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Avenir sans Pétrole

Le Plan Climat est-il adapté au pic pétrolier ?

24 Mars 2011 , Rédigé par Benoît Thévard Publié dans #Regard critique

Depuis 1985, une attention toujours plus importante est portée sur l’évolution du climat et l’impact des activités humaines sur celui-ci. En 1988, le  GIEC (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Etude du Climat) est constitué par la communauté internationale et son premier rapport (1990) conduira à la signature de la convention de RIO en 1992.

 

Depuis, les rapports se succèdent, tous plus alarmistes les uns que les autres: nous devons maintenir le réchauffement climatique en deçà de l’acceptable, afin de limiter l'accroissement des accidents climatiques, la submersion des zones côtières , la mutation et l'érosion de la biodiversité. 

 

logo-plan-climat.gif

 

C’est en 2004 que la France élabore son Plan Climat National. Celui-ci encourage et rend obligatoire, dans certaines cas, les PCET (Plans Climat Énergie Territoire) qui visent à mettre en œuvre les deux objectifs suivants (voir document de l'ADEME):

 

L’atténuation : il s’agit de limiter l’impact du territoire sur le climat, en réduisant les émissions de GES dans la perspective du facteur 4. Elle passe notamment par une meilleure efficacité énergétique, par  le développement des ressources renouvelables, par un recyclage des déchets et, enfin, par une transformation profonde des politiques de transport. La poursuite de ces objectifs permettra également de réduire les coûts de fonctionnement, compte tenu de la tendance à la hausse des prix des énergies et des matières premières. Dans ce contexte, cette politique aidera la collectivité à assurer la continuité du service public ;

 

L’adaptation : il s’agit de réduire la vulnérabilité du territoire dans un contexte où les impacts du changement climatique ne pourront plus être intégralement évités, même avec d’importants efforts d’atténuation. Elle passe par la prise en compte du changement climatique dans les décisions de long terme (urbanisme, conception et exploitation d’infrastructures, reconversion d’activités étroitement liées aux conditions climatiques) et par l’acceptation de conditions de vie différentes. Elle relève également de la gestion des risques (naturels, sanitaires et économiques).

 

Aujourd’hui, ce sont plus de 190 Plans Climat-Énergie qui ont été lancés en France pour tenter d’atteindre les objectifs ambitieux et indispensables de réduction des émissions de GES (Gaz à Effet de Serre).

 

Pic pétrolier et PCET

 

Tous les moyens mis en œuvre pour limiter notre consommation d’énergie et nos émissions de GES sont bons à prendre. Mais le PCET aborde-t-il le problème sous un angle qui permet d’anticiper les conséquences du pic pétrolier ?


 

choc pétrolier

 

Avant toute action, un diagnostic est indispensable. Pour le PCET, il s’agit "d’évaluer le profil des émissions de GES sur le territoire, d’identifier les impacts constatés et d’apprécier les vulnérabilités face au changement climatique." (source Ademe)

 

Je dois reconnaître à cet outil le mérite d'exister et d'aborder sérieusement la question du climat. Malgré cela, je constate plusieurs manques importants à ce type de diagnostic, que je détaillerai par la suite :

   

  1.    Il ne fait aucune priorité sur les usages de l’énergie (besoins vitaux ou non)
  2.     Les nombreuses approximations et pondérations (liées aux facteurs d’émission de GES et à l’imprécision de certaines données collectées) rendent généralement inutile et inefficace toute actualisation des données.
  3.      Les émissions sont comptabilisées par secteur, de manière indépendante et pas de manière systémique.  
  4.     Aucune analyse de la vulnérabilité face à une pénurie, un rationnement ou à une très forte hausse du prix des énergies fossiles.

 

Il est dommage d’engager de tels processus impliquant la population et tous les acteurs du territoire sans prendre en compte ces éléments essentiels.

 

Priorité sur les usages

 

Chercher simplement à limiter ses émissions de GES suppose une démarche volontariste de réduction de la consommation d’énergie. Or, nous disposerons dorénavant d’une énergie plus rare et plus chère ce qui signifie que nous allons subir plus que choisir cette réduction.

 

Dans ce cadre, il est inutile de chercher à préserver toutes les activités et l’organisation actuelles puisque ce sera impossible. Il faut donc prioriser les usages de l’énergie et s’assurer qu’au minimum, les besoins vitaux de la population seront satisfaits (manger, boire, se loger, se chauffer, se soigner).

 

pyr 2

 

Actualisation des données

 

Faire une photo d’un état actuel est important, mais avoir la possibilité de suivre l’évolution et de vérifier l’efficacité des actions est encore mieux. Il est parfois très difficile d’obtenir des données locales, c’est pourquoi, dans le cadre des bilans GES, il s’agit souvent de données régionales ou même nationales qui sont pondérées et ramenées à l’échelle locale. Or il peut y avoir de gros écarts entre une moyenne nationale et une configuration locale.


Il faut donc définir des indicateurs pertinents et basés sur de réelles données locales, afin de pouvoir assurer le suivi des actions. Cela permettra d'actualiser en permanence le plan d’action du territoire et de fixer de nouveaux objectifs en fonction de ce qui fonctionne ou ne fonctionne pas.


Interdépendance entre les secteurs

 

Nous avons toujours tendance à compartimenter les différents secteurs (agriculture, industrie, énergie, résidentiel, transport…) afin de simplifier les analyses et les actions. Malheureusement, ces cloisonnements ne permettront pas de mettre en évidence les incohérences de notre système et les solutions ne pourront pas être suffisamment efficaces.


Par exemple, si vous comptabilisez les GES émis par les transports, vous allez chercher à les optimiser en changeant les outils (train pour remplacer les camions, transports en commun etc …).

 

carte yaourtLogistique nécessaire à la fabrication d'un pot de yaourt à la fraise


Mais la première question qu’il faut se poser est : quels déplacements de personnes ou de marchandises peuvent être supprimés ?


Ainsi, pour réduire réellement et suffisamment les émissions liées aux transports, il faudra par exemple modifier le système alimentaire pour relocaliser et diversifier la production, favoriser la réapparition de compétences absentes du territoire pour éviter qu'elle ne viennent d'ailleurs, produire des agro-matériaux localement ou proposer un maximum de services dans un rayon de 400 mètres pour éviter l’utilisation de la voiture.

 

Une vision globale de l’organisation du territoire et une bonne prise en compte des interactions entre les secteurs peuvent mettre en évidence ces indispensables changements.


Vulnérabilité face au pic pétrolier


Le PCET propose une évaluation de la vulnérabilité du territoire face au changement climatique. C’est important mais insuffisant. Il faut absolument mesurer la vulnérabilité du territoire en envisageant les conséquences potentielles du pic pétrolier (hausse de tous les prix, rationnement, instabilité géopolitique, récession …).


Diminuer la consommation d'essence d’une voiture individuelle n’a aucun intérêt lorsqu’il n’y a plus de pétrole dans les stations.

Transporter l’alimentation par train plutôt que par camion n’a aucun intérêt si les agriculteurs ne peuvent plus payer l’engrais et le fioul et doivent abandonner leur exploitation.

Installer une pompe à chaleur n’a aucun intérêt si les pièces fabriquées en Chine ne nous parviennent plus ou si les coupures d’électricité deviennent fréquentes.


Une solution : le bilan résilience territorial


Suite à ces constats, une équipe dont je fais partie, travaille sur une méthode d’évaluation de la résilience face au pic pétrolier. Celle-ci pourra être mise en  oeuvre de manière indépendante ou intégrée dans un PCET afin de profiter de la dynamique  existante, tout en comblant les lacunes des bilans GES.

 

Ce bilan pourra être utilisé également sur les territoires en transition, afin de donner aux citoyens un état des lieux du niveau de résilience et de mettre en évidence les priorités et les leviers d'action.

 

Les bases de cet outil seront détaillées dans un prochain article.


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Cancel 04/07/2011 06:39



Nous (Groupe Colibris in Corsica) voudrions bien vous contacter. Depuis peu, nous organisons des soirées ou dinners/débat sur le thème du pic pétrolier et la souveraineté alimentaire. L'intitulé
de notre dernière soirée débat était: "Comment rêvez-vous la Corse après le pétrole?" Nous ne sommes pas forcément compétents pour aborder cette problématique et ne voudrions pas que, malgré
notre bonne volonté, ces soirées soient "contre-productives" faute d'arguments ou d'éléments solides. Pouvez-vous m'envoyer un mail à l'adresse que j'ai inscrite pour que nous puissions échanger
quelques propos sur le sujet?


Merci pour ce que vous faites, Amicizia.


Pierre-André Cancel, "responsable" du groupe Colibris in Corsica.