 

 

La dette américaineusdebt.jpg

 

Le trafic aérien mondial

transport-aerien.JPGhttp://www.alternatives-economiques.fr/

 

 

 

Notion de pic : la fin des exponentielles


Puisque nous sommes dans un monde aux ressources limitées, il ne sera pas possible de continuer ainsi. C’est une certitude et une évidence physique, mathématique, géologique, climatique, démographique, économique, énergétique …


Toutes ces courbes, un jour ou l’autre, finissent par heurter l'indisponibilité des ressources naturelles. A ce moment là, il n'est physiquement plus possible de continuer à augmenter l'extraction, la consommation, la production ... Le maximum est atteint, le pic est atteint.




Pic de phosphate

Le phosphore est un élément essentiel à la vie. Le phosphore est un des trois éléments qui composent les engrais utilisés pour l’agriculture (N-P-K). Il se trouve généralement lié au phosphate que l’on extrait dans des mines et les quantités sont donc limitées. Or, d’après les travaux de Patrick Déry,  le pic serait déjà atteint.

 

peakphosphorus

 

Pic de cuivre

Le cuivre est le premier métal utilisé par l’Homme (4500 ans avant JC). Ce matériau est très utilisé pour son excellente conductivité électrique (câblages électriques, processeurs, batteries…), mais également pour la construction (tuyauterie, couverture, les transports (réservoirs, hélices, composants électromécaniques …), les machines-outils, les ustensiles de cuisine ou encore la monnaie comme l’Euro ! Par ailleurs, le cuivre entre dans la composition de très nombreux alliages métalliques.


Dans le domaine de l’énergie, il faut 170kg de cuivre pour 1 MW éolien et 1600kg pour 1 MWc de solaire photovoltaïque. La disponibilité et le prix des matériaux est un facteur déterminant pour la production massive d’outils énergétiques.


Vous pouvez voir sur le graphique suivant (courbe orange), proposé par Jean Laherrère, que nous devrions atteindre le pic de cuivre vers 2020.

 

pic-or-et-cuivre.JPG

 

Pic de l’or

Au-delà des utilisations en bijouterie (67%), en lingots et en pièces (29%), l’or est utilisé aussi pour son excellente conductivité électrique et son inaltérabilité dans des domaines comme la médecine dentaire ou l’électronique (14%).


Depuis les origines de l’humanité, environ 165.000 tonnes d’or ont été extraites, ce qui représente un cube de 20 mètres de côté. Il en resterait environ 50.000 tonnes dans les réserves et le pic de production aurait été atteint en 2001, selon Jean Laherrère.

 

pic-or.JPG

 

La fin des exponentielles


Il ne servirait à rien de remplacer le pétrole car toutes les ressources minérales et fossiles, dont nous sommes actuellement dépendants, vont devenir rapidement de plus en plus rares et de plus en plus chères.


« Pas très joyeux » me direz-vous ?


C’est à chacun de se demander ce qui peut le rendre joyeux. Personnellement, je ne suis pas triste de faire ces constats, je suis juste réaliste. Je n’essaie pas de donner une dimension infinie à un monde qui ne l’est pas. Ce qui pourrait m’inquiéter davantage, c’est ce déni du système dans son ensemble face à une situation évidente. Cette incapacité à admettre l’incontournable.


A l’inverse, ce qui me rend joyeux, c’est d’aller à la rencontre des habitants de ma ville pour commencer la transition, c’est de réfléchir à ma résilience personnelle et à celle de mes voisins, de ma famille, c’est de construire du lien entre tous les acteurs du territoire et de sortir des cloisonnements habituels.


C’est la fin des exponentielles. Acceptons le changement et préparons l’avenir … maintenant !

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damien 22/04/2012 23:01


Les politiquesz pourraient se rejouir de cette argumentation , en y utilisant un argument positif : la dette etant depuis qq années dans une courbe exponentielle ...elle devrait donc chutter
aussi .. :-)

Maurice 16/10/2011 12:22



On parle aussi d'extraire l'uranium des phosphates, mais la quantité à récupérer est bien maigre :


http://futura24.voila.net/nucle/uranium_phosphate.htm 


Car l'uranium aussi va connaître son "pic" et pour commencer une pénurie vraisemblable en 2013-2014 avec la fin du programme "Megatons to Megawatts" de recyclage de l'uranium militaire en uranium
civil. C'est une grosse partie des sources secondaires d'uranium, la source principale (extraction minière) produisant beaucoup moins (54.000 tonnes/an) que la consommation (68.000 tonnes/an).


" L'uranium se trouve en très faible quantité dans les phosphates. La teneur varie de 50 à 200 ppm (parties par million), avec une teneur moyenne de 100 ppm soit cent tonnes d'uranium pour un
million de tonnes de minerai de phosphate.


Ce taux est trop faible pour donner lieu à une exploitation directe de l'uranium des phosphates. L'uranium peut seulement être un produit associé et
secondaire (co-produit) issu du traitement des phosphates lors de la production de l'acide phosphorique (H3PO4). "


" Une étude de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA/IAEA) montre que la réalité est bien différente. En pratique, une production de 142 millions de tonnes de phosphate
permettraient seulement la production de 3.700 tonnes d'uranium par an, en supposant que toutes les usines de production d'acide phosphorique dans le monde soient pourvues
d'installations pour la production d'uranium. Des quantités encore plus faibles sont obtenues sur la base d'analyses des teneurs en uranium dans
les phosphates des principaux pays producteurs."


 



bart 17/09/2011 11:57



vous dites :


"Il ne servirait à rien de remplacer le pétrole car toutes les ressources minérales et
fossiles, dont nous sommes actuellement dépendants, vont devenir rapidement de plus en plus rares et de plus en plus chères."


justement. la réponse est déjà dans votre affirmation. tant que la recherche du profit est le moteur de tout, il
sera toujours justifié d'aller chercher plus loin et plus profond des matières coutant toujours plus cher.


organiser une transition oui, faire du local ok, mais je suis réaliste comme vous: pour ma part, sauf refonte du
mode de pensée des décideurs, j'imagine que tout sera fait pour repousser toujours  plus loin les exponentielles jusqu'à un craquement final. 


mis à part Yves Cochet tout seul chez les écolos, pas un politique n'ose dire un mot qui s'approcherait d'un début
de décroissance. ils misent tout sur un retour à une croissance, quelle soit "verte" ou pas.



Benoît Thévard 20/09/2011 21:34



Sauf refonte du modèle des décideurs, sauf rationnement du temps passé devant la télé, sauf misère sociale qui se réfugie malgré elle dans la consommation etc ... il faudrait beaucoup de choses
pour que cela change, beaucoup de "si" ou beaucoup de "sauf". Il faudrait surtout que ceux qui sont conscients de la situation décident vraiment de passer à l'action, d'informer, d'expliquer,
d'organiser, de construire, de mobiliser. Ce n'est pas qu'une histoire de décideurs, même si je suis évidemment blasé de voir l'inconscience sur laquelle se basent les programmes politiques
actuels.