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Avenir sans Pétrole

La fusion froide: mirage ou révolution énergétique ?

27 Janvier 2012 , Rédigé par Benoît Thévard Publié dans #Regard critique

L’année 2011 a été une année record pour le prix du pétrole. Certes, le cours n’a pas dépassé les 147 dollars atteints en 2008,  mais c’est la première fois dans l’histoire que le prix moyen annuel dépasse les 100$ en monnaie constante. Avec 111$ par baril, le précédent record à 98$ (choc pétrolier de 1980) est largement dépassé.


Nous sommes donc entrés dans un nouveau choc pétrolier mais, comme vous l’aurez remarqué, personne ne le nomme ainsi et quasiment personne ne fait le lien avec la crise que nous traversons actuellement.


Dans ces circonstances difficiles, une lueur dans la grisaille attire l’attention de tous ceux qui s’intéressent au problème de l’énergie : la fusion froide.

 

L'ingénieur Andrea Rossi et son équipe auraient mis au point un procédé dont on commence à entendre parler dans le monde entier: l'E-cat. La technique consiste à faire fusionner un atome d’hydrogène avec un atome de nickel, dans un catalyseur chauffé par une résistance électrique.

 

5kW_E-Cat_design.jpgImage: James Rodney

 

Plusieurs (supposés) avantages sont mis en avant :


-      Aucun déchet radioactif puisque la réaction forme principalement du cuivre
-      Pas de radioactivité apparente lors du fonctionnement
-    Faible quantité de nickel et d’hydrogène consommée au regard de la chaleur produite
-      Procédé simple et utilisable par des particuliers
-    Coût de production très faible : 0,001 cent/kWh en chaleur et 1 cent/kWh en électricité (3 fois moins que la fission nucléaire).

 
Voici un schéma simplifié qui représente ce qui entre et ce qui sort de l'E-cat: 

schema-fusion-froide.JPG

N.B.: La composition du catalyseur n'est pas connue et la proportion exacte de cuivre formé reste incertaine.

 

Cette découverte a donc tout pour plaire … elle tombe à pic !


Actuellement, nous manquons d’éléments pour savoir si tout cela est vrai ou s’il s’agit d’une vaste et magnifique supercherie. Certains observateurs semblent convaincus (malgré les réserves qu'impose le fait de ne pas connaître tous les détails du procédé), d'autres n’ont pas manqué de relever quelques éléments qui méritent que l’on s’y attarde.


La composition du cuivre


Comme je le disais plus haut, la fusion de l’hydrogène et du nickel donne du cuivre. Lorsque le cuivre issu de la fusion a été analysé par les observateurs (échantillon fourni par l'équipe d'A.Rossi), il était constitué de 70% de Cuivre-63 et 30% de Cuivre-65, c'est-à-dire la composition exacte du cuivre que l’on trouve dans la nature alors qu'il est issu d'un procédé spécifique. C’est un curieux hasard qui laisse planer un doute sur l'origine du métal analysé.


La vapeur produite par l’E-cat


Dans l’expérience qui est filmée, Rossi nous montre le tuyau de sortie de l’E-cat avec de la vapeur qui s’échappe (à 10min20s dans la vidéo ci-dessous).

 

 

 

 

Pour les observateurs, le débit est vraiment ridicule et pose une question simple : est-ce que les 770W de puissance électrique qui alimentent le réchauffeur interne ne suffiraient pas à produire ce faible débit de vapeur ? Ce qui voudrait dire qu’il n’y a pas d’énergie supplémentaire produite.

 

A ce sujet Steven B. Krivit, journaliste scientifique spécialiste des questions nucléaires, donne plusieurs points critiques  des expériences :


-   Le calcul énergétique du groupe Rossi est entièrement basé sur le fait (supposé) que toute l’eau qui entre dans le procédé est transformée en vapeur.
-   Les caractéristiques de la vapeur qui sort de l’E-cat lors des expérimentations montrent qu’il y a une grande quantité d’eau qui n’est pas transformée en vapeur, ce qui indiquerait que la chaleur dégagée par le procédé n’est pas aussi importante qu’indiqué par Rossi.
 -    Le groupe Rossi n’a utilisé aucun appareil destiné à mesurer réellement la qualité de la vapeur, or ce serait la seule preuve que le procédé fonctionne.


Le rayonnement


Toutes les réactions possibles de fusion produisent des rayonnements Gamma. Or, pour arrêter ce type de rayon, il faut obligatoirement de fortes épaisseurs de plomb, d’eau ou de béton. L’E-cat est équipé d’un bouclier de 5 cm de plomb, ce qui permet d’arrêter 96% de ces rayons. Les 3 ou 4% qui ne sont pas arrêtés devraient être détectés par le plus simple appareil de mesure, ce qui n’est pas le cas. Ils pourraient également être mortels pour une personne située à proximité.

 

Ces quelques points techniques devront être éclaircis pour démontrer qu’il ne s’agit pas d’une farce.


La limite des ressources naturelles


Je me suis également interrogé sur deux autres aspects : la disponibilité du nickel et les conséquences de la disponibilité d’une énergie encore moins coûteuse que le pétrole.


Même si la quantité de nickel consommée lors de cette réaction de fusion semble faible, elle est énorme à l’échelle de l’humanité. En ordre de grandeur, si nous voulions produire toute l’électricité mondiale avec ce procédé, il faudrait consommer plus de 500.000 tonnes de nickel par an, soit 30% de la production actuelle (1,5 Mt). Si, en plus, on voulait remplacer le pétrole dans ses usages, ce sont 1 million de tonnes par an qu’il faudrait extraire soit une augmentation de la production de près de 70% !

 

Selon Philippe Bihouix et Benoît de Guillebon, auteurs du livre "Quel futur pour les métaux ?", au prix actuel du nickel, le pic de production devrait être imminent au regard des réserves estimées (40 ans au rythme de consommation actuel). Mais l'utilisation de cette ressource pour faire de l'énergie permettrait de supporter une hausse importante du prix et donc augmenterait mécaniquement les réserves accessibles.


Par ailleurs, les métaux ont une empreinte énergétique importante. Toujours selon messieurs Bihouix et de Guillebon, 8 à 10% de l'énergie primaire consommée dans le monde sont consacrés à l'extraction et au traitement des ressources métalliques. Actuellement, il faut consommer entre 3 et 4 Tep (Tonnes équivalent pétrole) pour obtenir 1 tonne de nickel pur.


 

Mais à quel coût environnemental pourra se faire cette exploitation ? La technique d’hydrométallurgie, utilisée dans les usines de nickel, implique l’utilisation massive d’acide sulfurique et génère le rejet dans la nature de grandes quantités de boues toxiques qui contiennent du mercure, du plomb, des dioxines et d’autres métaux lourds.

 

 

 

 

Il y a fort à parier que la Nouvelle-Calédonie, dont les sols contiennent plus de 10% des réserves mondiales de nickel, deviendrait une immense mine à ciel ouvert et son lagon, une zone morte et définitivement polluée.

 

P1010834.JPGUsine de Nickel en Nouvelle Calédonie.

Image: Audrey B.


Enfin, j’aimerais rappeler un principe souvent évoqué par Jean Marc Jancovici et dont j’ai déjà parlé dans ce blog: La consommation d’énergie est un très bon indicateur de notre pression sur l’environnement. Si l’humanité devait disposer d’une énergie libre et gratuite, elle pourrait alors raser toutes les forêts, vider les océans et accumuler les déchets dans des proportions telles qu’aucune espèce n’y survivrait.


Nous verrons dans les semaines et les mois qui viennent si l’E-cat de Monsieur Rossi est réellement efficace ou s’il s’agit d’une supercherie. Même si cela fonctionne, ce ne sera pas une énergie libre, gratuite et propre et il y aura des conséquences. En attendant, ne cédons pas au chant des sirènes et continuons cette nécessaire et inévitable transition de notre société.

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yobtoyamait 01/09/2015 13:29

Blablabla.... La fusion froide est une réalité, pas besoin d'essayer de nous dire que ça marche pas !! On va vous niquer vous et vos acolytes vampires à la botte des multinationales qui arnaquent les gens et polluent la planète!! Votre règne de domination absolue touche à sa fin..... :)

Catherine 10/05/2014 15:34

Bonjour

merci pour votre blog qui a le mérite me semble-t-il, de poser des questions qui tombent... à pic !
Au sujet de l'énergie de fusion nucléaire, un autre avantage que j'y vois, mais certainement pas du goût de tous, c'est qu'il n'y a plus de production de plutonium et autres m... qui ne servent qu'à faire la guerre et détruire.
Une autre chose, sur l'énergie libre. Bien évidemment que nous ne deviendrons pas de gentils et raisonnables consommateurs ou producteurs le jour où le miracle d'une énergie libre et illimitée sera à notre disposition dans notre société actuelle. Avec une énergie gratuite et illimitée, et notre raisonnement actuelle, notre cerveau actuel et nos conditionnements actuels, nous abuserons sans limite des possibilités que nous offrira cette nouvelle énergie, sans aucune réflexion et auto-limitation. Ce sera une formidable occasion de fabriquer encore plus d'emballages, par exemple, et des produits inutiles. Nous continuerons d'ailleurs à fabriquer toujours plus, puisque nous pourrons recycler encore plus. Non. Notre modèle ne mérite pas aujourd'hui de posséder l'énergie libre etnous faire croire qu'elle pourra résoudre nos problèmes. Nos problèmes viennent de nous, de notre dévoration du monde. Nous avons tous en nous déjà une énergie tellement formidable et libre que nous exploitons si mal ou si peu qui est l'amitié, l'amour par exemple, le respect de l'autre... Qu'en faisons-nous ? Mais là, c'est un autre sujet, tellement peu mis au centre des réunions mondiales...
Merci de m'avoir lu. En vous souhaitant de continuer cette courageuse réflexion "intersticielle".

Lenr4Futur 21/02/2014 13:50

Pour ce qui est de convaincre les militaires, c'est chose faite. (voir récentes news sur les LENR)

Pauline 11/09/2013 23:53


Je ne comprends pas quand vous faites référence à de la polution car d'après mes sources, impliquées dans le domaine, cette nouvelle énergie ne serait pas du tout poluante et je ne comprends
encore moins quand vous dites que d'avoir accès à l'énergie libre ferait en sorte qu'ont polueraient d'avantage notre planète car l'énergie libre (en référence de Nicholas Tesla) est justement la
solution qui nous permetterait de cesser de surexploiter nos ressources naturelles et de plus serait gratuite pour tous. Détrompez-vous, cette technologie s'en vient et beaucoup plus rapidement
qu'on pourait le croire.

Benoît Thévard 16/09/2013 18:32



Il suffit de se demander à quoi nous sert l'énergie, et ce que nous avons fait de l'énergie bon marché depuis que nous savons l'utiliser: démographie, exploitation des ressources naturelles,
perte de biodiversité, pollutions en tous genres, artificialisation des sols, explosion de la taille des villes ... voilà ce que provoque une énergie bon marché. Donc je persiste et signe, si
nous disposions d'une énergie gratuite, elle conduirait à notre perte car nous sommes incapable de gérer le bien commun de manière durable (lire Elinor Ostrom).



Ploum 23/02/2013 20:04


Votre remarque sur le faible débit devrait être modifiée. En effet, la vapeur d'eau est un gaz INVISIBLE. Ce que vous voyez sortir est de la vapeur qui s'est condensée, c'est-à-dire un petit
nuage, des petites goutellettes d'eau en suspension dans l'air.


Pour connaître le débit de cet appareil, il faut ajouter le débit de vapeur au débit des goutelettes.