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Avenir sans Pétrole

Les transports après le pic pétrolier

11 Juillet 2011 , Rédigé par Benoît Thévard Publié dans #Propositions

Repenser notre système de transport dans un monde où le pétrole est rare et cher n’est pas une mince affaire. En 2010, environ 92,5% de l’énergie consommée pour les transports était issue du pétrole. Le reste se compose d’agro-carburants (5,3%) et d’électricité (2,2%) pour les trains. Depuis 1973, la consommation de pétrole pour les transports a presque doublé, passant de 25,3 Mtep/an à 46,3 Mtep/an.

 

consommation transports

 

Comme vous pouvez l’imaginer, ce que je vais proposer dans cet article va dans un sens opposé à la tendance actuelle.


Tout d’abord, il faut dire que les politiques de transport actuelles ainsi que les projets d’infrastructures tendent à  décongestionner les réseaux et, au mieux, à réduire les émissions de CO2. Malheureusement, elles ne tiennent pas compte de la vulnérabilité des approvisionnements en pétrole et de la forte hausse des coûts de l’énergie.

 

De plus, ces politiques tendent à réduire les temps de parcours plutôt que de favoriser la réduction des distances parcourues et l’accès aux zones peu desservies. Le développement du TGV et des lignes aériennes internes, par exemple, tend à favoriser l’éloignement entre le domicile et le lieu de travail ou l’éclatement géographique des familles.

 

Je vous propose donc une orientation que pourraient prendre les territoires afin d’améliorer la résilience du système de transport et la résilience en général face aux pénuries énergétiques à venir ! Cette orientation pourrait se faire en quatre étapes :

 

  1. Ce que l'on peut faire tout de suite, faisons-le !
  2. Améliorer l’accessibilité
  3. Diminuer la dépendance au pétrole
  4. Favoriser les modes doux et durables

 

Etape 1 : Ne pas attendre pour agir !

 

Comme dans tous les autres domaines de la transition, ce que l’on peut faire tout de suite, faisons-le ! Toutes les initiatives qui permettent de diminuer notre consommation d'énergie sont bonnes à prendre.


Pedibus2.JPG

 

N’attendons pas pour développer et généraliser ce qui se fait déjà sur de nombreux territoires :

 

-          Covoiturage

-          Pédibus

-          auto-partage

-          évènements autour du roller, du vélo

-          Associations de récupération, de réparation, de prêt et d’échange de vélo

-          Etc …

 

Pedibus.jpgProjet de pédibus à Toulouse

source: http://blog.ecole-maternelle-sarrat.fr/

 

 

Évitons quand même les fausses initiatives qui mettent de la peinture verte sur des pratiques inacceptables, comme ce site de "cojetage" qui met le voyage en jet privé à la sauce covoiturage !

 

Etape 2 : Améliorer l’accessibilité pour réduire le nombre et la longueur des trajets

 

Il serait inefficace de concevoir de nouveaux réseaux de transport avant même d’avoir repensé l’organisation du territoire. En effet, les outils mis en place suivant les besoins actuels ne seront pas forcément efficaces dans quelques années. 

 

La mobilité est un substitut à l’accessibilité

 

Le transport est une « fonction support » au fonctionnement d’une communauté. Il n’est pas un but en soit. S’il n’est pas possible de se passer complètement de transport, il est tout de même indispensable de diminuer considérablement les besoins, en améliorant l’accessibilité aux biens, aux services et aux transports collectifs. Il a été estimé qu’au-delà de 400 mètres de distance à parcourir quotidiennement, le recours à la voiture se généralise (dans les pays industrialisés).

 

L’accessibilité peut être améliorée par la mise en place d’un système de transport fiable pour déplacer les citoyens vers les services ou par la mise en place des services auprès des citoyens, de leur habitation. De plus, rapprocher les services des habitations permet de créer un système décentralisé, générateur d’emplois dans chaque zone. Ce système, considéré jusqu’alors comme moins rentable économiquement, le deviendra avec l’augmentation des coûts de l’énergie.

 

decentralisation.JPGOrganisation centralisée            Organisation décentralisée

 

Accès aux biens et services

Les choix actuels de la population se situent davantage sur d’autres critères que la distance, comme le prix ou la qualité. Une modification de l’accessibilité des services conduirait à choisir les services les plus proches.


Si les problèmes énergétiques surviennent avant qu’un plan de transport n’ait été envisagé, cela pourra conduire à la disparition de certains services pour des questions d’accessibilité. De même, il y a un risque important de continuité des services si les employés ne vivent pas à proximité.

 

Les centres commerciaux situés à l’extérieur des villes sont généralement fortement impactés par la hausse du prix des carburants et voient leur fréquentation baisser fortement au profit des commerces de proximité. Il est donc primordial de développer une offre de proximité car la hausse des prix est inévitable.

 

-         Analyser les flux de personnes afin de repérer ce qui génère le plus d’utilisation de véhicules personnels. Ces flux devront être supprimés par l’utilisation d’autres moyens de transports ou la décentralisation des services.

-        Tenir compte de la distance pour améliorer l’accessibilité et pas uniquement du temps de parcours. La notion de distance est primordiale dans une perspective de choc pétrolier.

-      Créer un indice d’accessibilité aux services, à pied, pour les citoyens  (ex : www.walkscore.com). Cet indice pourra être utilisé pour la mise en place de nouveaux logements, de nouvelles entreprises ou de nouveaux services. L'exemple ci-dessous montre que le Président de la République française peut accéder à presque tous ses besoins ... à pied ! (note de 90 sur 100)

 

walkscore.JPG

 

 

Accès au lieu de travail

La distance entre lieu d’habitation et lieu de travail a fortement augmenté. Les flux de personnes sont très nombreux et donc vulnérables à une crise pétrolière.

Une forte hausse des prix du pétrole pourrait annuler l’intérêt économique de se rendre au travail pour les emplois uniquement accessible grâce à la voiture personnelle. Par ailleurs, les nouveaux véhicules individuels plus économiques restent aujourd’hui trop coûteux ou trop peu développés pour être démocratisés.

 

-       Encourager les employeurs à partager les bâtiments tertiaires et les centres de service pour permettre aux employés de travailler à proximité de leur domicile.

-          Décentraliser certains services pour rapprocher les employés, qui fournissent ces services, de leur domicile.

 

Il est également possible (et souhaitable) d'échanger son boulot si vous habitez loin de votre lieu de travail ! C'est ce que propose ce site internet à ceux qui passent trop de temps dans les transports.

 

Etape 3 : Sortir de la dépendance au pétrole

 

Le pétrole représente la quasi totalité de l'énergie utilisée pour les transports. C'est une énorme faiblesse de notre système et il faut absolument diversifier les équipements pour améliorer la résilience locale.

 

ambulance-electrique.JPGAmbulance électrique


Les véhicules dont l’usage est prioritaire (pompiers, dépannage d’urgence, police…) doivent être rapidement modifiés ou remplacés pour permettre l’utilisation d’autres types de carburant (biogaz, électricité, huile végétale …). Cette démarche devra être effectuée également, à terme, pour les transports collectifs et des véhicules en libre service (parc limité et consommation maîtrisée).

 

-   Évaluer le besoin énergétique pour les usages prioritaires sur le territoire, afin d’améliorer l’autosuffisance locale

-     Diversifier les approvisionnements énergétiques avec des ressources locales (biogaz de  station d’épuration ou de déchets ménagers et agricoles, électricité d’origine renouvelable, huiles et graisses alimentaires usagées ou déclassées …

 

biogaz.jpgBus équipé pour rouler au biogaz de déchets urbains.

85% du parc de bus de Lille métropole fonctionnent au biogaz

 

Etape 4 : Favoriser les modes de transport doux et durables

 

L’utilisation d’alternatives à la voiture ne pourra se développer que si l’offre est attrayante ou sous la contrainte (généralement économique). C’est pourquoi il est important de mettre en place un environnement « hostile » pour la voiture et favorable à la circulation piétonne, l'utilisation du vélo ou des transports collectifs.

 

-     Améliorer les connexions entre les moyens de transport (porte-vélos sur les bus et dans les trains, parking à vélo sécurisés aux points de connexion, compatibilité des tickets entre les modes de transport …)

-      Mettre en place des restrictions d’accès pour les voitures, en proposant des moyens de transport doux et/ou collectifs.

-     Réduire le nombre de places de parking dans la ville. Il serait idéal de végétaliser ces zones.

-      Organiser des évènements temporaires afin de permettre aux habitants de tester de nouvelles situations (fermeture du centre ville à la circulation, marquage temporaire des routes etc …)

 

Conclusion

 

Vous l'aurez compris, l'enjeu principal pour l'avenir des transport, c'est de pouvoir s'en passer. Le pic pétrolier va causer de gros problèmes d'approvisionnements énergétiques et le pic des autres ressources (fer, cuivre, métaux rares ...) ne nous permettra pas de renouveler le parc de véhicules mondial, quelle que soit l'énergie utilisée.

 

Vous aurez remarqué que je ne fais pas de scénario chiffré à l'horizon 2030 ou 2050. En effet, cela me parait complètement illusoire tant les circonstances énergétiques, économiques et climatiques futures sont imprévisibles. Je propose donc simplement des pistes à suivre localement et à mettre en oeuvre le plus vite possible.

 

Tout ce que nous aurons pu faire sera un peu de résilience gagnée, un peu de sérénité pour envisager l'avenir sans pétrole.


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Martin J.P. 21/07/2011



Bonjour,


 


Je suis très sceptique quand à la capacité de nos sociétés à s'adapter aux contraintes de la déplétion énergétique, pour plusieurs raisons.


La première, c'est que la remise en cause de notre niveau de vie n'est acceptable que pour une petite minorité. Or, dans l'état actuel de la connaissance scientifique, la baisse de niveau de vie
qui correspondrait à une réelle tentative d'adaptation à la contrainte énergétique est très importante.


 


La seconde, c'est que je ne crois pas qu'une adaptation soit possible, quand bien même la volonté de la majorité s'exprimerait dorénavant dans ce sens, compte tenu de la fuite en avant démesurée
à laquelle se sont livrées nos sociétés ces quarante dernières années, sur les plans démographiques, psychologiques, économiques, et compte tenu des délais que j'estime rester pour mettre en
oeuvre une telle tentative d'adaptation, délais qui me semblent dorénavant inférieurs à dix ans, et vraisemblablement dans un contexte de dégradation de l'économie plus propice à la contestation
qu'au consensus. Je suis donc sur la longueur d'onde d'Yves Cochet sur ce plan, à savoir, il n'est plus l'heure de s'illusionner sur une possible adaptation, il serait l'heure de tenter de
limiter la casse ...


Enfin, la seule tentative de mise en place d'une adaptation poserait problème dans le contexte géopolitique actuel de notre planète. Les sociétés humaines sont en compétition les unes contre les
autres, afin d'exporter leurs productions, et leur chômage avec. Tenter de s'adapter reviendrait à baisser la garde avec des conséquences de moyen terme désastreuses qui compliqueraient encore la
tâche.


Mais bon, j'espère me tromper. J'ai beaucoup rigolé à la fin de votre article, en voyant préconiser une évolution du parc des cars vers l'usage des gaz issus des déchets urbains ... Il y aura des
déchets urbains tant que le pétrole arrivera jusqu'à nous ...


Bonne continuation quand même ...



Gégé Pan 31/07/2011



Les choses arrivent rarement par là où on les attend . La réalité fonctionne peu en mode linéaire . Par exemple , un effondrement d' ordre économique non directement lié au pic de production
pétrolier pourrait bien survenir et faire évoluer l' état d' esprit général . Il pourrait s' agir notamment d' un effondrement monétaire mondiale . Brutalement , la monnaie ne vaut plus rien
. Les banques limitent les retraits .Puis effet de panique , rush dans les Magasins , stocks non réapprovisionés . Une désorganisation profonde de l' économie fait suite . Des
millions de personnes n' ont alors presque plus mangé depuis trois jours .Ce type d' évènement   pourrait alors bien marqué notre manière de voir les choses . A voir que d' une certaine
manière , on a peut etre commencé à etre préparé psychologiquement à ce genre de choses . En effet , depuis une dizaine d' année , brutalement des évènements dont on
aurait pas imaginé l' ampleur voir la nature , se sont produits : Tempete de 99 - 11 Septembre - Katrina - Pétrole à 150 $- 2 Tsun pas amis . C' est à se
demander qu' est-ce qui pourrait bien se produire au prochain coup ?