Dimanche 12 décembre 2010 7 12 /12 /Déc /2010 22:16

 

Il est évident que de nombreux français ont eu à subir quelques désagréments ou pertes économiques à cause du blocage des raffineries pétrolières françaises.  Malgré tout,  je  tiens tout de même à remercier chaleureusement les grévistes.


En disant cela, vous pourriez penser que je suis un fervent défenseur de la retraite à 60 ans et que j’attendais beaucoup de ces blocages pour préserver notre acquis social. Et bien pas du tout ! Je me suis d'ailleurs déjà exprimé à ce sujet dans un autre article.


Si je tiens à remercier les grévistes, c’est parce qu’ils ont créé les conditions nécessaires pour tester notre niveau de dépendance et la frénésie populaire pour obtenir les quelques précieux et indispensables litres de pétrole.

 

attente-essence.jpg

Cette expérience trouve ses origines dans un conflit politique. Elle était donc temporaire et il suffisait d’un fléchissement de l’une des parties pour que le mouvement cesse. Nous pourrions également comparer cela à la crise pétrolière de 1973 dont les origines étaient également politico-financières.


Or, nous serons soumis dans les années à venir, au phénomène de « pic pétrolier ». A partir de ce moment, le prix du pétrole augmentera fortement et durablement et la demande sur les marchés étant supérieure à l’offre, nous pourrions voir apparaitre un rationnement des pays importateurs.


Avoir la possibilité d’observer les conséquences d’une rupture d’approvisionnement est donc une chance. En effet, il a été possible d’observer un certain nombre de choses qui méritent que l’on s’y attarde.


Mouvement de panique


Dès l’annonce des blocages, la réaction immédiate des français consiste à faire des réserves. Il s’agit d’une réaction de panique qui accélère le problème en vidant les stations service plus rapidement. A cet instant, l’individuel prime sur le collectif car l’absence totale de réserves individuelles génère un sentiment d’impuissance qu’il faut à tout prix déjouer.


La plupart des français ont besoin d’essence tous les jours. Trois solutions se profilent alors pour ne pas céder à la panique: diminuer le besoin, prévoir des alternatives et mettre en place un stock individuel. Face à une situation temporaire, le stock permet d’éviter une situation de panique tout en organisant plus sereinement les jours suivants.


 

teletravail.jpg

 

 

En revanche, dans le cas d’une pénurie durable (après pic pétrolier), il est préférable d’avoir diminué au maximum ses besoins par une réorganisation progressive du mode de vie (achats de proximité, utilisation du vélo, télétravail, transports en commun, échange de compétences avec les voisins …).

 

 

 

La vérité masquée


Le gouvernement a nié jusqu’au bout les difficultés générées par la pénurie. Les ministres interrogés rassuraient sans cesse indiquant qu’il n’y avait aucun problème, qu’il y avait largement de quoi gérer la situation. Les décideurs n’admettent publiquement les situations difficiles que lorsque nous avons le nez dedans.


Anticiper un choc ou une crise serait susceptible de provoquer un mouvement de panique non maîtrisable. Donc plutôt que de préparer un évènement prévisible, l’Etat s’occupe de certains problèmes dans l’ombre mais n’en informe pas la population sauf s’il est soumis à l’évidence et à la pression des médias.


Il ne faut pas attendre du gouvernement qu’il informe les citoyens sur le pic pétrolier et ses conséquences. Cette absence de transparence et cet aveu d’impuissance ne sont pas rassurants car ils indiquent clairement que notre capacité d’anticipation ne peut plus exister avec un pouvoir centralisé, sauf si elle génère de la croissance.


Tout-va-bien

 

 

Par exemple, limiter les émissions de gaz à effet de serre génère une croissance verte en créant de l’emploi dans le bâtiment, les économies d’énergie, les énergies renouvelables, donc le gouvernement s’en préoccupe et communique sur ce thème.

 

Il semble donc vain d’attendre une confirmation ministérielle concernant la future hausse des prix et la probable indisponibilité du pétrole sur les marchés. Par ailleurs, je vous annonce (c'est un scoop !) qu'un haut fonctionnaire du ministère de l'intérieur m'a indiqué la chose suivante:


En l'absence de consensus sur la période du pic pétrolier, le délai est estimé à 30 ans et aucune préparation ni gestion de crise n'est envisagée à ce jour.


Un système économique très vulnérable


Toutes les entreprises françaises étaient logées à la même enseigne. Les bus, les ambulances, les camions de marchandises, les commerciaux, les médecins … tous faisaient la queue pendant des heures dans les stations, montrant ainsi à quel point l’essence est devenue complètement indispensable au fonctionnement de l’économie. Les transporteurs routiers ont vu leurs réserves se vider en quelques jours à peine, les rapprochant ainsi d’une inévitable faillite en cas de prolongement de la situation.

 

humour_penurie_essence.jpg


L’activité économique de notre pays est trop vulnérable face aux aléas énergétiques. La situation économique mondiale ne permet plus d’envisager l’avenir avec une totale insouciance et il est fondamental que tous les secteurs se préoccupent de connaître leur niveau de résilience face à d’éventuelles difficultés.


Si certains secteurs ne peuvent pas faire sans pétrole aujourd’hui, ceux qui en revanche peuvent trouver des alternatives doivent y réfléchir dès à présent afin de sécuriser leur activité. Il s’agit pour cela d’analyser tous les éléments essentiels à l’activité, de vérifier la diversité et la redondance des sources et éventuellement les réserves à mettre en place.


La grande distribution mise à mal


L’organisation de la grande distribution est essentiellement basée sur des flux logistiques incessants. Elle est donc très dépendante au pétrole. Ainsi, la perception de cette fragilité a conduit à une menace de la grande distribution d’acheter leurs carburants à l’étranger.


Par ailleurs, ce système de logistique en flux tendus implique une quasi absence de stocks. Pour l’ensemble des produits, les grandes enseignes disposent tout au plus d’une quinzaine de jours de stock entre les plateformes logistiques et les supermarchés. Pour ce qui est des produits frais et de grande consommation, ce sont un à deux jours maximum !


Si les blocages avaient duré une semaine de plus, les supermarchés auraient commencé à se vider.


logistique

 

Nos besoins essentiels tels que l’alimentation, l’hygiène et la santé sont extrêmement dépendants  de la production industrielle et de la grande distribution. Est-il tolérable que la réponse à nos besoins primaires soit confiée à un système aussi vulnérable et aussi peu résilient ?


Il faut absolument repenser rapidement cette organisation non durable, polluante par l’énergie qu’elle consomme pour son fonctionnement, et surtout très vulnérable à la moindre rupture d’approvisionnement de pétrole.


Les collectivités locales doivent s’assurer qu’elles disposent, sur leur territoire, d’un stock alimentaire et sanitaire minimum et d’un système de production diversifié et local minimum pour répondre aux besoins de la population.


Le prochain blocage ne sera peut-être pas en France


Chacun d’entre nous a pu faire le constat de tous ces éléments. Il ne s’agit pas de suppositions mais d’une réalité évidente. Contrairement à ce que nous pourrions penser, notre système est extrêmement fragile car il tire sa force et son pouvoir de quelques rares piliers fondamentaux comme le pétrole.


 

Nous avons eu la chance de vivre une expérience grandeur nature de ce qui nous arrivera demain, lorsqu’il n’y aura plus assez de pétrole pour répondre à la demande mondiale. Or tous les experts s’accordent à dire que cette situation arrivera avant 2020.

 

villes-post-carbone


Il nous reste donc dix ans pour prendre conscience de notre vulnérabilité, ouvrir les yeux sur notre dépendance quasi-totale aux importations de pétrole, et commencer à réorganiser la société en fonction de cela.


Les français, avec les élus locaux et le soutien de l’Etat, doivent se réorganiser pour supprimer tous les transports inutiles et relocaliser, à chaque fois que c’est possible, la réponse à leurs besoins essentiels


La résilience se contruit aussi en tirant les leçons de ses propres expériences !

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Commentaires

Que dire de la résilience des parisiens face à 3 flocons de neige sur le périph ?!!!

Commentaire n°1 posté par Un admirateur le 13/12/2010 à 18h15

si ce n'était que trois flocons...! il faut quand même être réaliste!

Commentaire n°2 posté par xxxxxx le 17/12/2010 à 09h46

Si surtout 90% des personnes ne succombaient pas à la "panique", les choses se serai beaucoup mieux passées...
Les transports en commun plutôt que la voiture pour le retour au foyer, etc.

Il y a également eu de gros problèmes de communication de la part des autorités locales concernant la gestion de cette "crise", communiqué tardif de la préfecture des Yvelines par exemple.

La gestion de crise se bâtit sur l'expérience, bien sur, mais également sur la prévention, chose qu'il manque royalement à l'heure actuelle que ce soit sur des chutes de neiges que sur le peak oil...

Commentaire n°3 posté par Tilly le 17/12/2010 à 18h44

Sans vouloir polémiquer, je ne comprends pas votre propension à vouloir toujours tout critiquer...Non il n'est pas tombé juste trois flocons... non les gens n'ont pas plus paniqué...Oui (et Oui!) les transports en commun étaient inutilisables.. réseau de bus interrompu... réseau ferré interrompu.. aéroports totalement fermés.. alors Oui il ne restait qu'une chose aux gens pour rentrer chez eux leur voiture ou bien leurs pieds...Et Oui rien n'est parfait en ce bas monde.. comme dans tous les pays touchés par cette vague de froid et de neige... que ce soit en Europe ou en Amérique du Nord... incroyable mais vrai!.. alors arrêtons aussi de nous regarder le nombril et de nous plaindre...et je ne vois guère le rapport entre la résilience et les problèmes climatiques...

Commentaire n°4 posté par xxxxxx le 19/12/2010 à 20h07

Sans rentrer dans le débat sur Paris, il y a bien sûr un rapport entre résilience et climat ou météo. Il faut pour cela considérer la définition de la résilience: capacité d'un système à conserver un fonctionnement suffisant malgré un choc ou un changement perturbant, à s'adapter et à se réorganiser en fonction de ce changement.

Alors d'une manière généra:

si nous avons une grosse pluie verglaçante comme au québec, les lignes a haute tension tombent et la France n'a plus d'électricité

si les routes principales et aéroports sont condamnés, camions et avions ne font plus circuler nourriture et médicaments. ce qui veut dire qu'au delà de 15 jour de blocage, on ne mange plus, on ne se soigne plus ...

Pour être résilient, il faut diversifier les sources, faire des stocks, relocaliser un certain nombre d'activités etc ...

Réponse de Benoît Thévard le 20/12/2010 à 08h49

Avec des "si", on en ferait des choses cher auteur ! Je ne comprends toujours pas comment vous pouvez en arriver à comparer les conditions climatiques canadiennes et françaises... il convient tout de même de reconnaître  que leur vie est adaptée à ces conditions climatiques hivernales extremes... comment peut on objectivement comparer ces deux situations...? franchement, ne croyez vous pas cela un peu exagéré? Alors oui il faut prévoir, mais le catastrophisme n'arrange rien à rien...  

Commentaire n°5 posté par xxxxxx le 20/12/2010 à 19h00

Personne ne parle des problèmes de pétrole,... Pas tout à fait en fait. Si vous avez suivi les interventions de Chantal Jouanno (lorsqu'elle était encore secrétaire d'état à l'écologie), elle en a parlé à au moins 2 reprises :

Depuis elle ne s'occuope plus ni d'écologie, ni d'énergie ....Est-ce une relation de cause à effet ? Quoi qu'il en soit, on peut regretter le manque de formation de nos hommes politiques et de nos journalistes!

 

Commentaire n°6 posté par Olivier H le 27/12/2010 à 18h52

Bonjour Olivier,

j'avais effectivement entendu cela. Cependant il y a un problème de délai. Même si le phénomène de pic pétrolier semble rassembler le plus grand nombre, peu assument un délai compris entre maintenant et dans 10 ans (ce délai maxi est valable si on est vraiment très optimiste ou si la crise économique passe par là).

C'est du côté des Verts (Yves Cochet, Cécile Duflot) que c'est assumé à la fois pour le phénomène et pour le délai, mais je ne suis pas certain qu'il y ait pour autant une capacité à proposer un programme politique adapté à l'importance du problème.

Yves Cocher se bat depuis plus de 10 ans pour changer les choses et rien ne bouge ...

Le problème c'est qu'on ne peut pas répondre de manière timide à une telle révolution ! Donc c'est du tout ou rien !

Réponse de Benoît Thévard le 29/12/2010 à 11h01

@ XXXXX

Avec des "si", on en ferait des choses cher auteur !

 

Le SI n'existe plus, il n'y aura plus de pétrole, à nous de nous organiser en conséquence !

la résilience, c'est cela me semble-t-il!

JB

Commentaire n°7 posté par jbthevard le 29/12/2010 à 12h27

Et j'ajouterais pour éviter toute confusion, que quand bien même nous disposerions de réserves de pétrole et de gaz non conventionnel importantes (shale oil et shale gas par exemple), les conditions d'exploitation et de raffinage imposeraient un surcoût important et une diminution du rythme de production que le fonctionnement de notre économie ne peut accepter.

Donc oui, il faut se réorganiser, maintenant !

Réponse de Benoît Thévard le 29/12/2010 à 17h54

A JBTHEVARD

Je vous met au défi de trouver une seule ligne dans laquelle je remets en cause le problème du pétrole.

Le "si" utilisé faisait référence au catastrophisme de l'auteur qui evoquait aussitôt les pluies verglacantes canadiennes susceptibles de s'abattre en France et de ce fait, de paralyser le pays en entier!!! Alors aucun de mes commentaires n'évoque le pétrole. je n'ai fait que commenter une personne qui ne s'est pas gené pour fustiger l'incapacité des parisiens à faire face à la neige. Je suis consterné de constater qu'une fois de plus l'exagération est de mise sur ce type de site, cela est bien dommage et j'insiste une fois de plus sur le fait que le catastrophisme n'arrange rien, si ce n'est faire peur, dommage que ce soit votre seul créneau pour convaincre les gens.

Commentaire n°8 posté par xxxxxxx le 02/01/2011 à 20h43

Bonjour

Concernant la résilience d'un territoire (le canada) à s'adapter aux pluies verglassantes qui arrivent avec une probabilité élevé est, je trouve, un bon moyen pour illustrer ce qu'est la résilience d'un territoire.

Expliquer au travers de l'exemple d'un territoire comme l'IDF qui subit un évènement climatique avec une probabilité d'avoir lieu, moyennement élevée, est aussi une bonne illustration de ce qu'est la résilience d'un territoire.

Sur la fin de votre propos, je me dis que vous avez peut-etre raison, que l'auteur exagère...

Bon alors, ne tenons compte que d'une petite probabilité de ce qui est dit dans ce site et ça sera déjà un beau progrès!

Qu'en pensez vous?

Cordialement !

Commentaire n°9 posté par JB Thévard le 02/01/2011 à 23h31

A propos de croissance verte: il se trouve que je suis passé récemment par quelques entreprises du domaine, dont certaines HQE s'il vous plaît!, et le moins qu'on puisse dire est qu'au royaume des hypocrites, les faux-culs sont rois. Toute croissance consommera de l'énergie, et ce n'est pas du côté de celles d'entre elles qu'on dit renouvelables que nous pourrons trouver de quoi satisfaire nos appétits gargantuesques. Quant on préfère l'ébriété à la sobriété, qu'on ne vienne pas ensuite se plaindre de sa gueule de bois!

Commentaire n°10 posté par José le 09/01/2011 à 07h09

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