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Avenir sans Pétrole

Quel avenir pour les gaz de schiste ? (2ème partie)

12 Mars 2011 , Rédigé par Benoît Thévard Publié dans #Regard critique

 

Avant d'évaluer les perspectives de production de gaz de schiste sur notre territoire, j’insiste une fois de plus sur la différence entre les ressources, c'est-à-dire la quantité estimée présente sous nos pieds, et la quantité réellement récupérable (les réserves). Après deux années d’exploitation, la production d’un puits de gaz de schiste aura décliné d’au moins 80% et le taux de récupération global se situe à environ 20%. C'est pourquoi, lorsque les médias indiquent des quantités potentiellement présentes dans notre sous-sol, il convient de bien savoir de quoi il s'agit.


Les gaz de schiste en Europe


Le sous-sol de la France regorge de ressources fossiles non conventionnelles. Entre les huiles et les gaz de schiste, nous disposons d’une quantité très importante de ces hydrocarbures dont nous sommes devenus dépendants. Les estimations pour les huiles de schistes sont plus précises que pour le gaz. C’est pourquoi, pour ce dernier, nous disposons surtout de données européennes, dont la précision reste à démontrer.

 

Voici la carte des permis accordés et des sites en cours de prospection en France:



Afficher Les gaz de schiste en France sur une carte plus grande

 

 

Les réserves techniquement récupérables en Europe ont été estimées, de manière préliminaire, entre 2000 et 4000 Gm3 (milliards de mètres cube). Une cartographie géologique est en cours de réalisation et devrait être publiée vers 2015 par le GASH, consortium européen de recherche scientifique.


Pour donner un ordre de grandeur, la consommation européenne annuelle en gaz naturel approche les 500 Gm3 par an !


D’après l’étude de IHS-CERA (dont les dernières estimations sur le pic pétrolier sont très optimistes grâce à un effet de style) la capacité de production européenne de gaz de schiste pourrait être comprise entre 60 et 200 Gm3/an en 2025.


Mais attention, traduire cela en « années de consommation » relèverait de la science fiction. Pour bien comprendre la difficulté de maintenir un rythme d'extraction important avec les hydrocarbures non conventionnels, il faut observer la courbe de production.


L’article dans lequel j’explique le phénomène de pic pétrolier montre une courbe de la production globale en forme de cloche. Mais, comme le montre l’image ci-dessous, cette cloche est obtenue par l’addition de plusieurs puits dont la production forme un plateau stabilisé et dont la hauteur dépend tout simplement de l’ouverture du robinet par les exploitants !!

 

cloche_pic_petrolier.jpg


Pour les gaz et huiles de schiste, ce n’est pas du tout la même chose et la courbe est plutôt de forme hyperbolique (courbe bleue ci-dessous).


haynesville-shale-production-curve.jpg

 

On observe, dans ce cas, que le maximum est obtenu dès le départ, au moment de la fracturation, puis que le débit décline de 95% pendant les 4 premières années d'exploitation.

 

Il n’est plus question d’ouvrir ou fermer le robinet pour réguler le débit, mais il faut simplement laisser le gaz traverser doucement la roche, à son rythme. C'est pourquoi, pour avoir une capacité de production importante et sur du long terme, il devient nécessaire de multiplier le nombre de puits pour obtenir une somme de petits débits. On peut finalement obtenir de vrais gruyères comme dans cette région des Etats Unis (Colorado):

 


 


Agrandir le plan  

 

Ainsi, cela augmente considérablement l’impact sur l’environnement, en surface comme en sous-sol. En France, face aux nombreuses contestations, le moratoire sur l’exploration et l’exploitation a été prolongé par le gouvernement jusqu’au mois de juin. 


Comme je l’ai décrit dans la première partie, l’exploitation des gaz de schiste ne pourra pas être sans conséquence. Celles-ci seraient même potentiellement dramatiques pour l’environnement, l’eau potable, les paysages, la santé et le climat. Pourtant, face à une crise énergétique qui se rapproche rapidement,  les gouvernants seront soumis à ce choix difficile :


-          Sacrifier durablement des territoires (comme c’est le cas aux Etats Unis) en exploitant tout ce qu’il y a d’exploitable, dans le seul but de répondre à la boulimie énergétique de tout un peuple


-          Sacrifier la boulimie énergétique de tout un peuple, avec les risques économiques et sociaux que cela représente, en admettant que la pose d’une rustine énergétique provisoire ne mérite pas la destruction volontaire et à long terme de nos territoires.


Aucune production d'énergie n’est parfaite, toutes exigent des compromis. C’est ce que répondront probablement les responsables qui signeront les permis d’exploitation si l’opposition n’est pas suffisante. Mais nous devons absolument être cohérents et ne pas nous opposer à tout par principe car nous devrons faire des choix.


Sommes-nous prêts à subir une explosion du prix du brut et à nous y adapter car nous ne disposons pas de réserves sur notre territoire ?


Sommes-nous prêts à voir diminuer considérablement notre pouvoir d’achat, à changer notre régime alimentaire, à passer nos vacances en France (pour ceux qui pourront en prendre), à faire un potager, à apprendre à se soigner avec les plantes, à consommer local et de saison … pour pouvoir refuser l’extraction de ces réserves non conventionnelles ?


Le problème des gaz de schiste ressemble à celui des autoroutes : tout le monde les utilise mais personne n’en veut à côté de chez lui. Alors oui, il faut s’opposer à l’exploitation des gaz de schiste, ici et ailleurs, mais cela impose une certaine cohérence et une implication massive des populations concernées pour changer leurs habitudes et réduire leurs besoins en énergie fossile.


 C’est la seule manière d’éviter aux compagnies pétrolière de chercher des ressources de plus en plus polluantes et destructrices et une excellente raison de plus pour lancer la transition et devenir résilients.

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