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Avenir sans Pétrole

Pic pétrolier : quelles propositions politiques en 2012 ?

15 Février 2011 , Rédigé par Benoît Thévard Publié dans #Propositions


A la tribune de ce colloque, organisé par le pôle écologique du Parti Socialiste à l’Assemblée Nationale, des personnalités qui travaillent et communiquent sur le pic pétrolier depuis plusieurs années. J’étais le petit nouveau parmi les têtes d’affiche que l’on ne présente plus.

 

La diversité des intervenants était intéressante : journaliste, experts, ingénieurs, politiques. Chacun a joué son rôle malgré la durée très réduite des interventions (10 minutes par personne).

 

table-ronde-pic-petrolier.JPG

 

Après une introduction de Michel Sourrouille et une présentation de Géraud Guibert, c’est le journaliste Matthieu Auzanneau (Oil Man) qui  a pris la parole pour présenter trois scénarios concernant le pic pétrolier : Optimiste, Médian et Pessimiste.

 

Cette mise au point était très utile, mais je souhaiterais apporter une précision personnelle sur le scénario optimiste. Celui-ci ne montre pas de baisse de la production avant 2050 et pour cause, la compensation du déclin se fera grâce à des gisements que nous n'avons pas encore découverts ! Je pense qu’il faut donc relativiser ces courbes rassurantes. Quoi qu’il en soit, il est important d’être transparent et de transmettre toutes les informations issues de sources crédibles, le journaliste à bien rempli son rôle !

 

Pour Bernard Durand,  expert en géologie et géochimie pétrolière, l’heure est plutôt au pessimisme. Non seulement la production ne pourra plus suivre, mais la distribution est en train de se modifier en profondeur. D’une part, les pays émergents (Chine et Inde principalement) importent toujours plus de pétrole pour leur développement et, d’autre part, les pays producteurs consomment de plus en plus de pétrole pour leur propre développement et diminuent considérablement les exportations.

 

Par conséquent, la France doit réduire rapidement sa consommation, notamment au niveau des transports et de l’habitat, car elle dépend à plus de 98% des importations. Des solutions sont alors évoquées allant du parc de véhicules aux limitations de vitesse en passant par la réhabilitation rapide du parc de logements anciens.


Jean-Marc Jancovici entame son intervention en demandant combien il y avait de parlementaires dans la salle. Le constat est sans appel, ils ne sont que sept et c’est bien là le problème. Comment est-il possible de penser changer les choses tant que les décideurs politiques ne s’intéresseront pas à ce problème ? Jean-Marc Jancovici aborde ensuite les ordres de grandeur, qu’ils soient énergétiques ou financiers afin de démontrer que si l’on supprime les énergies fossiles et le nucléaire, cela signifie une division par 10 du pouvoir d’achat des français. Une manière de faire passer le message que nous ne pourrons pas nous passer des deux en même temps !


Il évoque également le problème des carburants alternatifs comme le CTL (Coal to Liquid) en précisant que les coûts d’investissement pour produire un baril/jour de CTL sont 100 fois supérieurs à ceux du pétrole brut. Ce qui remet les choses à leur place en termes de potentiel de développement. L’idée de la taxe carbone (Bien expliquée dans l’ouvrage « Le plein s’il vous plaît ! ») est donc remise sur la table avec le reproche fait aux politiques de ne pas avoir osé l’appliquer.

 

le plein


Puis c’est à mon tour d’intervenir afin de faire part de mes propositions. Je comptais beaucoup sur le débat qui devait suivre (mais qui n’a pas eu lieu) pour développer mes idées, notamment sur la résilience locale. En effet, expliquer cette logique en dix minutes est loin d'être simple.

 


Je n’ai qu’un seul regret concernant ma conclusion et l’interprétation qui en a été faite. En effet, j’indique qu’il existe déjà des solutions, sous entendu "pour se préparer au choc et à la crise que nous allons vivre". Or, Yves Cochet, qui a repris la parole après moi, a interprété cela comme une politique « continuiste », comme si je parlais de solutions pour continuer à vivre comme aujourd’hui. Ce qui n’est pas le cas, bien entendu.


Il n’est plus question de politique « continuiste » mais bien d’une transition profonde et indispensable de notre société.


Yves Cochet prend ensuite la parole pour tenir un discours fidèle au ton de son livre « Pétrole Apocalypse ». Ce discours pessimiste et anxiogène est pourtant très réaliste. Il reflète probablement les pensées de nombreuses personnes qui imaginent les conséquences de la déplétion pétrolière sur le fonctionnement de nos sociétés. Pour Yves Cochet, il n’est plus temps de faire de la petite politique, il faut limiter le nombre de morts ! Ce défi ne pourra être relevé qu’avec une organisation de type "économie de guerre", avec la mobilisation de tous les citoyens, de toutes les industries, de toute l’économie.

 

petrole-apocalypse


Il fait également des propositions politiques, essentiellement basées sur la décentralisation du pouvoir, la relocalisation des activités essentielles (alimentation, énergie …), la mise en place de quotas et il utilise par ailleurs le terme de résilience.

 

Je valide ces propositions et un peu moins la gravité du discours. Même si nous sommes d’accord sur les conséquences potentielles, je préfère les suggérer que parler de désastres et de morts, ce qui fait rarement bouger les foules. Il me semble que les citoyens sont capables de beaucoup d’imagination si le tableau est bien dressé.


Philippe Tourtelier a mis le texte de son intervention en ligne. Beaucoup moins pessimiste, il compte beaucoup sur la technologie pour faire une bonne transition … mais en douceur. Il souligne l’effet rebond de l’efficacité énergétique et l’intérêt de faire des réglementations pour empêcher l’augmentation globale de la consommation d’énergie. Philippe Tourtelier est certainement le seul à la tribune à ne pas percevoir de choc aussi imminent et brutal.


 

Ce colloque était, je l’espère, une première étape qui sera suivie d’autres évènements de sensibilisation et de réflexion. Il est important que tout le monde prenne conscience de l’ampleur de ce qui nous attend, battons le fer tant qu'il est chaud !

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generationsfutures 07/03/2011 21:36



Cochet a raison sur le fond, la question est bien de savoir combien de morts va-t-on éviter ? Mais je ne pense que le pic du pétrole sera le seul responsable des morts à venir. Le vrai
responsable sera notre appétit pour la compétition entre les nations, et plus globalement entre les hommes... pour les beaux yeux des femmes . N'y voyez aucun propos macho ou autre, c'est seulement pour souligner que c'est dans notre nature d'être sexué d'être capable de la
plus grande violence pour assurer notre descendance. La compétition entre les nations aboutit au nationalisme avec les dérives totalitaires que l'on sait. Accepter l'idée de nation, c'est
accepter l'idée d'être en état de guerre permanent. Et c'est bien de là que viendra le problème. En ce moment, partout en Europe et plus largement dans le monde occidentale, la tentation des
vieux démons d'extrême droite ressurgit. Peur de l'autre, peur de l'islam exacerbée depuis les insides jobs attentats du 11 septembre 2001, peur du chômage, peur de manquer (alors même que nous
gaspillons), tout semble se réunir à nouveau pour que les extrêmes gagnent. La démocratie (enfin l'illusion dans laquelle nous sommes) n'en a plus pour longtemps. Et c'est bien par ce biais
qu'arriveront les morts.


Alors certes il faut parler de la résilience pour faire face au pic du pétrole, mais il faut aussi et surtout rechercher un autre mode de gouvernance justement beaucoup plus démocratique. Mais la
démocratie impose la notion de peuple unie. Et un peuple unie, c'est un peuple dont chacun de ses membres vit d'égal à égal avec les autres. La notion de peuple va inévitablement avec la
réduction des inégalités d'accès aux richesses, fussent-elles fossiles.


Eric Souffleux, 32 ans, maraîcher bio en traction animale et en AMAP



Benoît Thévard 09/03/2011 19:56



100% d'accord avec toi Eric.


Je pense cependant que nous n'avons pas le temps d'attendre un changement global, une modification du mode de gouvernance. Faisons ce que tu fais déjà aujourd'hui, impliquons nous sur nos
territoires et changeons les choses à l'échelle locale.


Les élus nationaux ne bougent que s'ils sentent la population prête à accepter le changement. Les élus locaux sont face à face avec les citoyens, à nous de leur dire ce que nous souhaitons
vraiment, et surtout de le faire.



gorgerouge 20/02/2011 23:54



D'ici 2050 qu'est-ce qu'on fait ? On hiberne ?


De plus l'échelle individuelle est insuffisante pour changer.


Comment passer à l'échelle collective et urbaine ? La Havane : 50% d'autonomie alimentaire. Des potagers verticaux sur les façades des immeubles (plantes
grimpantes comestibles type kiwis, ça pousse très bien en Normandie quand c'est orienté sud). Des potagers en permaculture sur le moindre espace vert. Des arbres fruitiers partout. Des pommes de
terre dans des pneus remplis de terre fertile, avec 3 ou 4 pneus les uns sur les autres on récolte 10 kg de pommes de terre, pour 3 patates au départ.


Le seul problème est de s'y mettre maintenant : pas quand la « merda » sera là !


Et pour le chauffage de ville : transformer les chaudières au fuel des immeubles en chaudières à bois, ça se fait en Seine-Maritime, sous l'impulsion de
Jean-Pierre Girod, ancien conseiller régional.




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yoananda 18/02/2011 12:50



Bon, c'est pas politiquement correct de dire ça, mais Philippe Tourtelier, il planne !


Quand on a étudié un peu la question de transition technologique, on comprends vite qu'il y a aura un trou minimal d'une génération voire 2 avant de repartir "a
la hausse".Il n'y a pas de solution actuellement au peak oil, et il faudra compter 50 ans min avant d'en trouver. Ca fait déjà 30 ans qu'on cherche en vain (lire ceci par exemple pour s'en
convaincre : http://www.assemblee-nationale.fr/12/rap-off/i2757.asp)


Et il sous estime totalement l'aveugle politique (auquel il participe du reste).



ecospam 18/02/2011 10:46



Petit témoignage sur un évenement récent: hier à Lyon je suis intervenu au salon ENR lors de la journée "LES VILLES SOLAIRES : DE LA POLITIQUE URBAINE A LA MOBILISATION CITOYENNE"
(http://www.enerplan.asso.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=628&Itemid=201)


Lors de cette journée il y a eu un rappel rapide (au détour d'une 1 phrase...) de Robert Loyen d'Enerplan sur les enjeux du pic pétrolier le matin, et une discussion (je simplifie un peu) sur
"l'esthétisme de l'intégration se panneaux solaire PV et thermiques" avec un archi des bâtiments de France l'après midi. C'était complètement surréaliste: simple citoyen bien informé, j'ai très
souvent l'impression que beaucoup de professionnels (du secteur des ENR au hasard...) sont complètement à la rue, pas vraiment bien conscient des enjeux, des ordre de grandeurs, et de
l'urgence absolue. Ca ronronne, ça ronronne et c'est assez déprimant... Le nécessaire passage en "économie de guerre" n'est pas vraiment bien intégré, même par les pros...


Que faire?



Benoît Thévard 18/02/2011 11:35



Bonjour Ecospam,


Je suis du même avis que vous, je vous invite d'ailleurs à jeter un oeil sur mon article au sujet des villes post-carbone !


Que faire ? Se lever, prendre la parole et expliquer.


Lors de ce séminaire, j'ai pris la parole pour exprimer mon étonnement de voir qu'on parlait de réduction des GES par quelques outils technologiques et beaucoup de "business as usual". C'était
comme s'il s'agissait d'un truc sympa, que l'on choisissait de faire parce qu'on était bien gentil mais qu'il ne fallait pas trop en demander non plus.


La réaction de la tribune a été sans appel: pas de problème avec le pétrole avant 50 ans, arretons de dramatiser une situation qui n'a pas lieu d'être etc ...


C'était sans compter sur les 3 interventions du public qui ont suivi la mienne pour venir en rajouter des couches ... au grand malheur des intervenants qui auraient bien voulu parler
haute-technologie et autres joujoux pour adultes !


Alors oui, prenez la parole, expliquez sans cesse mais préparez vos arguments


 



lutin 17/02/2011 18:13



Je remercie Benoît Thévard pour ses informations pertinentes données sur un ton optimiste.


La comparaison de M. Tourtelier entre le démantèlement de centrale nucléaire et le démantèlement des parcs éoliens est originale. On peut discuter des ordres de grandeurs et de
la disponibilité de ces énergies. Mais aussi :


Le démantèlement d'un réacteur nucléaires est techniquement inévitable. Les flux de neutrons fragilisent les matériaux en modifiant leur structure et leur composition.


Il n'y a aucune raison technique de démanteler une éolienne. Celle-ci devrait être construite pour durer et l'entretien devrait se réduire à changer que les pièces d'usure. Par
exemple, je n'ai jamais entendu parler de démantèlement de barrage (pour des raisons techniques).


Malheureusement et actuellement, il est économiquement plus rentable de fabriquer des éoliennes jetables (à démanteler !) afin de pouvoir en vendre plus.