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Avenir sans Pétrole

"Ma semaine sans CO2": critique d'une analyse trop superficielle

31 Août 2010 , Rédigé par Benoît Thévard Publié dans #Regard critique

Audrey Garric est pigiste pour Le Monde.fr et elle a écrit une série d'articles sur sa "semaine sans CO2" !

 

Cette série analyse plusieurs sujets fondamentaux tels que l'alimentation, l'eau, les transports, les déchets ...

 

On y trouve quelques idées intéressantes, mais aussi tous les stéréotypes de la société de consommation, des idées reçues et des aprioris caricaturaux !

 

L'écologie: préoccupation de bobos qui brassent de l'air mais ne font de mal à personne

 

"Adhérer aux théories écolos, c’est bien. Si cela ne fait pas toujours avancer le schmilblick, et que l’on a souvent la sensation de brasser de l’air, au moins, ça ne fait de mal à personne"

 

Le ton est donné et il semble que pour l'auteur, réfléchir aux problèmes de fond de notre planète afin de remettre en cause un système sans avenir soit une occupation inutile.

 

"Je me donne une semaine pour prendre conscience de ce qu’est être vraiment écolo"

 

Nous verrons bien si c'est suffisant !

 

LES TRANSPORTS

 

transport.jpg

 

L'auteur n'a pas de voiture puisqu'elle habite à Paris centre, donc l'article parle du vélo, du vélo et du vélo. Le vélo est effectivement le moyen de transport individuel qui a le plus d'avenir  sur notre planète. Il faut le promouvoir, organiser le recyclage et des ateliers de réparation ... Mais résumer la problématique des GES liés aux transports par l'utilisation du vélo est digne de la plus grande idée reçue:


S'il n'y a plus de pétrole, ce n'est pas grave je prendrai mon vélo (si possible électrique) !

 

Cet article ne donne aucune idée de l'impact de ses billets d'avion ni du transport des biens et services qu'elle consomme chaque jour. On peut alors espérer qu'elle en parlera dans l'article sur l'alimentation ou sur l'énergie. Nous verrons cela ...

 

LES DECHETSdechets-tri-selectif.jpg

 

Cet article est intéressant car il aborde les deux problématiques principales des déchets: les déchets non organiques qu'il faut trier et/ou incinérer mais également les déchets organiques et les solutions de compostage urbain. Cette dernière problématique n'étant pas simple à mettre en oeuvre, je félicite l'auteur pour ses efforts. Elle donne des pistes pour ceux qui voudraient se lancer dans l'aventure malgré le fait que les zones urbaines ne soient pas du tout organisées pour gérer le compostage.

 

Pourtant, il est clair qu'une réflexion importante doit être faite à ce sujet. Le non retour à la terre de la matière organique ne permet pas une gestion durable de l'agriculture. Si la société a organisé une logistique alimentaire qui va des campagnes vers les villes, alors il faudrait penser au chemin inverse et organiser le retour à la terre de la matière résiduelle. Sans cela, l'apport d'engrais de synthèse devient la seule solution de secours et nous en connaissons les limites !

 

ALIMENTATIONalimentation.jpg

 

Encore des mots qui me font bondir:

"Les légumes des agriculteurs locaux, il faut bien le reconnaître, sont disgracieux et peu nombreux"

Voilà une vraie réflexion de consommatrice qui enfonce des portes déjà ouvertes depuis longtemps et sans fondements. Non seulement cette déclaration est inutile mais en plus elle suppose que le contenant est plus important que le contenu.

Je veux insister sur le fait que s'ils sont "peu nombreux", c'est juste parce que les clients potentiels n'en achètent pas. C'est le consommateur qui fait le producteur et pas l'inverse. Si des écolos n'avaient pas acheté des aliments biologiques contre vents et marées il y a quelques années, nous n'en trouverions pas dans les supermarchés aujourd'hui.

Enfin concernant l'esthétique, je ne comprends toujours pas cet argument car les légumes bio, locaux et pas chers que je mange sont magnifiques en plus d'être bons (si, si, je suis objectif !).

 

Le problème de l'alimentation ne doit pas être traité superficiellement. Il s'agit d'un besoin élémentaire de l'Humain et il faut vraiment avoir perdu le sens des réalités pour s'intéresser davantage à l'esthétique qu'à l'origine d'un aliment. Nous n'avons pas d'autres solutions, à terme, que de relocaliser l'agriculture et de diminuer l'utilisation de produits de synthèse, n'en déplaise aux consommateurs qui préfèrent le beau au bon et qui veulent des tomates en décembre.

 

Quant au prix des produits bio, voici un élément qui vous permettra peut-être de comprendre la supercherie:

 

Pour 1 kg de pommes de terre le prix de vente est en moyenne de:

0,65€ pour l'agriculture intensive

1,30€ pour l'agriculture biologique

 

Le coût réel calculé de production est en moyenne de:

4€ pour l'agriculture intensive

1,30€ pour l'agriculture biologique

 

Ces valeurs sont issues d'un livre du Comité 21, et reprises dans l'ouvrage "Terres d'avenir pour un mode de vie durable".

 

Le surcoût de l'agriculture intensive, lié à l'énergie et aux produits phytosanitaires, est masqué aux consommateurs car il est reversé sous forme de subventions aux agriculteurs. Voilà comment l'Etat laisse croire aux consommateurs que l'alimentation biologique coûte trop cher et limite son développement sur le territoire français.

 

 

EAUeau_goutte.jpg

 

Comme pour les déchets, l'auteur aborde cette thématique (qui semble importante pour elle) de manière assez exhaustive et intéressante. Même les toilettes sèches sont abordées, ce qui n'est pas rien ! Evidemment la mise en oeuvre de toilettes sèches en centre ville de Paris est plutôt complexe. Mais on revient au problème des déchets organiques: ce qu'il reste après digestion de nos aliments est censé retourner à la terre plutôt qu'aller polluer et gaspiller l'eau potable.

 

J'en profite pour donner une petite idée qui viendrait s'ajouter aux siennes: mettez un seau dans votre douche. Lorsque vous allumez le robinet et attendez que l'eau chaude arrive, vous récupérez largement de quoi remplir le réservoir de vos toilettes !

 

L'ENERGIEenergie.jpg

 

Et nous voilà revenus dans l'abus de langage et les stéréotypes !

 

"L’environnement, c’est un peu une croyance. Et un sacerdoce, comme je commence à m’en apercevoir. Comme les religieux, les écolos ont aussi leur trinité en matière d’énergies renouvelables (...) Des doctrines censées en remplacer d’autres"

 

Réfléchir à la gestion de l'énergie se rapporterait donc à un intégrisme militant !

 

Dans tout l'article, seule la fée électricité est abordée. Encore un amalgame entre énergie et électricité.

La problématique du chauffage est évacuée sous le prétexte que nous sommes en été, ainsi que le problème de l'eau chaude pour les mêmes raisons. Nous pouvons donc passer aux ampoules, appareils ménagers et autres veilles inutiles.

 

Voilà donc à quoi se résume le problème de l'énergie pour un citoyen français: lumière, aspirateur, frigo et ordinateur. Je suis mauvaise langue car elle parle également de 170 km en twingo, ce qui permet d'évacuer le problème des transports.

 

Ces raccourcis caricaturaux illustrent parfaitement l'inconscience de l'utilisation de l'énergie. Au passage, j'invite le lecteur à lire ou relire mon article sur les ordres de grandeur de l'énergie.

Cette partie a tout de même ceci d'intéressant qu'elle parle d'Enercoop, société coopérative qui propose de l'électricité 100% renouvelable dans un esprit solidaire. Si les fournisseurs d'électricité verte inspirent autant la méfiance, c'est parce qu'il n'y en a qu'un  seul qui soit vraiment fiable et qui ne trompe pas le client par des artifices de communication et autres certificats verts, et il s'agit d'Enercoop.

 

BILAN

 

L'auteur a réduit ses déchets, roule à vélo, achète des paniers bio, et continue de limiter sa consommation d'eau. Elle a le mérite de s'y être intéressé et finalement d'avoir suscité le débat (il suffit de voir le nombre de commentaires sur ses articles !).

 

Ce que je retire de cette analyse, c'est que les solutions qui s'offrent aux citadins des grandes métropoles sont assez réduites. Je ne jette pas la pierre à l'auteur de ne pas en avoir trouvé davantage, je lui reprocherais simplement ses aprioris réducteurs qui n'ont aucun fondement et sont contre productifs

 

Il manque toujours l'outil collectif et le partage à ce type d'analyse. Il ressort de cette expérience qu'individuellement il n'y a pas grand chose à faire. Nous cherchons des solutions individuelles sans imaginer que l'on pourrait en trouver de bien plus efficaces avec nos voisins qui ont probablement les mêmes problèmes. Mais je conçois aisément que la vie au coeur des grandes villes n'est pas toujours propice au partage et à la communication.

 

Je me rends compte en lisant ses lignes que le chemin est long avant que notre société remette les pieds sur terre et reprenne conscience des vulnérabilités du système.

 

Lorsque j'ai décidé de commencer ce blog, c'était avec la sensation qu'il fallait faire prendre conscience des enjeux de l'avenir. Et ils sont au delà, comme je l'ai déjà dit, du changement d'ampoules et du tri des déchets.

 

Tant que ceux qui disposent d'une grande écoute continueront à dire que la vie sans carbone peut se résumer à cela et à accorder toujours autant d'importance à des apriori futiles, nous ne poserons pas les bases d'une vraie réflexion et ne pourrons pas mettre en place les outils qui s'imposent pour préparer le monde de demain.

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Nadège 31/08/2010 13:22


Heureusement il y a les médias alternatifs qui diffusent des idées alternatives et collectives genre les villes en transition... Alors l'idée serait de faire en sorte que les médias alternatifs
deviennent connus, de les diffuser au max, de nous même communiquer, créer du lien avec des médias grand public et de les y intéresser ... pour que les médias grand public commencent à ouvrir les
yeux sur tout ça ... et merci pour ton blog, c'est très intéressant !