Avenir sans Pétrole

Nouvelles du pic pétrolier !

24 Février 2012 , Rédigé par Benoît Thévard Publié dans #Pic pétrolier

Le flou est toujours de mise en 2012, quand on parle de l’avenir du pétrole. Rarement un sujet aura fait l’objet de telles distorsions dans les estimations. Même si les choses semblaient beaucoup plus claires depuis l’annonce de l’AIE en 2010, indiquant que nous avions dépassé le pic de pétrole conventionnel.

 

Je me rends bien compte qu’il faut expliquer, encore et encore, pour démontrer que les communications pseudo-scientifiques rassurantes qui accommodent notre résistance au changement, ne sont que science fiction et manipulations économiques et politiques.

 

L’AIE corrige la date du pic !

 

Tout d’abord, il y a ceux qui admettent l’existence d’un pic ou plateau, après de nombreuses années de déni. C’est le cas de la très optimiste Agence Internationale de l’Energie qui indiquait dans WEO 2010 (World Energy Outlook) que nous avions passé le pic de pétrole conventionnel en 2006. Depuis, ils ont corrigé le tir dans le WEO 2011 en indiquant :


« Les révisions effectuées sur les données de production depuis la publication du WEO 2010 montrent une production moyenne mondiale de pétrole conventionnel à 70,4 Mb/j en 2008, légèrement au-dessus des 70,2 Mb/j de 2006. »


Le pic aurait donc été dépassé en 2008 et non en 2006 comme l’indiquait le précédent rapport, pour une production actuelle d’environ 69 Mb/j.

 

AIE.JPGPerspectives de production pétrolière de l'AIE, WEO 2011

 

Circulez (avec du pétrole), y a rien à voir !

 

L’actualité propose toujours son lot de personnalités qui nient farouchement qu’il puisse y avoir un problème de pic énergétique. Ces témoignages portés par d’éminents responsables sèment le doute dans les esprits qui ne savent plus à quel saint se vouer.  

 

Le 17 septembre 2011, Daniel Yergin, Président d’IHS CERA écrit une longue tribune dans le Wall Street Journal dont le titre est évocateur : « There will be oil » (il y aura du pétrole). Dans cet article, il revient sur les fondements de la théorie du pic pétrolier et remet en cause tous les discours alarmistes quant à l’offre de pétrole sur les marchés.

 

Un démontage méthodique de cet argumentaire par Jean Laherrère, ancien patron des techniques d'exploration du groupe Total, a été publié sur le blog de Matthieu Auzanneau quelques jours plus tard.

 

 

Le 11 janvier 2012, Pierre Terzian, PDG du groupe Pétrostratégies SA explique que grâce à la technique, nous sommes maintenant capables d’aller chercher certains hydrocarbures qui n’étaient pas accessibles avant. Selon lui, « ce n'est plus une question de technique mais c'est une question de prix, de coût. Donc à partir du moment où le prix assure la production de ces pétroles, il n'y a plus de risques de pénurie de pétrole. »

 

 

Le 23 janvier 2012, Pierre Gadonneix, Président du Conseil Mondial de l’Energie et ancien PDG d’EDF, annonce lors d’une séance publique (version audio) que « le concept de « peak oil » s’éloigne au fur et à mesure que les échéances de la déplétion des ressources sont repoussées. ». Pour lui, il n’y a pas de pénurie globale et le boom des hydrocarbures non-conventionnels (sables de l’Alberta, gaz et pétrole de roche mère…) laissent encore 200 ans de consommation actuelle ! Ben voyons...

 

D’ailleurs, vous pouvez faire un don pour soutenir un pétrole « éthique » contre l’affreux pétrole d’Arabie Saoudite. Et oui, cette publicité vous propose d’aider ceux qui exploitent les sables bitumineux du Canada.

 

 

 

 

Voilà donc pour les bonnes nouvelles, tout au moins pour ceux qui espèrent que rien ne va changer! On remarque d’ailleurs que ces personnages sont des économistes, bien connus pour dire (et penser ?) qu’il n'y a jamais de problème technique ou physique et que seul le prix a une influence! Par conséquent, si le prix est élevé, tout est possible … y compris 200 ans de consommation actuelle.

 

Ouf, un peu de réalisme !

 

Enfin, il y a les pragmatiques, ceux ont bien compris qu’il y avait des limites physiques à tout cela et que le prix ne pouvait pas être le seul paramètre.

 

Le 7 novembre 2011 sur France Inter, Michel Rocard, évoque le pic pétrolier et assume l’économie de récession à venir. Pour lui, ce problème est LA raison pour laquelle il faut continuer le nucléaire en France. Pour moi, ce serait plutôt l'inverse, c'est à dire que le pic et ses conséquences sont une des raisons pour lesquelles nous devons en sortir. Mais vous pourrez retrouver mon argumentation dans un autre article.

 

 

 

 

Le 26 janvier 2012, James Murray, océanographe à l’université de Washington et David King, physicien conseiller de Tony Blair et Gordon Brown, ont démontré que nous avions atteint un plafond de production selon une nouvelle méthode fondée sur l’élasticité de la production de pétrole.

 

En effet, les producteurs ayant intérêt à garder le prix du baril dans une plage raisonnable, ils diminuent la production lorsque le prix est trop bas et inversement. Sauf que depuis 2005, les choses ont changé. Sur le graphique suivant, vous constatez que le prix (courbe rouge) augmente fortement depuis 2005 (je pense qu'il n'y a pas que sur ce graphique que vous l'avez constaté !) et que malgré cela, la production (courbe bleue) n'augmente plus.

 

prod-prix.JPGProduction et prix du pétrole entre 1998 et 12011 (Murray & King)

 

Je terminerai par les courbes de Jean Laherrère (ci-dessous), qui permettent de reprendre conscience des ordres de grandeur.

 

Nous savons aujourd’hui que la production de pétrole conventionnel n’augmentera plus. Les vendeurs de rêves (voir le début de l’article) nous disent que grâce aux autres types de pétrole, il n’y a plus aucun problème avec l’énergie fossile.

 

laherrere.JPGEvolution de la production tous carburants liquides et prospective

 

Et bien lorsque vous comparez la courbe verte (pétrole conventionnel) avec les autres courbes (rouge et noire) qui représentent le développement des autres types de carburants liquides (sables asphaltiques, charbon ou gaz liquéfié...), vous voyez que l’échelle n’est pas du tout la même et que la production non conventionnelle ne pourra jamais compenser le déclin de nos bons vieux gisement de pétrole brut.

 

Le scénario le plus probable reste donc le suivant:

 

La production, tous carburants confondus, arrive sur un plateau et devrait commencer à décliner entre 2015 et 2020, en fonction des conditions économique mondiales.

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Gg 01/04/2012


Le fait de prétendre que le futur de la production mondiale de pétrole ne dependra principalement que du coût qu' on voudra bien ou pourra investir dans la production pétrolière , est
,entre autre , un moyen détourné d' accuser les peuples , plutot que de remettre en cause la pertinence d' un systeme . En effet, sans cesse , on nous dit , en gros , que
si l' économie va mal , c' est parceque , les gens qui auraient tendance à la fainéantise , ne voudrait pas assez travaillé et qu' heureusement ,pour pallier à ces périodes de relâchement
, les tenants du systeme , les biens pensants ,seraient là pour " booster " l' économie , et tjrs faire en sorte que celle-ci se dirige vers le haut . Ainsi ,
pauvre de nous , si il n' y a plus de pétrole , ce n' est pas parcequ' il y en aurait pas assez , mais tout simplement parceque , malgrè tous les efforts que font les tenants , pour
faire travailler le peuple .Celui-ci préfèrerait ne pas travailler , et , ainsi , se hisser . Oh là là ! les tenants vont alors pleurer , si il y a la misère , ce n' est pas parcequ' il n' y a
pas assez de pétrole , et qu' il aurait alors fallu remettre en cause tout le systeme , mais parceque le peuple est tellement fainéant qu' il ne veut plus travailler . 

Gg 01/04/2012


Le fait de prétendre que le futur de la production mondiale de pétrole ne dependra principalement que du coût qu' on voudra bien ou pourra investir dans la production pétrolière , est
,entre autre , un moyen détourné d' accuser les peuples , plutot que de remettre en cause la pertinence d' un systeme . En effet, sans cesse , on nous dit , en gros , que
si l' économie va mal , c' est parceque , les gens qui auraient tendance à la fainéantise , ne voudrait pas assez travaillé et qu' heureusement ,pour pallier à ces périodes de relâchement
, les tenants du systeme , les biens pensants ,seraient là pour " booster " l' économie , et tjrs faire en sorte que celle-ci se dirige tjrs vers le haut
. Ainsi , pauvre de nous , si il n' y a plus de pétrole , ce n' est pas parcequ' il y en aurait pas assez , mais tout simplement parceque , malgrè tous les efforts que font les
tenants , pour faire travailler le peuple .Celui-ci préfèrerait ne pas travailler , et , ainsi , se hisser . Oh là là ! les tenants vont alors pleurer , si il y a la misère , ce n' est pas
parcequ' il n' y a pas assez de pétrole , et qu' il aurait alors fallu remettre en cause tout le systeme , mais parceque le peuple est tellement fainéant qu' il ne veut plus travailler . 

Thomas 01/03/2014

Les différents scénarios de pic se basent sur des chiffres biaisés, c'est à dire que les pays producteurs, les compagnies et les politiques agissent selon leurs intérêts, et surestiment, sous-estiment voire mentent sur les réserves de pétrole et la production. Donc les différents scénarios établis ne tiennent pas la route car 95 % des estimations sont incorrectes (ex : le gaz et le pétrole de schiste). Cela vaut pour vous comme pour les "optimistes". Je vous demande donc de le dire, que les dates de pic seront faussées tant qu'il n'y aura pas de transparence réelle sur la production et les réserves.
PS : je ne mets pas en doute le pic, loin de là, simplement, je vois que les pays producteurs et les compagnies sont obnubilées par le court terme et mentent. Je suis quand même optimiste

Thomas 01/03/2014

Je rajouterais que mon commentaire vaut pour les autres ressources (minières...). Et ce qui me rend dingue, c'est que pour moi la première volonté est la volonté politique

Thomas 01/03/2014

Je rajouterais un dernier commentaire : ceux qui se targuent de réalisme sont ceux qui ont bien profité des taxes générées par le pétrole. Alors oui des solutions existent pour l'après pétrole, et il vaut mieux accélérer le mouvement entamé depuis 15 ans (ENR, bio économie) et ne pas se focaliser sur des dates hypothétiques (basés comme je l'ai dit sur des chiffres incorrects), et il faut enfin faire en sorte de réveiller nos décideurs en Europe car je remarque qu'aux USA comme dans pas mal de pays, de plus en plus de personnes prennent conscience des effets qu'aura le pic, et s'y préparent. Rien n'est parfait, il faut avancer

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