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Avenir sans Pétrole

Objectif résilience pour les territoires !

21 Octobre 2011 , Rédigé par Benoît Thévard Publié dans #Propositions

Une des grandes caractéristiques de notre époque, c’est la certitude que nous allons vivre des ruptures. Qu'il s’agisse de la situation économique, énergétique ou climatique, nous savons que la tendance passée ne ressemblera en rien à l’évolution future.


La croissance exponentielle de nos consommations, de nos émissions ou rejets, du prélèvement sur les ressources, de la population mondiale, des déplacements ou de la dette des États ne peuvent conduire, à terme, qu'à une inversion de nombreuses tendances.

 

Dans ces conditions, il est extrêmement complexe de faire des scénarios prospectifs de long terme (jusqu’en 2050 par exemple) basés sur un fonctionnement de société à bout de souffle et en limite de rupture.

 

resilience.jpgimage: http://2.bp.blogspot.com

 

Puisqu'il est impossible d’anticiper avec exactitude le délai et l’intensité de ces chocs à venir, nos gouvernements font le pari qu'il n’y en aura pas et misent tout sur l’acharnement thérapeutique, restant au chevet d’une croissance économique en état de mort clinique.

 

Désormais, il est trop tard pour tout transformer avant ces grands changements. Je préfère les accepter et les anticiper en proposant un scénario basé sur la résilience locale.

 

Définition

 

La définition suivante a été proposée par le Dr Brian Walker, scientifique expérimenté et reconnu au niveau international, ayant travaillé sur la résilience des systèmes socio-écologiques :

 

"La résilience est la capacité d’un système à absorber un changement perturbant et à se réorganiser, tout en conservant essentiellement la même fonction, la même structure, la même identité et les mêmes capacités de réaction." 

 

Il peut s’agir de résilience générale face à n’importe quel type de choc ou de résilience spécifique par rapport à une problématique particulière (par exemple, la résilience de la production agricole face à une sécheresse ou la résilience d’une population face à un choc pétrolier.

003-qu-est-ce-que-la-resilience-locale-quelle-definition.pngimage: Pierre Aïn

 

Critères d’évaluation de la résilience

 

La résilience peut être caractérisée selon plusieurs critères. J’ai travaillé avec mon ami Pierre Aïn afin de bien les comprendre et de voir comment il serait possible de les évaluer. Ce sont principalement trois critères qui permettent de définir le niveau de résilience d'un système: la diversité, la réactivité et la modularité.


DIVERSITE


Pour maximiser les profits générés par notre système centralisé, nous avons tout uniformisé et fait disparaître la variété en augmentant la spécialisation, la standardisation et les économies d’échelle.

 

diversitéIl faut bouger le curseur pour améliorer la diversité

 

Quelques exemples de l'uniformisation de plusieurs secteurs en France:

-          Transports : 95% pétrole

-          Électricité : 75% nucléaire

-          Surfaces agricoles : 85% grandes cultures et fourrage

-          Alimentation : 70% en supermarchés

-          Emplois : 75% tertiaire

 

Pour améliorer la résilience, il faut rapidement diversifier l’ensemble des secteurs de la société, qu'il s’agisse de ce qui est produit (pour une entreprise ou une exploitation agricole) ou de ce qui est consommé (alimentation, chauffage, accès aux soins…).

 

REACTIVITE


Notre système centralisé est stable mais peu adaptable. Il peut subir des évènements importants mais ponctuels, comme un nuage volcanique, un phénomène météorologique, une grève ou un blocage à durée limitée, mais l’inertie est telle qu'il est presque impossible de s’adapter si le changement persiste.


Notre organisation est robuste mais le temps de réaction est allongé par les nombreux niveaux de gouvernance, la globalisation des échanges et la longueur des procédures obligatoires.

 

reactivite.JPGComme l'indique le curseur, notre organisation est stable mais peu adaptable

 

Exemple: en octobre 2010, les grèves dans les raffineries ont généré une pénurie d’essence dans les stations services mais également chez les transporteurs routiers. Or, les plateformes logistiques de la grande distribution disposent d’environ deux semaines de stock. Que se serait-il passé si la grève avait continué ou si l’arrêt de l’approvisionnement pétrolier était extérieur à nos frontières ? L'Etat aurait-il été capable de réorganiser l’ensemble de la filière alimentaire en quelques jours ?

 

La relocalisation et l’amélioration des outils de communication permettent d’améliorer la réactivité. Dans certains cas, s’il est trop complexe d’améliorer la réactivité, il convient de créer des stocks ou des réserves permettant d’allonger le délai disponible pour agir.

 

entrepot.jpg


MODULARITE


Le fait de vivre dans un système entièrement globalisé constitue un affaiblissement de la résilience. Les producteurs exportent leurs productions et les consommateurs importent ce qu'ils consomment. Tous sont dépendants, au quotidien, du bon fonctionnement du commerce international, du système boursier, de transports nombreux, efficaces et fiables. L’évolution des échanges a conduit à une quasi-disparition des circuits courts et du lien local.

 

modularite.JPGIl faut regagner de l'autonomie pour améliorer la modularité


La relocalisation et l’augmentation du niveau d’autosuffisance est un des moyens d’améliorer la résilience locale. Je ne parle pas de viser l’autarcie car il est indispensable de préserver des échanges avec ses voisins, mais simplement de ne plus dépendre intégralement d’un système globalisé dont on sait aujourd’hui qu’il est extrêmement fragile et au bord de la rupture.


Il y a une notion sociale forte dans ce critère. Il caractérise la manière dont les acteurs de la société sont liés entre eux au travers des échanges commerciaux, culturels, éducatifs…

Il n’y a pas d’idéal de modularité mais simplement un équilibre à retrouver entre le local et le global en regagnant de l'autonomie.

 

En bref, il faut faire bouger les curseurs !


Dans la perspective des changements qui arrivent, améliorer notre résilience doit devenir une priorité pour tous. L’organisation de notre société est uniforme, stable et globalisée, ce qui convenait bien jusqu’à présent mais n’est plus du tout adapté aux enjeux de demain.

 

Chaque territoire doit faire en sorte de :

- varier les productions et les consommations

- rendre le système plus adaptable

- regagner de l’autonomie dans les secteurs essentiels à son fonctionnement

 

Le défi est ambitieux et concerne tout le monde. Les choix familiaux, ceux du chef d’entreprise ou des élus d’un territoire doivent permettre d'améliorer la résilience afin d'assurer notre capacité à vivre les bouleversements de demain.

 


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Frédéric Boutet 11/11/2011 21:53



Bonjour,

Radical signifie "à la racine", en référence à lorsque vous voulez vous débarrasser d'une plante, vous devez enlever la racine si vous ne voulez pas qu'elle repousse. Tous les gens qui
s'intéresse au long terme sont radicaux. Les pronucléaires sont radicaux : depuis les années 50, ils s'organisent pour agir sur le long terme et leur système de propagande est conçu ainsi.

Le plus dur, c'est de commencer à travailler sur le long terme. En particulier lorsque tous les médias, toutes les administrations, un bon paquet d'interlocuteurs individuels veulent tout de
suite des résultats pour eux, pour leur vie à eux, voire des résultats carrément immédiats pour les grands médias.

Etre radical n'est pas du tout exclusif. C'est vouloir le mieux tout le temps et pour le long terme. Ce serait vraiment bien que beaucoup se mettent à le devenir ! Mon action est de toujours
tirer vers le haut, d'essayer toujours d'aller plus loin. Je suis donc opposé aux conservateurs qui au contraire, me tirent vers le bas, me rappellent sans cesse qu'on a gagné des droits sociaux
et qu'il est logique d'en jouir maintenant. Le problème, c'est qu'ils nous tuent, par cancers et malnutrition interposés.

J'ai apprécié votre intervention mais mon action à moi, citoyen comme un autre c'est-à-dire différent des autres, c'est de tirer vers le haut, d'être radical, à la racine, et de chercher à voir
sur le long terme. Et donc, je dis clairement que dans votre discours, il y a un point faible pour le long terme, c'est le non-dit que les déséquilibres qu'on observe dans l'organisation du
système énergétique hyper-consommation, hyper-dépendance, concentration/spécialisation des secteurs, ne sont que le reflet des déséquilibres que l'homme s'inflige à lui-même dans la société. Je
parle des défauts des institutions.

J'insiste sur la diversité parce que vous aussi, vous semblez avoir bien envie de mettre cette notion en avant. Si nos institutions s'appuyaient sur la diversité pour définir un mode de
gouvernance, il me semble que nous irions dans une bonne direction pour le long terme. Un représentant, genre un député, ne peut pas physiquement représenter la force de plusieurs dizaines de
milliers de personnes pensantes. C'est absurde et surtout, c'est fragile, sujet aux extrêmismes, comme le système institionnel et économique d'aujourd'hui est extremiste.

L'écologie sociale théorisée par Bookchin n'est certes pas un élément qui va modifier de fond en comble votre conférence. Si vous commenciez votre conférence par dire que les institutions sont
nécrosées, il est évident que vous ne seriez pas invités à l'Assemblée Nationale ! Mais si les élus se posent des questions réelles sur notre monde et qu'ils se mettent à agir, c'est bien parce
qu'ils sont remis en cause par une agitation moléculaire citoyenne. Tant que vous ne les remettez pas en cause, ils ont tendance à s'auto-féliciter. Il faut aplatir la pyramide institutionnelle,
c'est d'une évidence écrasante : mais qui le dit ?

Vous le dites sans le dire puisque vous voulez plus d'indépendance des régions, mais attention : moi je l'ai compris parce que je le veux déjà, mais peu de gens le comprendront et ainsi présenté,
cela ne se fera pas car pour que cela se fasse, il faut inverser le rapport de force : croyez-vous que les cabinets ministériels vont vous aider à leur retirer le pouvoir qu'ils ont sur leurs
français ?

Enfin, en tant qu'idéaliste, comme Bookchin, je raisone sur ce qui devrait être et non pas sur ce qui me contraint aujourd'hui. Chez moi, j'ai installé un ECS solaire en thermosyphon sans aucun
calcul économique : j'ai juste réuni les conditions pour le faire - moyens financiers techniques et humains - parce que cela devrait être. Le seul calcul de rentabilité sur le plan de la pĥysique
m'a suffit : comment justifier - en kWh - d'extraire de l'uranium au niger alors qu'il y a le soleil pour chauffer de l'eau (*) ? Notre système institutionnel et économique a totalement perverti
notre relation à la physique de ce monde. Donc, je raisone sur ce qui devrait être et non pas sur ce qui me contraint aujourd'hui car c'est une perte de temps considérable.

Voilà, j'espère que comme moi, vous vous intéresserez à Bookchin et ses écrits.
F.B.

(*) Sans chiffres, j'avais écris ceci en 2006, "faire cuire un oeuf au nucléaire" : http://www.passerelleco.info/article.php?id_article=1329



Frédéric Boutet 10/11/2011 10:56



Bonjour Benoît,


J''étais hier soir à la conférence de Toulouse, j'ai parlé de Murray Bookchin, des Mayas. J'ai aussi distribué le tract sur la Nucléon(*).


Dans votre conférence, j'ai apprécié les deux premières parties, sur le pic pétrolier et la dépendance de notre société au pétrole, qui sont des choses bien connues des écologistes comme moi,
mais vous avez effectué un travail pédagogique intéressant et cela mérite d'être souligné. Se faire expliquer les détails est extrêmement important. J'ai beaucoup aimé.


La troisième partie, sur la résilience, je me suis ennuyé à mourrir parce qu'avec des amis, nous tentons d'insuffler des choses comme cela depuis dix ans dans mon village, sans se revendiquer de
"transition" ou d'AMAP. Or, ce qu'il faut, c'est une théorie. Il n'y a pas de révolution sans théorie, et quand je dis "révolution", je ne pense pas à une prise violente de la Bastille par les
armes, je suis non-violent, je déteste la brutalité, enfin, surtout celle de ceux qui nous tuent, par cancers et maultrition interposés.


La France est une société qui vit dans le MENSONGE. Tout se passe comme si personne ne devait dire la vérité. On apprend à l'école que nous sommes en "démocratie" et que "des gens se sont battus
pour cela". Et donc, tous ceux qui critiquent ces institutions sont des ennemis, des terroristes. La poursuite des éléments subversifs de la patrie constitue presque le fondement de cette
société. On poursuit les sans-papiers, les écologistes, les indignés parce qu'ils disent la vérité.


Donc, en résumé, j'ai apprécié que vous dénonciez les mensonges sur la croissance, sur la science "qui va trouver un jour la substitution". Mais il y a du chemin à faire pour arriver à quelque
chose de cohérent car jamais cultiver des légumes sur les toits ne nous fera changer nos institutions. C'est un autre mensonge. Il faut une théorie, il faut un schema directeur, une idée
nouvelle, un paradigme. C'est ce qui manque cruellement dans votre présentation. C'est pour cela que j'ai évoqué Murray Bookchin, car c'est un socle très solide de réflexion ; attention, il est
peu connu en France, malgré le fait que son oeuvre est aussi importante que celle de Karl Marx. Pour en savoir un peu plus sur ce théoricien, on peut démarrer par quelques-une de mes
considérations ici :


http://www.p-plum.fr/?L-avenir-c-est-la-foret


et aussi le portail de l'écologie sociale : http://www.ecologiesociale.ch tenu par un jeune universitaire suisse.


(*) La Nucléon : http://www.stop-nucleaire31.org/spip.php?article62



Benoît Thévard 10/11/2011 16:36



Bonjour Frédéric,


Merci pour votre contribution, et votre commentaire sur la conférence. Je souhaite répondre sur les propos jugeant "ennuyeuse" la dernière partie de la conférence.


« L'écologie sociale est un mouvement d'écologie
radicale »


Ce sont les premiers mots que l’on peut lire en regardant le lien que vous m’avez
envoyé. A partir du moment où vous êtes dans le mouvement de l’écologie radicale, vous aurez du mal à dépasser quelques % de personnes qui vont adhérer à votre schéma, même s’il est d’un grand
réalisme.


La notion d’inclusion du mouvement de transition est certes difficile à accepter
pour les radicaux comme vous, mais elle est, de mon point de vue, le seul moyen de changer les choses autrement que par les conflits partisans. Je suis fatigué des guerres de partis qui
gaspillent nos énergies sur des aspects purement idéologiques, je suis pour la gestion pragmatique du groupe, avec de nouveaux modes de gouvernance locale, c’est aussi ce que propose la
transition. Le radicalisme est-il inclusif ? Non et il n’est assurément pas fait pour ça.


En tant qu’ingénieur, si je proposais des pistes sous une étiquette d’écologie
radicale, soyez certain que la plupart des collectivités locales, directions départementales des territoires et autres institutions ne feraient pas appel à moi et le message ne serait pas
transmis.


Vous trouvez que je n’ai pas donné de pistes et de théorie ? Je crois au
contraire que je n’ai fait que cela : choix structurels suivant les critères de la résilience, construction d’une vision positive et collective du fonctionnement du territoire, implication
citoyenne non pyramidale soutenue par les élus locaux, mise en place de monnaies locales, relocalisation des activités, priorisation de l’usage des ressources pour les besoins essentiels et
notamment les systèmes critiques, gestion durable des ressources naturelles, changement des pratiques dans la santé, décentralisation des service au sein du territoire pour limiter les
déplacements, mise en place de stocks sanitaires, énergétiques et alimentaires, d’un espace info alimentation, soutien à l’auto-rénovation des logements, mise en place de formations pour la
requalification des savoirs oubliés, logique d’économie sociale et solidaire …


Si toutes ces pistes que j’ai données vous semblent vides et ennuyeuses, j’en suis
désolé. Pour moi, elles sont une caisse à outils pour préparer le monde de demain et chaque territoire doit piocher la dedans ce qui semble bon pour lui. Ces idées me semblent aller dans le bon
sens et sont déjà un pas immense pour une société comme la notre, jacobine de tradition et hautement consumériste.


Peut-être que ce qui vous gêne, c’est que je ne culpabilise pas, que je n’accuse
pas. Je démontre l’impasse dans laquelle nous sommes sans rejeter la faute sur quiconque. Je ne porte pas de jugement de valeur comme celui que M. Romero porte sur les environnementalistes, par
exemple.


Et puis enfin, j’avais prévenu, les gens sont toujours déçus par les solutions car
évidemment elles ne répondent pas à tous les maux de la planète en 30 minutes ! Chacun, suivant sa sensibilité aimerait m’entendre dire certaines choses … Sur les 220 personnes qu’il y avait
ce soir-là combien y-avait-il de chances pour que je satisfasse tout le monde ? Ce n’était, de toute façon, pas le but !



Pierre Aïn 27/10/2011 20:36



Salut Ben,


Eh oui je tarde à formaliser les caractéristiques des 6 critères sur mon blog... Je n'arrive plus trop à dégager le temps nécessaire depuis la rentrée en trombe de septembre.


Peu importe. L'important, c'est que le sujet avance. C'est d'ailleurs pour cela qu'un indice de résilience sous licence libre est une bonne idée, car chacun à notre tour, on peut dégager
du temps à un moment donné pour faire avancer le projet et puis d'autres prennent ensuite le flambeau quand notre disponibilité s'étiole.


Mais bon il me reste encore de la rédaction à terminer sur resixlience avant
de pouvoir me reposer ;-)


C'est super que tu puisses continuer à diffuser la bonne parole et à renverser les comportements.


A très bientot mon ami,


Pierre