Lundi 21 février 2011 1 21 /02 /Fév /2011 15:39

Les gaz de schiste commencent à faire beaucoup de bruit dans les médias, les réseaux associatifs, les débats politiques et surtout chez les habitants des régions concernées par les permis d’exploration, récemment accordés par le gouvernement. Faisons le point sur cette ressource énergétique afin de passer en revue les contraintes liées à son exploitation et comprendre pourquoi il y a des inquiétudes.

 

shale_gas-copie-1.jpg


Le gaz non-conventionnel


Ce gaz est dit "non-conventionnel" car il n’est pas récupérable avec les installations habituelles d’extraction,  très semblables à celles utilisées pour le pétrole (forage vertical simple).

 

Il en existe quatre types :


- Les tight gas (à la frontière entre une production conventionnelle et non conventionnelle) :  gaz contenus dans des réservoirs très peu poreux et très peu perméables

- Le gaz de schistes (shale gas)

- Le gaz de houille : gaz adsorbé sur les charbons.

- Les hydrates de méthane : mélange d’eau et de méthane qui, sous certaines conditions de pression et de température, cristallise pour former un solide.

 

Le gaz de schiste


Comme je l’expliquais dans l’article sur la formation du pétrole, un gisement conventionnel est une roche réservoir poreuse qui contient le gaz et le pétrole expulsés de la roche mère. Or, ces hydrocarbures sont expulsés après une fracturation naturelle sous l'effet de la pression interne.


petrole3

 

La particularité du gaz de schiste, c’est qu’il est toujours emprisonné dans la roche mère, principalement argileuse et donc presque imperméable. Il n’a donc pas effectué de migration et il est situé dans des zones profondes (1500 à 4500 mètres). Pour réussir à récupérer ce gaz, il est donc indispensable de  fracturer artificiellement la roche mère et pour cela, l’industrie pétrolière utilise deux techniques.

 

 

La fracturation


Les premières expérimentations dates du milieu du XXème siècle. Depuis, les améliorations techniques ont permis une amélioration importante des quantités récupérées.


La technique de base consiste à injecter un mélange de fluide (l’eau dans le cas de fracturation hydraulique), de sable et de produits chimiques (1% environ) sous une forte pression (100 bars) et un débit important. Les tubes du forage sont percés afin de permettre au mélange de se diffuser, tout au long du puits, dans la couche géologique.

 

A ces endroits, le mélange provoque ou agrandit des fractures et le sable vient s’insérer à l’intérieur pour éviter qu’elles ne se referment. Ainsi, le gaz peut s'échapper et remonter jusqu'à la plateforme.Tous les progrès observés concernent les natures du fluide, du solide de maintien (sable), des additifs et leurs proportions.


 

forage-horizontal-et-fracturation-hydraulique.jpg source: IFP Energies nouvelles


Ce procédé est le seul connu actuellement pour extraire les gaz de schiste. Il est aujourd’hui possible de réaliser jusqu’à 10, voire 15 fracturations dans un même forage (multifracking), mais également de revenir ultérieurement pour reprendre les même fracturations (workovers).


Le forage horizontal


Les gisements de gaz de schiste sont situés dans des couches géologiques horizontales très étendues mais assez peu épaisses. C’est pourquoi il est plus intéressant, pour optimiser la récupération, de mettre en œuvre des forages horizontaux.

 

Ainsi, aux Etats Unis, on trouve des forages dont la partie horizontale peut atteindre jusqu’à trois kilomètres. Cette technique limite l’emprise au sol des installations. A titre de comparaison, il fallait avant jusqu’à 16 puits verticaux avec leur plateforme pour exploiter une surface de 3 km², alors qu’il suffit d’une seule plateforme composées de 6 à 8 puits horizontaux aujourd’hui.


 

optimisation-des-puits.jpg source: IFP Energies nouvelles


Par contre, la perméabilité de la roche et sa faible porosité ne permettent pas une migration aisée du gaz et imposent la mise en place de nombreux forages sur un même gisement.


La gestion de l’eau


C’est un problème majeur de l’exploitation des gaz de schiste.  En effet, chaque fracturation nécessite 10.000 à 15.000 m3 d’eau, auxquels sont mélangés 15 à 150 m3 de produits chimiques (suivant la technique employée et la géologie). Une partie de ce mélange remonte à la surface grâce à la pression et le reste se propage dans le sous-sol (50 à 70%).

 

Pour des raisons de confidentialité, les ingrédients chimiques ne pouvaient pas être connus par les autorités américaines. Aujourd'hui, les choses ont évolué et il est possible de trouver ces informations:

 

Liste les composants chimiques du fluide de fracturation: pages 83 à 93

Composition chimique du fluide récupéré après fracturation: pages 94 à 97



Les inquiétudes

 

    L'exploitation des gaz de schiste n'est donc pas anodine et elle pose des problèmes majeurs:

 

     - La contamination des nappes aquifères suite à des fracturations hydrauliques a déjà été constatée aux USA. Le film Gasland montre, par exemple, des robinets d’eau qui crachent du gaz naturel ou de l’eau potable rendue très toxique à cause d'une remontée des produits chimiques.

     

    - La quantité d’eau nécessaire pour la fracturation est considérable. Par exemple, équiper une surface de 10 km² pour l’extraction des gaz de schiste reviendrait à contaminer près de 400.000 m3 d’eau soit l’équivalent de la consommation annuelle de 7200 habitants (150 litres d’eau/jour en France).

 

    - Le traitement de l’eau contaminée : Elle peut soit être traitée sur place au niveau du forage, soit être acheminée jusqu’à un centre de traitement. Cette eau contaminée, qui a circulé sous forte pression dans les couches sédimentaires, est généralement chargée en sel et contient beaucoup d’éléments en suspension.

 

traitement_eau_shale_gas.jpgTraitement de l'eau dans les Marcellus Shale, Pennsylvanie, USA. (Source IFP Energies nouvelles) 

 

     - Le nombre de forage nécessaires pour exploiter un gisement aura un impact visuel et paysager considérable sur les zones concernées, en plus de la destruction d'écosystèmes et les pollutions diverses générées.


     - Le nombre élevé de convois routiers : chaque forage peut nécessiter le déplacement de 1000 camions, de l’ouverture du chantier jusqu'à la fracturation (génie civil, forage, citernes d’eau…). C’est donc un problème pour le voisinage, l’entretien des routes, les émissions de CO2, la dépendance au pétrole etc…


     - Les émissions de gaz à effet de serre : le méthane est un GES très puissant (plus de 20 fois supérieur au CO2). La multiplication du nombre de sites pourrait multiplier également le nombre de fuites, d’incidents ou d’accidents libérant du méthane dans l’atmosphère.

    

     Après ces considérations générales et techniques sur l'exploitation des gaz de schiste, j'aborde, dans une seconde partie, les enjeux de cette ressource et la situation en France.


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Commentaires

Benoît,

 

Quelques précisions, avec mes excuses pour te reprendre. Généralement, les couches de shale gas sont profondément enfouies (tu écris le contraire au paragraphe « forage horizontal »). Il faut, en effet, que la couche d’argile se trouve (ou se soit trouvée, à un moment de son histoire) dans la « fenêtre à gaz », expression consacrée pour désigner une fourchette de profondeurs qui dépend essentiellement du gradient géothermique de la région (gradient qui a pu évoluer au cours des temps géologiques). L’université de Québec a publié un graphique explicatif au lien : http://www2.ggl.ulaval.ca/personnel/bourque/s3/combustibles.fossiles.html. Le géologue Pierre-André BOURQUE (décédé en 2006) avait une grande réputation en la matière.

 

C’est cette grande profondeur d’enfouissement qui me paraît le meilleur garant de la protection des aquifères de surface, même si chaque situation doit, bien évidemment, être examinée au cas pas cas.

 

Généralement, la profondeur minimale de génération du gaz se situe autour de 2 500 et même plutôt de 3 000 mètres. Dans le Bassin Parisien, par exemple, les « Schistes-Cartons » du Toarcien, enfouis à des profondeurs allant jusqu’à 2 500 mètres, n’ont pas engendré de gaz. Le Lias inférieur (Hettangien) plus profond de 300 mètres, n’en a pas engendré non plus.

 

Les cas où les couches de shale gas peuvent être peu profondément enfouies sont les bassins où se sont d’abord accumulées d’énormes quantités de sédiments (5 kilomètres ou davantage) et qui ont ensuite été soumis à une érosion intense, comme la Lorraine, où 3 000 mètres de sédiments ont été érodés à la fin du Paléozoïque. Du coup, les couches se sont trouvées remontées plus près de la surface, et on peut espérer trouver du shale gas en Lorraine à des profondeurs aussi faibles que 1 500 mètres. Le problème est de quantifier les volumes qui ont été engendrés, et ceux qui ont été expulsés, après cette érosion de 3 000 mètres (qui a créé un gradient de pression phénoménal favorable à l'expulsion du gaz vers la surface) sachant que les âges géologiques récents (du Mésozoïque à l’actuel) n’ont plus permis de retrouver des conditions favorables à la maturation de la matière organique. En résumé, lorsque les couches de shale gas sont trop peu profondes (disons moins de 2 000 mètres), le bassin présente de sérieux risques d’avoir déjà perdu l’essentiel de sa matière organique (reparti vers l’atmosphère), et il reste sans doute peu à récupérer. Si tu as le courage de te farcir un texte rébarbatif (même pour moi, qui suis pétrolier, mais non géologue), j’ai un rapport très intéressant de l’IFP que je peux t’envoyer en mail perso.

 

C’est le gaz de charbon que l’on exploite à des profondeurs généralement plus faibles (500 à 1 500 mètres). On y fait des fracturations hydrauliques, mais avec généralement moins d’eau et de produits chimiques. L’adsorption du méthane est un mécanisme de piégeage du gaz très intéressant, puisqu’il permet d’observer des volumes de gaz plus importants, aux faibles profondeurs, que ce qui serait piégé dans des réservoirs conventionnels de mêmes dimensions géométriques, aux mêmes profondeurs.

 

Un dernier détail : la porosité est un paramètre indépendant de la perméabilité. On peut avoir des roches très poreuses (et la craie en est un excellent exemple), mais de perméabilité misérable. C’est cette dernière caractéristique, et elle seule, qui classe un gisement dans le « tight gas », quelle que soit la porosité de la roche. De la même façon, les argiles (shale gas) peuvent être relativement poreuses (on peut atteindre 12% de volume de pores), mais la perméabilité est atroce. On parle de fractions de microdarcy, sachant que 1 millidarcy est souvent la définition du tight gas.

Commentaire n°1 posté par Philippe le 22/02/2011 à 01h03

Merci beaucoup Philippe pour ta contribution très intéressante et précise !

Concernant la  profondeur, j'avais constaté ne pas avoir choisi le bon mot. J'ai remplacé "profondes" par "épaisses" ce qui correspond mieux à ce que je voulais exprimer.

Concernant la pollution des nappes aquifères, je me base simplement sur les nombreux témoignages obtenus aux USA. Mais peut-être est-ce la quantité toujours plus importante de forages et de fracturations qui augmente le risque d'accidents techniques ou géologiques.

D'après l'Agence de protection de l'environnement des USA qui a été chargée d'enquêter sur les sites:

"Large hydraulic fracturing operations require extensive quantities of supplies, equipment, water, and vehicles, which could create risks of accidental releases, such as spills or leaks. Surface spills or releases can occur as a result of tank ruptures, equipment or surface impoundment failures, overfills, vandalism, accidents, ground fires, or improper operations. Released fluids might flow into a nearby surface water body or infiltrate into the soil and near-surface ground water, potentially reaching drinking water aquifers (NYSDEC, 2009)."

http://water.epa.gov/type/groundwater/uic/class2/hydraulicfracturing/upload/HFStudyPlanDraft_SAB_020711.pdf

Ne penses-tu pas qu'il y a un côté trop aléatoire de cette protection des nappes par la seule profondeur des gisements ? Puisqu'il y a beaucoup de problèmes aux USA, peut-on être assuré que les mêmes choses ne se produiront pas en France ?

L'enjeu de l'eau est tellement important qu'il faut absolument se rapprocher du risque 0 dans ce domaine.

 

Réponse de Benoît Thévard le 22/02/2011 à 09h11

Benoît,

 

Je ne cherche pas spécialement à défendre le shale oil et le shale gas. En ma qualité de citoyen, je trouve normal qu’il y ait débat sur ces questions en France. Cela dit, il faut tenir compte des 10 années d’expérience accumulée aux USA. Le débat doit juste se garder des positions idéologiques que l’on constate, malheureusement, chez beaucoup de participants.

 

Il est bien évident, et les pétroliers sont d’accord là-dessus, que les aquifères d’eau potable, ainsi que les rivières, doivent être absolument être protégés contre toute forme de pollution. L’article de l’EPA que tu cites mentionne d’innombrables sources de telles pollutions, où la notion de fracturation hydraulique n’intervient que parce qu’elle augmente la fréquence du risque (nombre de transports concernés), mais pas du tout pour ses conséquences sur le sous-sol. Je pense, en effet, que les problèmes de surface, ainsi que les mauvaises cimentations des cuvelages intermédiaires, présentent plus de risques que ce qui se passe à 2 500 mètres de profondeur dans le drain horizontal.

 

J’ai développé, sur le forum d’Oleocene, mon avis sur la question (http://www.oleocene.org/phpBB3/viewtopic.php?f=43&t=9372). Les techniques de forage de puits pétroliers se sont considérablement améliorées au fil des ans. Les forages sont de bien meilleure qualité maintenant qu’il y a quelques décennies. Cela n’empêche pas les ratés, comme Macondo dans le Golfe du Mexique, qui n’était pas du tout un puits d’hydrocarbures non conventionnels. Je pense que les risques sont bien plus importants avec les passifs des vieux puits (http://www.google.fr/url?sa=t&source=web&cd=2&ved=0CCIQFjAB&url=http%3A%2F%2Fwww.brgm.fr%2FRapport%3Fcode%3DRP-51312-FR&ei=ohs8TeL2IZKn8QO0pqDWCA&usg=AFQjCNGP8HlP3SowMo0iuLcMYWGsI2STkw). Je me souviens qu’il y a une douzaine d’années, la DRIRE d’Alsace avait dû faire reboucher un vieux puits mal bouché à Kutzenhausen (Bas-Rhin), qui avait occasionné un « flash » (combustion instantanée de gaz) à proximité d’une maison. Il s’agissait d’un puits foré vers la fin du XIXème siècle ou le début du XXème siècle. Il avait juste été mal bouché en son temps.

Commentaire n°2 posté par Philippe le 22/02/2011 à 10h21

""C’est cette grande profondeur d’enfouissement qui me paraît le meilleur garant de la protection des aquifères de surface, même si chaque situation doit, bien évidemment, être examinée au cas pas cas""

Il n'y a pas que les aquiferes de surface. Les aquiferes peuvent etre à n'importe quelle profondeur et il peut y avoir des aquiferes de surface et des aquiferes plus profonds(Exemples nombreux dans differents bassins sedimentaires). Il est evident q'une contamination à plus grande profondeur ne va pas se manifester immediatement sachant que la circulation des fluides "n'est pas du debit Et s'il y a contamination qui va aller le dire et qui va aller la verifier?. Pour controler les contaminations il faudrait faire du "monitoring" tout autour des

Commentaire n°3 posté par rene le 22/02/2011 à 22h50

 

Le texte suivant est plus comprehensible

 

« C’est cette grande profondeur d’enfouissement qui me paraît le meilleur garant de la protection des aquifères de surface, même si chaque situation doit, bien évidemment, être examinée au cas pas cas. »

Il n'y a pas que les aquiferes de surface. Les aquiferes peuvent etre à n'importe quelle profondeur et il peut y avoir des aquiferes de surface et des aquiferes plus profonds(Exemples nombreux dans differents bassins sedimentaires). Il est evident q'une contamination à plus grande profondeur ne va pas se manifester immediatement sachant que la circulation des fluides "n'est pas du debit  fluvial!". Et s'il y a contamination qui va aller le dire et qui va aller la verifier?. Pour controler les contaminations il faudrait faire du "monitoring" tout autour des

champs

.

Ce type d'exploitation est plus du type 'lixiviation in situ" d'uranium, par exemple, comme il en existe dans le sud Texas et au Wyoming que de l'exploitation conventionnelle de gas ou de petrole. Pour la simple raison que dans le cas conventionnel on n'injecte peu ou pas de produit au contraire on pompe. Dans le cas non conventionnel on injecte d'abord un tas de cochonneries et apres on pompe comme dans le cas de "lixiviation in situ". Et si on injecte on dissous aussi la roche et on ne recupere pas que le gaz mais un tas de cochonneries qui on ete dissoutes au moment de l'injection d'eau et de la fracturation. Normalemment les eaux recuperees devraient passer sur des resines echangeuses d'ion de facon à recuperer tout ce qui a ete dissous et pour cela il faut des installations fixes et un monitoring sur la durree.

IMPORTANT: Au US ces champs sont exploites par des petites compagnies et des particuliers (loi miniere aux us) proprietaires de la surface et sub-surface. Je ne sais s'ils ont l'obligation de monitorer les champs qui sont exploites en tres peu de temps, d'ou la multiplication des forages.

 

""Un dernier détail : la porosité est un paramètre indépendant de la perméabilité. On peut avoir des roches très poreuses (et la craie en est un excellent exemple), mais de perméabilité misérable. C’est cette dernière caractéristique, et elle seule, qui classe un gisement dans le « tight gas », quelle que soit la porosité de la roche. De la même façon, les argiles (shale gas) peuvent être relativement poreuses (on peut atteindre 12% de volume de pores), mais la perméabilité est atroce. On parle de fractions de microdarcy, sachant que 1 millidarcy est souvent la définition du tight gas. "".

La porosite des shales est une microporosite non connectee donc pas de permeabilite. D'autre part les shales sont des facies lites et ce litage contraint l'eventuelle permeabilite verticale. Cette permeabilite est articiciellement cree par la fracturation et la dissolution de matiere cree par l'injection de produits chimiques.

Les facies tight sont en general des facies naturellement cimentes, souvent par des carbonates, et la aussi il faut dissoudre de la matiere pour recreer de la porosite et de la connection entre les pores.

Qui dit dissolution de matiere dit pollution et ce n'est pas sur que tout ce qui est dissous soit repompe à la surface.

 

Commentaire n°4 posté par rene le 22/02/2011 à 23h13

René,

 

Vous avez raison, les aquifères peuvent être n’importe où. C’est pourquoi chaque projet doit être étudié dans son contexte géologique particulier. J’ai parlé des aquifères de surface parce que c’est le plus souvent dans les premières centaines de mètres sous la surface que l’on trouve les aquifères d’eau douce. Plus profond, on ne trouve plus que des aquifères fossiles, salés. Un aquifère valable pour l’approvisionnement en eau potable dépend de son alimentation régulière par infiltration des eaux de pluie aux affleurements, ce qui exclut généralement les zones profondes où la continuité hydraulique est mal assurée. La carte géologique de la France mentionne généralement le niveau géologique le plus profond où l’on peut trouver des eaux douces : dans le sud du département de la Meuse, par exemple, c’est le calcaire à chailles de l’Oxfordien moyen, que l’on rencontre à quelques centaines de mètres au maximum. Au-dessous, les eaux sont salées et impropres à la consommation. Je me répète, l’identification des aquifères d’eau potable doit être faite pour chaque projet (c’est dans la notice d’impact du projet), et les programmes de forage doivent préciser les mesures prises pour les traverser en forage sans les contaminer.

 

Les argiles litées (et le terme de schistes est à cet égard une traduction trompeuse) ne sont pas propices à la fracturation hydraulique. Au contraire, pour qu’une argile puisse se fracturer convenablement, avec un développement vertical de la fracture, il faut qu’elle contienne une bonne quantité de matériaux non argileux, comme des sables. C’est l’objet de la pré-reconnaissance par forage, qui permet de prélever des carottes, aux fins d’analyse géochimique (pour compléter la connaissance déjà bonne que l’on a d’un bassin après de nombreux forages d’exploration classiques) mais surtout minéralogique et géomécanique, pour comprendre comment la roche va se comporter sous contraintes. Il va certainement se trouver beaucoup de bassins sédimentaires qui vont être condamnés parce que la roche-mère n’est pas propice à la fracturation hydraulique.

 

Pour ce qui est de la perméabilité des argiles, elle n’est pas rigoureusement nulle. C’est, actuellement, l’un des problèmes de l’ANDRA d’évaluer la perméabilité des argiles du Callovien de la région de Bure (vers 450 mètres de profondeur, confirmant, par là même, qu’il n’y a plus d’aquifères d’eau potable dans le Callovien et au-dessous), où il est envisagé d’enfouir des déchets nucléaires. On parle de nanodarcy, mais pas de zéro darcy (l’unité de perméabilité). C’est une information capitale en cas d’épandage accidentel de produits hautement radioactifs en sous-sol.

 

Pour ce qui est des liquides ressortis du trou après la fracturation hydraulique, je n’ai pas d’idée. Seul le retour d’expérience de l’EPA permettra de se faire une idée des pourcentages de fluides récupérés par rapport à ce qui a été injecté. En France, les fluides sortis des puits font l’objet d’un contrôle rigoureux : contrôle des douanes pour le pétrole brut, contrôle de l’acheteur – volumes et qualité - pour le gaz naturel, bordereaux de transferts de déchets solides et liquides pour tous déchets quittant le site à destination d’une station de traitement (déchets liquides) ou d’une décharge contrôlée (pour les déchets solides). Il reste à contrôler avec l’inventaire des produits consommés pour savoir ce qui est resté au fond, le cas échéant.

Commentaire n°5 posté par Philippe le 23/02/2011 à 00h50

Bonjour à vous, et merci de vos précisions (si précises !!!), mais qui - hélas - ne lèvent absolument aucun doute des populations qui sont dans les aires d'exploration. Un fait est que les licences données dans le Sud vont littéralement donner lieu à une bataille rangée (bien que "pacifique") entre "ceux du Larzac" (et qui seront rapidement rejoints...), et les sociétés concessionnaires.

Il y a trop de non dits et dans tous les cas un trop grand manque d'informations pour permettre à cette exploration de se faire dans le calme et dans un climat de confiance. Et surtout, pour moi, les questions cruciales :

- combien d'énergie va-t-on en retirer pour combien d'énergie investie ? (n'aurait on pas intérêt à investir dès aujourd'hui sur l'efficacité énergétique, les diverses applications solaires délaissées (concentration, thermique conventionnel...), les réseaux "localisés", etc...).

- quel est l'effet rémanent de ces forages une fois sans entretien (parce que les exploitants les délaisseront dès que le rendement économique deviendra inintéressant) ?

- quel cautionnement (je ne parle pas de provisions mais bien de cash...) les exploitants sont ils prêts à constituer pour l'indemnisation des préjudices potentiels ?

Bref on est encore une fois dans le pillage des ressources pour continuer sur un mode de vie par nature insoutenable, au nom du profit et de la raison.

Par conviction, je crois qu'il faut arrêter cette entreprise car elle ne mène à terme à rien. Tout au plus doit on la laisser à nos enfants et à leurs enfants pour les applications qui seront indispensables, pas pour continuer sur les bases que nous avons aujourd'hui.

J'entends bien votre débat, j'entends bien votre connaissance du sujet, mais acceptons pour une fois que l'idéologie triomphe de l'argent de la (présumée) raison : je préfère vivre à un horizon de 20 kilomètres de chez moi (avec la plupart de ses conséquences) que d'y installer l'Enfer et devoir le quitter.

Commentaire n°6 posté par Alistair le 24/02/2011 à 16h14

http://www.nytimes.com/2011/02/27/us/27gas.html?pagewanted=1&_r=2&ref=us

 

Le probleme et la gravite sont la c'est que la dissolution de la roche et du contenu de celle-çi fait que, plus que le contenu de ce qui est connu et injecte, on recupere un tas de produits et composants dissous dans le liquide recupere, ou non, en surface et c'est ça qui n'est pas traite  de facon correcte comme le souligne l'article. En particulier des elements radioactifs naturels qui sont mis en circulation par la fracturation et la dissolution de la roche.

Commentaire n°7 posté par rene le 27/02/2011 à 16h51

Vos commentaires sont très riches et rigoureux, je vous en remercie tous.

Le jeu des gaz de schiste n'en vaut pas la chandelle. Il y a trop de risques pour les territoires et de toutes façons, le climat nous l'interdit !

Non seulement parce que la combustion des seuls pétroles, gaz et charbons conventionnels représentent déja beaucoup trop d'émissions de GES, mais surtout parce nous aurons besoin de toute l'eau douce et potable qu'il nous reste ... évidemment non polluée (affreusement polluée!).

@Philippe: je ne te prête aucune intention particulière sur ce sujet, j'apprécie ton analyse et le débat reste ouvert :-)

Merci encore,

Benoît

Réponse de Benoît Thévard le 01/03/2011 à 23h48

"le climat nous l'interdit ! Non seulement parce que la combustion des seuls pétroles, gaz et charbons conventionnels représentent déja beaucoup trop d'émissions de GES"

Ben voila, c'est le *fond* de la question il me semble, si on en croit les défenseurs de "350 ppm c'est le max", (et donc à 390 ppm on est déjà dans la zone dangereuse), alors toute discussion sur de nouveaux gisements est pratiquement déconsidérée par principe.

Sauf si on substitue du charbon encore plus émetteur, par du gaz (peut être moins émetteur) pour un besoin énergétique donné dans la *période de transition* qu'il faut réduire au maximum, mais c'est assez risqué de prendre cette direction de tout les façon.

Comme dit Jancovici, la meilleure manière de réduire, c'est encore de réduire...

Commentaire n°8 posté par ecospam le 02/03/2011 à 18h30

Benoît,

 

Je rebondis sur ton message, et sur celui d’ecospam qui suit. Faut-il « traquer » les dernières gouttes d’huile (= de pétrole) de la planète ? Qu’il s’agisse de pétrole de schiste ou de gisements de pétrole conventionnel n’est pas très important, ce qui compte étant l’EROEI final (well-to-wheel). La question travaille évidemment les pétroliers conscients du peak oil. Ceux-ci ne sont sans doute pas majoritaires, mais ils se trouvent, comme moi, dans une situation parfaitement schizophrène. Faut-il continuer à alimenter une machine devenue folle, sachant qu’elle nous conduit droit dans le mur ? Faut-il, au contraire, contribuer au nécessaire ralentissement ? Les quelques pétroliers qui se posent la question aboutissent généralement à la conclusion qu’il faut continuer. Il ne s’agit pas là d’égoïsme primaire, de cupidité, de carriérisme ou de quelque autre considération individualiste, loin s’en faut. Au contraire, il s’agit de pragmatisme. Il est évident, aux yeux de cette population réduite des pétroliers conscients du peak oil, que la solution est essentiellement à rechercher du côté de la demande de combustibles et de carburants fossiles. C’est le boulot des politiques. On sait ce qu’il faut penser de ces gens dont l’horizon n’excède pas la prochaine élection, alors qu’il faudrait des visionnaires de long terme. La seule solution est la décroissance, en particulier chez les populations les plus favorisées. Une certaine frugalité des Occidentaux est absolument nécessaire dans la transition vers une société plus viable sur le long terme.

 

Dans la mesure où il est patent que les politiques ne feront rien, même lorsque le mur sera en vue, même des myopes, il reste à décider, en son âme et conscience, s’il faut continuer à alimenter la machine en aidant à trouver et à exploiter toujours plus de pétrole. J’ai eu l’occasion d’en débattre en tête à tête avec Alain PERRODON, l’un des pionniers de la théorie du peak oil. Pour lui, comme pour moi d’ailleurs, il faut continuer, de façon à atténuer le choc (le cataclysme) qui va bientôt nous atteindre. La profession pétrolière est un métier de vieux. Je lisais récemment que 50% des pétroliers vont atteindre l’âge de la retraite d’ici 2015, et 80% d’ici 2020. Cela est cohérent avec la pyramide des âges des compagnies pétrolières, au moins pour les occidentales. Grâce à ces formidables capitaines d’industrie, couverts de breloques élyséennes, qui ont passé les années 1986 à 2001 à détruire des emplois et à ne jamais recruter créer de la valeur, cette pyramide des âges est totalement déséquilibrée. Je ne me permettrai pas d’affirmer que l’inexpérience des jeunes recrues en charge des opérations de forage de BP est un des éléments de la catastrophe de Macondo, mais je ne peux pas m’empêcher de le penser. Je serai curieux de savoir qui produira les hydrocarbures de 2020 à 2030, lorsque l’idée de la nécessaire décroissance se sera imposée (décroître n’est pas tout arrêter du jour au lendemain ; au contraire, c’est préparer un atterrissage en douceur dans un monde qui sera moins dépendant des énergies fossiles). Si les anciens comme moi (57 ans) ne continuent pas à faire le boulot et à transmettre aux générations montantes, on voit mal comment la décroissance pourra se dérouler en bon ordre, avec un aussi faible effectif de jeunes pétroliers mal formés, à supposer d’ailleurs qu’il s’en trouve qui ne soient pas découragés par l’image négative que les individus médiatiques donnent à ce métier. La situation va bientôt devenir similaire à celle des houillères, où le savoir-faire a fini par disparaître avec les derniers mineurs. C’est pourquoi les pétroliers responsables considèrent, certes avec réticence, qu’il faut continuer, de façon à obtenir une transition énergétique la moins ravageuse possible. Et s’il faut en passer par les pétroles et les gaz de schistes, il ne faudra pas s’interdire d’y avoir recours, pour autant que les nécessaires garde-fous aient été mis en place. Dans le cas des hydrocarbures de schistes, ces garde-fous sont au nombre de 3 : il faut que l’EROEI soit fortement positif (au moins 4 ou 5 kwh par kwh investi), que la question de l’approvisionnement en eau des chantiers soit pensée de façon à ne pas entrer en concurrence avec les usages plus nobles de l’eau, eau potable et usages agricoles, et enfin que les risques de contamination des aquifères de surface soient strictement encadrés par les pouvoirs publics.

 

Je me répète, et je rejoins ecospam et Jean-Marc JANCOVICI, mais il est impératif de travailler prioritairement sur la demande de combustibles fossiles. Refuser les gaz et pétrole de schistes tout en consommant massivement des produits fossiles pour son chauffage et pour ses déplacements est tout aussi hypocrite que de prétendre les hydrocarbures de schistes parfaitement anodins.

Commentaire n°9 posté par Philippe le 04/03/2011 à 23h57

Philippe,

Tu as du lire mon dernier article sur l'énergie à tout prix. Elle résume globalement ma pensée. Il est clair que le travail d'un pétrolier est de trouver et de vendre du pétrole, dès l'instant où on le consomme. En ce sens, je ne reproche rien à ceux qui essaient simplement de répondre à une demande.

Je ne suis pas du même avis que toi lorsque l'on parle de continuer jusqu'au bout. Parce que cela veut dire que, pour de simples considérations énergétiques, nous allons piller tout le reste. Or, rien ne sert d'avoir du pétrole ou du gaz s'il n'y à plus d'eau potable, de terres cultivables et de forêts gérées durablement.

Je préfère me dire que nous courrons à la catastrophe énergétique mais que ceux qui resteront pourront bénéficier des ressources restantes, plutot de jouer au jeu de l'île de paques, où les habitants ont coupé jusqu'au dernier arbre avant de disparaitre.

je ne jette la pierre à personne, je dis simplement qu'il faut tenter d'être cohérents et de regarder le monde dans son ensemble.

Par ailleurs, il est inutile de se battre contre l'exploitation des ressources fossiles, si de l'autre côté on descend dans la rue pour réclamer une baisse du prix de l'essence ...

J'aimerais poser la question à tous ceux qui se battent aujourd'hui contre les huiles et gaz de schistes, de savoir s'ils sont prêts à vivre sans pétrole et sans gaz. Je dois bien avouer que de mon côté, je ne regarde plus le monde de la même façon. Je constate la hausse du prix de l'essence, j'apprends a cultiver, je coupe mon bois ... je ne suis certainement pas totalement prêt à vivre sans pétrole, mais je l'ai accepté psychologiquement, en tenant compte des conséquences que cela aurait sur ma vie.

Ainsi, je n'ai aucune envie que l'on vienne souiller les nappes d'eau et les terres cultivables pour extraire certaines matières qui nous enfonceront encore davantage dans les problèmes climatiques et environnementaux.

C'est mon point de vue, et je comprends parfaitement le tiens et celui des experts de l'énergie, dont le rôle est d'apporter une réponse à nos besoins. Or, aujourd'hui .... tout le monde en a besoin !

Alors je préfère me concentrer sur ce que les politiques ne comptent pas faire, c'est à dire la réorganisation des territoires, le mouvement citoyen pour changer les modes de vie, vite et en profondeur.

J'en profite pour te redire a quel point tes contributions sont appréciées sur mon blog.

A bientôt

 

 

 

Réponse de Benoît Thévard le 09/03/2011 à 19h52

Merci Philippe pour ce commentaire informatif, mesuré et pragmatique. Ca fait avancer les réflexion.

J'ai dit aujourd'hui dans ma famille qu'on doit pouvoir maintenant établir assez facilement une corrélation assez directe entre le prix du baril de brut... et le pourcentage de vote Marine Le Pen...qui montent tous les deux assez dangereusement ces derniers temps...

Mais arriver à faire passer quelques éléments sur des causes un peu structurelles sur le bazard ambiant, lorsque les gens commencent à réellement paniquer, c'est pas vraiment simple

Mon sentiment est que notre seule chance est le travail sur la demande, pour maitriser les hausses de prix qui risquent autrement de disloquer assez rapidement le fin vernis de démocratie...

 

Commentaire n°10 posté par ecospam le 06/03/2011 à 20h35

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  • Ingénieur Conseil en énergie et résilience des territoires Activités: - Préparation de l'après pétrole - Conférences et sensibilisation - Bilan Résilience territorial - Énergies renouvelables

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