Avenir sans Pétrole

Présidentielle et croissance économique: sortir du déni !

16 Avril 2012 , Rédigé par Benoît Thévard Publié dans #Regard critique

Nous sommes à quelques jours de l’élection présidentielle et la plupart des candidats misent sur la croissance économique, de manière directe ou indirecte. Seuls trois partis politiques ont décidé de changer leur fusil d’épaule en disant vouloir sortir du modèle productiviste, de l’utilisation du PIB comme seul indicateur de bon fonctionnement et des objectifs de croissance de celui-ci (EELV, Front de Gauche et NPA).

 

candidats.jpgsource: France3.fr


Ce changement de perspective ne s'inscrit pas toujours dans la cohérence, puisque le spectre du « pouvoir d’achat », associé à l'augmentation des salaires proposée par certains, vient souvent justifier une augmentation de la consommation des ménages et donc une stimulation de l’économie.

 

Contexte

 

Etant donné la conjoncture économique actuelle, marquée par les crises et l’accroissement de la dette publique, proposer des orientations économiques globales qui s’affranchissent de la logique de croissance du PIB n’est visiblement pas un bon élément de marketing.

 

La seule explication rationnelle tient à l'organisation de notre système. D'abord, l'économie de marché pour laquelle il faut que:

  1. la demande soit supérieure à l’offre et donc ...
  2. que la population consomme et donc ...
  3. que la population travaille afin de gagner un salaire et donc ...
  4. que le salaire soit toujours légèrement supérieur aux besoins pour générer une demande supplémentaire et donc ...
  5. que l’entreprise fasse toujours plus de profit et donc ...
  6. que l'entreprise ait toujours plus de clients et donc ...
  7. que la demande soit supérieure à l’offre et donc ...
  8. que la population consomme etc…

Et puisque cela ne suffit pas, on la croissance est aujourd'hui alimentée par l'endettement, lui-même basé sur un espoir de croissance qui permetra de rembourser la dette ... Vous l'aurez compris, c'est une logique sans fin !

 

A l’inverse, s’il n'y a pas de croissance économique, le PIB diminue, les crédit ne sont pas remboursés et les conséquences économiques et sociales, dans le système actuel, sont nombreuses et généralement désastreuses pour les populations les plus modestes.


QUESTION

 

Est-il simplement possible de continuer à

faire de la croissance économique ?

 

Pour que l'économie poursuivre sa trajectoire de croissance, il faut donc augmenter les idées, le travail, l’accès aux ressources naturelles et la consommation. Le facteur commun à ces éléments, c'est l'énergie.


L’énergie, c'est ce qui permet aux êtres et aux choses de fonctionner. Ainsi, les êtres animés ont besoin de nourriture pour vivre, les véhicules et les machines doivent être alimentés en carburant, les habitats doivent être alimentés pas de l'électricité, du gaz, du bois, du mazout...


Regardez autour de vous et demandez-vous ce qui n’a pas besoin d’énergie pour son transport et/ou sa fabrication. Avec quoi sont fabriqués votre écran, votre clavier et tout ce qu'il y a autour de vous ? D’où viennent-ils et comment ont-ils été transportés ? Avec quoi fonctionne votre ordinateur ? Comment allez-vous au travail ? Comment sont chauffés les bâtiments de votre entreprise. Tout est énergie, or aujourd’hui, la croissance de l'économie mondiale est alimentée par des énergies fossiles à plus de 80%.

 

Nous savons bien que le réchauffement climatique, le pic pétrolier et la diminution permanente de l’EROI feront baisser la consommation d’énergie mondiale, que ce soit de manière volontaire ou contrainte. Il est alors indispensable de se demander s’il est possible de faire de la croissance économique en diminuant la consommation d’énergie.

 

Les levier qui permettent d'agir sur la consommation énergétique d'un pays sont les suivants.

 

bilan

 

La démographie (Nombre d’habitants)


Puisque pour simplement vivre il faut consommer de l’énergie, chaque habitant de plus sur cette planète représente une augmentation de la consommation globale. Bien sûr, un enfant né au Qatar ou en France aura plus d’impact qu’un enfant né au Bengladesh !

 

Actuellement, la population mondiale augmente d’environ 80 millions d’habitants par an et il semble hors de question de chercher à mettre en place une régulation à ce niveau.


population.gifEvolution de la population mondiale.

Source: www.manicore.com

 

Le niveau de vie (€/habitant)


Lorsqu’une population se développe et s’enrichi, le niveau de vie moyen par habitant augmente et provoque une croissance de la consommation de ressources et d’énergie.

 

Actuellement, le PIB mondial augmente de 3,3% par an et il semble hors de question d’envisager une décroissance économique mondiale.

 

 -Evolution_PIB_an_1_a_2003.jpgEvolution du PIB mondial.

Source: Angus Madison

 

Dans la mesure où ces deux premiers leviers ne peuvent pas être actionnés politiquement, il ne reste qu’un troisième paramètre pour provoquer une éventuelle diminution de la demande énergétique.

 

L'intensité énergétique (Tep/€)

 

C’est l’énergie consommée pour faire de la richesse économique. Jusqu’aux années 70 et les chocs pétroliers, il fallait toujours plus d’énergie pour produire une unité de richesse économique. Or depuis cette période, la tendance est à la diminution au travers de l’efficience des équipements (voitures, électro ménager, procédés industriels etc…).

 

Actuellement et depuis de nombreuses années, elle diminue au mieux de 1% par an.

 

intensite-energetique-monde.pngEvolution de l'intensité énergétique mondiale.

Source: www.connaissancedesenergies.org

 

Pour simplement stabiliser la consommation d’énergie mondiale, avec une croissance du PIB de 3,3% par an et une augmentation de la population de 80 millions d’habitants par an (situation actuelle), il faudrait une diminution de l’intensité énergétique de 4,1% par an, c'est-à-dire 4 fois plus importante que le taux actuel. Sacré challenge pour les ingénieurs !

 

Nous pourrions imaginer que, par je ne sais quel miracle, l’innovation technologique connaisse des avancées considérables à l’avenir, mais malheureusement, la réalité des limites physiques de la planète travaille en sens inverse. En effet, les ressources naturelles, qui sont à la base du fonctionnement de notre société (ressources fossiles et minérales, eau et biodiversité), demandent toujours plus d’énergie et de matériaux pour être exploitées car elles sont de plus en plus rares, de moins en moins accessibles et de plus en plus chères.

 

De plus, l’efficacité énergétique génère un effet rebond. C'est-à-dire que l’énergie qui est économisée par un équipement devient disponible pour un nouveau besoin (ampoule qui consomme moins = plus d’ampoules installées, téléviseur qui consomme moins = écran plus grand, véhicule qui consomme moins = plus de kilomètres parcourus etc…). Tous les progrès réalisés dans les années passées n'ont jamais conduit à une diminution globale de la consommation.

 

Le cas particulier de l'Allemagne

 

Certains rétorqueront que l’Allemagne, ces dernières années, a su conserver un fort taux de croissance sans augmenter sa consommation d’énergie. Je réponds simplement deux choses. D’une part, le calcul de l’intensité énergétique d’un pays dans une économie mondialisée n’a de sens que si l’on tient compte de l’externalisation des productions les plus polluantes dans les autres pays.

 

L’Allemagne a basé sa politique industrielle sur la haute technologie, c'est-à-dire des produits à forte valeur ajoutée économique mais dont les matériaux ont été extraits, traité et transformés ailleurs. D’autre part, l’Allemagne a stabilisé sa population et donc le nombre de consommateurs d’énergie, ce qui n’est pas le cas dans la plupart des pays dont la France. Dans ces conditions, prendre l’exemple de l’Allemagne sans remettre en contexte n’est donc pas pertinent.

 

population-allemagne.jpg


Conclusion

 

L’amélioration de l'intensité énergétique est aujourd’hui le seul espoir, la seule bouée de sauvetage des (rares) économistes conscients de la limite des ressources, même si elle n’a jamais permis une diminution de la consommation globale d’énergie.

 

C’est pourquoi, un programme politique basé sur la reprise de la croissance économique et qui ne tient pas compte de la démographie est une politique de très court terme, irresponsable, vouée à l’échec et ignorante des réalités physiques de notre planète.

 

Nous savons que nous devrons diminuer notre consommation d’énergie, ce qui rend obsolète le système basé sur l’économie de marché et donc sur la croissance économique.

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ElaX 20/04/2012


Voilà une position toute personnelle exprimée dans un style tout personnel.


 


Hé, les candidats !


Je ne voterai pas.


Vos programmes sont immondes


Je ne veux plus de votre monde.


 


 


J'ai assez perdu à votre jeu


Je prends les choses en main.


Je m'occupe de demain:


Je suis un homme sérieux.


 


 


Y a eu trop d'abus de pouvoir


Et ça commence à se savoir !


Le Peuple, il est furieux


Et grave il vous en veut.


 


 


C'est que ça va pas rigoler:


Les guns des cités sont alignés,


Alignés avec ceux des condés


On n'est plus protégés !


 


 


Sarko, t'as tout pourri


Tu nous as fait le mépris


Je te le rends bien


Parce que vous le valez bien !


 


 


Parce que vous le valez bien !


Parce que vous le valez bien !


 


 


J'ai la haine sur le FN


Le PS a un cas de déesses, un DSK


Je pardonne pas le cas


Rien qui me convienne


 


 


Tu causes pas pétrole ?


J'envoie le vitriol.


Sors la tête du seau !


Arrête de faire le beau !


 


 


Hé, les candidats !


 Je ne voterai pas.


Vos programmes sont immondes


Je ne veux plus de votre monde.


 


 


 

Olivier 23/04/2012


En France, les politiques n'agissent que si le problème est là, pas avant. Donc patience, quand le coût sera vraiment trop chère, ils agirons.


Mais d'ici là tous les politiciens pro-pétrole(quelque soit leur pays d'appartenance) feront tout pour continuer à s'en mettre plein les poches, jusqu'à ce que la source se tarisse.


Olivier.

yoananda 25/04/2012


1% d'amélioration de l'intensité énergétique par an ?


Mais corrigé de l'inflation ou pas ? je ne crois pas ... ce qui signifie qu'elle ne s'éméliore pas vraiment en réaltié.


Si je ne me suis pas trompé : http://epp.eurostat.ec.europa.eu/portal/page/portal/statistics/search_database


l'intensité énergétique n'est pas corrigée de l'infaltion. Donc en "apparence" elle s'améliore, mais en réalité, elle augmente au lieu de diminuer. Ce qui signifie que pour un point de PIB réel
en plus (corrigé de l'inflation) l'inténsité énergétique augmente au lieu de diminuer ...


ca me semble capital comme information. Pouvez confirmer ou infirmer ?

toniomex 26/04/2012


@Henry


Concernant les niveaux de production /consommation et l'indépendance énergétique des USA, cet article récent donne une idée claire de l'état actuel :


 http://www.theoildrum.com/node/9126


Sinon je m'étais amusé une fois à tracer l'évolution de la production énergétique brute mondiale par habitant (cf. http://www.theoildrum.com/files/Primary_Energy_to_GDP_1830_2010_Feb15.xls) en
essayant de corrgier avec les données EROI qu'on pouvait trouver ça et là sur le net (sans aucune garantie de véracité)... j'avais pris différentes hypothèses d'EROI plus ou moins déclinantes :
on trouvait soit une stagnation, soit une légère diminution sur les dernières années. Cependant on pourra remarquer que l'année 2011 a battu de nouveaux records de production, il faudrait avoir
des données plus récentes et surtout des EROI plus étudiés.

Changaco 30/06/2012

À mon avis vous faites fausse route en accusant "l'économie de marché". Votre première condition ("la demande soit supérieure à l’offre et donc ...") n'est pas vraie. Une économie de marché n'a pas
besoin de croître en permanence. C'est notre système monétaire actuel, parfois appelé argent-dette, qui est croissanciste par nature à cause du paradoxe des intérêts manquants. C'est une des
principales barrières au changement qui font que rien n'a changé alors que Meadows prévoyait déjà il y a 40 ans que l'on fonçait dans le mur.

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