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Avenir sans Pétrole

Pic pétrolier à l'Assemblée Nationale: le texte de mon intervention

4 Février 2011 , Rédigé par Benoît Thévard Publié dans #Propositions

Le colloque organisé par le pôle écologique du Parti Socialiste ce 25 janvier 2011 a été l'occasion de faire entendre la voix de sept intervenants au sujet du pic pétrolier, de ses conséquences et de propositions politiques qu'il faudrait mettre sur la table.

 

Avant de résumer mon point de vue sur cette soirée (autre article), voici le contenu de mon intervention dont la durée était limitée à 10 minutes. Sur ces sujets, on pourrait parler pendant des heures. J'avais décidé de m'appuyer sur le constat de la situation réalisé brillamment, auparavant, par Géraud Guibert, Matthieu Auzanneau, Bernard Durand et Jean-Marc Jancovici et d'aborder directement les propositions.


 

assemblee nationale

 

 

 

CONTEXTE

 

3 Constats (suite aux interventions précédentes)

 

 Il y aura de moins en moins de pétrole sur le marché international et les énergies alternatives ne pourront pas compenser le déclin de la production.


 Le fonctionnement de notre société est dépendant d’une croissance économique et matérielle qui ne peut se faire sans augmenter globalement la consommation d’énergie.


 Le délai qu’il nous reste pour agir est extrêmement court, au regard des efforts qu’il faut réaliser pour changer de paradigme et sortir de l’ère du pétrole.

 

Il n’y a donc plus de doute sur le fait que nous allons subir un changement profond, dont nous ne maîtrisons aujourd’hui, ni l’ampleur, ni les conséquences.

 

 

 

QUE FAIRE ?


 

- Sensibiliser la population sur le pic pétrolier. Aujourd’hui les changements climatiques font l’objet, à juste titre, d’une grande médiatisation. Mais il est important que la population prenne également conscience que les problèmes concernant le pétrole n'interviendront pas dans 40 ans, mais beaucoup plus tôt.

 

- Faire l’état des lieux de notre dépendance au pétrole pour prendre conscience de la vulnérabilité de l’organisation de notre société.

 

- Anticiper la crise énergétique et nous préparer individuellement et collectivement à changer de paradigme.

 

C’est là qu’intervient la notion de résilience car c’est la capacité d’un système (écosystème, famille, commune …) à subir un choc ou un changement perturbant, à s’y adapter et à se réorganiser tout en conservant ses fonctions principales et son identité.

 

Pour préserver les fonctions principales d’une communauté humaines, il convient donc d’assurer en toutes circonstances les besoins vitaux des citoyens.


 

Quelques exemples de notre dépendance concernant ces besoins :

 

-          Alimentation : Les méthodes agricoles, l’industrie agro-alimentaire et la logistique de distribution sont fortement dépendantes des énergies fossiles (exemple pénurie d’essence 2010). D'ailleurs, nous observons aujourd’hui une forte corrélation entre le prix de l’alimentation et celui de l’énergie.


-          Santé : La médecine conventionnelle en France exige toujours plus de transports individuels vers les centres spécialisés, des médicaments fabriqués avec des dérivés du pétrole, des matériels en plastique jetables et stériles comme les seringues ou les tubes de dialyse (exemple : pénuries lors du choc pétrolier de 73).


-          Bâtiment : La fabrication des matériaux de construction et d’isolation diffusés actuellement, comme le béton et la laine de verre, nécessite une très grande quantité d’énergie. Combien coûteront-ils ?


 

Puisque nous aurons moins de ressources et d’énergie à l’avenir, il faut absolument s’assurer qu’elles seront affectées aux besoins essentiels.

 

 

 

 

COMMENT ?

 

3 niveaux d’action

 

1/ Initiative citoyenne des villes en transition :

 

Ce modèle est né en Angleterre en 2005. L'objectif est de sensibiliser les populations et d’engager une transition vers plus de résilience locale.


Le réseau compte aujourd’hui plus de 350 initiatives à travers le monde dont une vingtaine en France.

 

L’implication citoyenne est fondamentale s’il s’agit de changer les modes de vie. C’est pourquoi la prise de conscience par la population des défis qu’il faut relever semble indispensable, ainsi que sa participation dans les choix d’orientation de la communauté.

 

Il s’agit d’une logique de bottom-up (du bas vers le haut).

 

Cependant, ce niveau d’action manque d’une vision globale des acteurs et de l’organisation du territoire. Il ne dispose pas non plus des leviers administratifs et financiers pour faire évoluer le tissu économique et les réseaux techniques comme l’eau, l’énergie et les transports.

 


2/ Niveau politique local (agglomération, communauté de communes) :

 

Avant de savoir où l’on va, il faut savoir où l’on est.


Je propose d’évaluer la résilience des territoires (par un bilan résilience par exemple), c'est-à-dire sa capacité à subir le choc énergétique du pic pétrolier et à se réorganiser en fonction de ce changement.

 

Avec l’équipe Résalience, nous avons mis en place cette méthode d’évaluation. Pour cela, nous nous sommes appuyés sur la pyramide de Maslow et avons déterminé les besoins suivants :

 

3 besoins primaires : Alimentation, santé et habitat.

3 besoins fonctionnels : l’économie, l’énergie et le transport.

 

Les besoins fonctionnels sont nécessaires pour apporter la réponse aux besoins primaires.


 

pyr 2

 

 

Cette évaluation n’est pas un but en soi, elle est un outil d’aide à la décision.


Elle devra donc conduire à l’élaboration d’un plan d’actions de court, moyen et long termes. Dans cette perspective de changements, les critères de la résilience semblent vraiment adaptés pour guider la stratégie de réorganisation.


Nombre de mises en oeuvre seront simplement liées aux changements des pratiques quotidiennes et à la gestion du territoire (jardins partagé, ateliers de partages de savoirs, achats groupés, monnaies locales…)

 

Pour les actions faisant appel à des investissements financiers importants (smart grid, création d’activités …), il faudra utiliser des outils de financements existant comme le partenariat public-privé, ou en créer de nouveau si besoin. Ceci devra être pensé dans une logique d’économie sociale et solidaire pour être durable.

 

La relocalisation des activités indispensables à la population permet, en outre, de dynamiser et diversifier l’activité économique locale tout en créant des emplois durables. En effet, puisqu’il s’agit de répondre à des besoins immuables, les emplois sont théoriquement immuables également.

 


3/ Niveaux politiques national et européen :

 

Pour être durable, la réorganisation locale ne pourra être ni standardisée, ni imposée.

 

Les ressources de chaque territoire étant différentes, il serait inefficace d’imposer les mêmes outils à tout le monde. Il faut donner aux collectivités locales des objectifs de résultats tout en laissant une grande liberté de moyens.

 

L'Etat devra faciliter cette prise d’autonomie par des incitations et des ajustements réglementaires et fiscaux.

 

L’idée d’une taxe carbone dont l’augmentation serait planifiée me semble très pertinente pour contraindre au changement des pratiques. Mais sans la mise en place d’alternatives locales, nous risquons de mettre en grande difficulté les citoyens les plus modestes.

 

 

CONCLUSION

 

L’énergie sera de plus en plus rare et de plus en plus chère.

 

Il existe des solutions à mettre en œuvre pour préparer les populations aux changements qui s’annoncent.

 

Aux élus de  s’en saisir pour construire, d’ici 2012, un programme à la hauteur de ce véritable enjeu de société.

 

 

 

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Gagar 09/08/2011 10:19



Bonjour,


Au sujet de la dissonance cognitive, double pensée orwélienne, ou autre déni de réalité, un travail intéressant lie le comportement de la plupart fasse à la réalité du réchauffement climatique,
et l'addictologie. En ce sens, il ne suffit pas de prendre connaissance de son addiction, faut-il encore se décider à prendre les mesures qui s'imposent, et encore dans ce cas, s'y tenir. Parce
que sortir d'une addiction, c'est très difficile, et ça se fait rarement seul et la pédagogie ne concerne que cette première étape. (Modèle FRAME pour l'addiction :
http://villesentransition.net/transition/outils/outil_n01_la_psychologie_du_changement_et_le_modele_frames


Merci.



JBC 01/03/2011 07:59



Bonjour,


 


D’abord je tiens à remercier l’auteur de ce blog. Je considère que tout ce qui va dans le sens de l’augmentation de l’information sur la résilience est pain béni. La prise de conscience sur ces
problèmes énergétiques, environnementaux et économiques, est le moteur de notre avenir. Je suis en ce moment en pleine lecture du livre de Bob Hopkins sur la résilience, je ne me permettrais donc
pas de conclure pour l’instant sur cet ouvrage. Son premier mérite est de m’intéresser en premier lieu.


Je ne suis pas un spécialiste du pétrole, loin s’en faut et ne me lancerais certainement pas dans le débat sur les quantités supposées rester à notre disposition. Cela est certes important, mais
pas fondamental. En revanche, ce qui me préoccupe, c’est que les réserves de pétrole, qu’on le veuille ou non, ont une limite d’épuisement, que ce soit déjà fait ou à venir, dans 6 mois ou 40
ans, le fait est que nous aurons brûlé dans le cas le plus optimiste, en 250 ans, ce que la nature aura mis des millions d’années à produire, laissant les générations futures démunies de cette
ressource. Ceci à seule fin de soutenir le développement économique, la sacro-sainte croissance, et avant tout un accroissement éhonté de la richesse des nantis par l’épuisement d’un bien commun
à l’humanité. Question altruisme on repassera ! Mais bon, je ne veux pas non plus refaire l’histoire. Alea jacta est.


En revanche, je raisonnerai en bon gestionnaire, peut-être un peu sur des bases conservatives, mais la prudence raisonnée ne me semble pas être un défaut. Croire en la croissance infinie est un
non sens. Si j’ai 2000 € pour vivre, je n’en ai pas 2500 ni 10000. Je peux avoir recours au crédit, mais cela a un coût, qui va grever quoiqu’il en soit mon budget. Or nous vivons à crédit. Si la
Terre a 1000000 elle ne peut donner 2000000. On pourra lire sur ce sujet un livre qui est pour moi une référence : La décroissance – Entropie, Ecologie, Economie – livre de Nicholas
Georgescu-Roegen, un économiste. Les bases de notre problème sont résumées dans le sous-titre : entropie, pour l’aspect énergétique, écologie et économie. Ces trois aspects sont intiment
liés. Au passage j’approuve pleinement Hopkins qui avance que l’on ne pourra traiter ces trois aspects séparément, mais qu’il faudra prendre le tout à bras le corps.


Tout le reste n’est que pure cécité. Le pétrolier avec sa vision étriquée de sa spécialité, le banquier qui ne pense que croissance, le climatologue qui ne voit que ses courbes de fonte des
glaciers… Bref, on ne fera pas l’économie d’une prise de conscience, et par là, de solutions globales.


L’économie basée sur le pétrole est finie, ou le sera bientôt. Je ne crois pas être un prêcheur d’Apocalypse, encore qu’étant un fervent helléniste, je connaisse le sens grec du mot αποκάλυψη (apokalipsi) qui est révélation, au sens propre. Prêcher la révélation, mettre au jour ce qui est caché ne me déplait pas au fond.


Je parlais de cécité, et j’ai la ferme conviction que cet état d’esprit en coûtera beaucoup à ceux qui en sont frappés. Je crois intimement qu’il y a urgence à se préparer, à réformer la société,
à réformer jusqu’à ce qui peut nous paraître une évidence : l’argent. La monnaie, devrais-je dire, car cela fait longtemps en effet qu’il n’y a plus d’argent dans nos poches par exemple. Je
vois plus la monnaie comme une cause du problème que comme une solution.


Nous sommes face à la conjonction de trois crises majeures. L’EURO fort il y a deux ans nous a préservé (un peu) d’un baril à 150$. Aujourd’hui il est plus faible et ça grince plus vite. Mais
cela n’est rien en comparaison de ce qui est à venir. Or, qu’est ce qui n’est pas de pétrole autour de nous ? Nous avons mis tous les œufs dans le même panier croyant, de manière
inconsidérée, à la croissance éternelle.


Les gagnants de demain sont ceux qui auront su ouvrir les yeux à temps, à condition que la société ne sombre pas entre temps dans la barbarie. Les guerres de l’énergie, des ressources sont devant
nous. Et j’ai aussi peu confiance en la capacité de l’homme de partager que j’en ai des frissons d’horreur. Mais j’ai aussi l’espoir que cela ne sera pas.


Les solutions sont indubitablement locales. Et pourtant le discours ambiant vise la globalisation, la libre concurrence, la poursuite de la destruction des cultures, des paysages, des traditions,
des terres… La solution sera une émergence des solutions venant des personnes, donc loin d’un modèle unique prêché à Wall Street.


Vraiment un grand merci à Benoît pour contribuer à cette œuvre… au blanc.



Benoît Thévard 09/03/2011 20:02



Merci beaucoup pour ce message JBC


La situation n'est pas très joyeuse, je vous l'accorde. J'en tire d'autant plus mon chapeau à Rob Hopkins qui a su faire émerger une vision positive d'un constat dramatique !


Le tout est de s'y prendre à temps. Mais le constat que je peux faire auprès des personnes qui s'impliquent vraiment dans la transition de leur territoire, c'est une dynamique incroyable, un
formidable déploiment d'énergie et d'imagination pour tranformer en profondeur la société. Et dans ce cas, l'imagination n'a pas de limite.


Bien à vous



fabrice 18/02/2011 06:38



Bonjour,


En lisant cet article et ces commentaires, je suis content de voir que ce sujet est suivi par pas mal de monde.


Pour les porpos de Mr Masso, je lui demanderait de visualiser ce film, diffusée en 2008 sur Arte et qui montre à un moment une contrée aux USA où le pétrole a finit de couler. Qu'il me dise
pourquoi ? http://www.respire-asbl.be/Film-Cruel-sera-le-reveil-le-crash


Pour tous et surtout Mr Thévard, je dirais "le dire c'est bien mais le faire c'est mieux. Alors bravo pour lancer ce débat pour nous tous et nos enfants, et il est maintenant venu le temps de
rassembler car beaucoup sont sur le sujet depuis longtemps.


Moi, cela fait deux ans que je m'y intéresse et depuis peu j'ai décidé de lire le livre de Bob Hokins "Manuel de Transition, de la dépendance au pétroile à la résilience locale" et de rassembler
le plus d'infromation possible sur ce sujet de l'environnement (pic pétrolier, climat et autres..) sur un blog dont voici le lien. http://fab08022.over-blog.com/


Comme tout débat, il y a les pour et les contres, Mr Masso doit certainement avoir des intérêts pour défendre aussi bien le sujet, mais pour ma seconde question : pourquoi c'est la folie sur les
prix en ce moment sinon que la spéculation existe toujours lorsque le produit est rare ? Comme tout produit de société capitaliste basée sur l'offre et la demande :"plus un produit est rare, plus
il est cher".


De plus, même si les ressources ne manqueraient pas comme nous le disons, elles doivent être utilisées avec modération pour le bien de notre vie à tous.


Ce n'est qu'un début, continuons le combat.



Loran 15/02/2011 15:04



oups le lien precedent est faux,


a propos de sgaz de schistes donc http://www.sbc.slb.com/About_SBC/~/media/Files/Point%20of%20View%20Docs/Can%20Unconventional%20Gas%20be%20a%20Game%20Changer%20in%20European%20Gas%20Markets.ashx



Loran 15/02/2011 12:13



Bonjour


la discussion initiée par Jean Masso est très pertinente.


On ne peut pas balayer d'un revers de main l'effet des techniques sur la production.


Si on ne peut pas le quantifier, on parle dans le vent...


bonne journée.