Lundi 14 mars 2011 1 14 /03 /Mars /2011 09:59

 

Lorsque je parle du pic pétrolier et des prévisions énergétiques, je dois bien dire que je ne suis pas devin mais que j'analyse avec un regard critique et technique les avis de chacun sur le sujet.

L'article dans lequel je cite l'avis de spécialistes reprend les témoignages de professionnels supposés crédibles et compétents pour s'exprimer sur le sujet.

 

Cependant je ne prends pas pour acquis tous leurs arguments et les solutions ou alternatives qu'ils mettent en avant.

 

Certains experts du secteur énergétique (Pierre-René Bauquis, Bertrand Château), mais également d'autres experts ou ingénieurs comme Jean Marc Jancovici ne parlent que d'une seule énergie à peu près crédible pour compenser le déclin de production pétrolière: le nucléaire.

 

nucleaire.JPG

 

En effet, cette ressource énergétique est la seule connue et à peu près maîtrisée qui permette de produire de très grosses quantités d'énergie, de manière concentrée et en émettant peu de CO2. Je parle pour la France car le Québec, par exemple, a la chance de pouvoir faire la même chose avec des barrages hydroélectriques !


Lorsque l'on est habitué à la production d'énergie centralisée, que la société est devenue dépendante d'une très grosse quantité d'énergie, et que l'on cherche des solutions à l'échelle nationale, alors on regarde ce qui correspond à ces critères et effectivement on ne trouve que le nucléaire.

 

Et bien justement je ne suis pas d'accord avec cette solution, du moins pas totalement. Je suis pour utiliser les centrales que nous avons actuellement tant que la sécurité des populations n'est pas remise en cause (ce qui n'est pas gagné avec le vieillissement). Mais je suis contre le choix d'une nouvelle orientation énergétique nucléaire pour la France et je m'en explique.

 

Le prix

 

AREVA et EDF se vantent de produire l'électricité la moins chère d'Europe, il se trouve que la donne est en train de changer.


Avec l'EPR, le prix du kilowattheure nucléaire va passer de 0.034€ à 0.055€ voire 0,069€, soit une augmentation d'environ 100% en 5 ans à cause des surcoûts de construction. Malheureusement personne ne sait aujourd'hui combien coûte un EPR, puisqu'il n'y en a que 2 en construction, en Finlande et en France. Le premier accuse un retard de 4 ans (démarrage en 2013 au lieu d’Avril 2009) et un surcoût de 75%, et le second affiche déjà un surcout de 50% et 2 ans de retard.
Le coût de ces retards est estimé à 1 million d'€ par jour pour les propriétaires des centrales (Valeurs actuelles, mai 2009, p44).


 

EPR.jpg

 

Malgré cette augmentation importante, le coût du nucléaire reste artificiellement bas grâce aux milliards d'euros que l'Etat a investi, depuis des décennies, dans cette filière. Le dernier exemple en date étant l'utilisation d'une partie grand emprunt.

 

Par ailleurs, le coût estimé par EDF pour prolonger la durée de vie des centrales en fonctionnement est d'environ 600 M€ par réacteur.

 

Si vous ajoutez à cela le coût du démantèlement qui varie de 450 millions à 2,9 milliards d'euros par centrale suivant les pays, vous obtenez un potentiel d'explosion des prix difficilement contrôlable.

 

Les réserves d'uranium

 

Comme je l'ai expliqué pour le pic pétrolier, l'uranium est également une ressource minérale et donc disponible en quantités limitées. On estime les réserves disponibles à 80 ans de la consommation actuelle (ce qui ne veut pas dire grand chose mais donne des ordres de grandeur).

 

PeakUranium.gif


Si on imaginait remplacer le pétrole par le nucléaire (il faut avoir une sacrée imagination), il faudrait multiplier par 8 le nombre de réacteurs dans le monde afin d'atteindre un nombre de 3500 et cela ramènerait le pic d'uranium à une dizaine d'année. Tout cela est évidemment théorique puisqu'il faudrait ajouter à cela une énergie considérable pour construire les centrales, les lignes à haute tension, gérer les mines d'uranium et les déchets.

Le nucléaire ne serait donc qu'une solution de dépannage avant de retomber dans les mêmes problématiques qu'avec le pic pétrolier.

 

L'utilisation de l'électricité

 

Comment est-il possible d'utiliser l'électricité pour compenser le déclin du pétrole ? Il y a plusieurs solutions.


- Vous pouvez utiliser l'électricité directement dans des moteurs électriques, accompagnés par des batteries qui seront le réservoir énergétique des véhicules. Des progrès sont en cours dans le domaine du stockage mais la densité énergétique des batteries reste faible. Par ailleurs la production de dizaines de millions de batteries mais également de dizaines de millions de véhicules, d'un réseau de stations services et le renforcement du réseau électrique français demanderaient une énergie et des investissements énormes.

 

voiture-electrique.jpg


- Vous pouvez également produire de l'hydrogène par électrolyse qui sera utilisé comme carburant. Les problèmes liés à cette technologie ont déjà été abordés dans un autre article.

 

voiture hydrogene


- Enfin vous pouvez produire de l'hydrogène qui sera combiné à du carbone pour fabriquer des carburants de synthèse liquides (CO + H2), solution qui pourrait être envisagée à long terme mais qui présente des rendements énergétiques très faibles du puits à la roue et des coûts de production considérables pour la filière dans son ensemble.

 

Les autres problèmes qui font polémique

 

Gestion des déchets, pollutions, risques industriels, prolifération, nucléaire militaire ...

Autant de sujets qui font débat et que je ne vais pas reprendre car l'article n'en finirait plus ! Pourtant s'ils font débat c'est qu'ils ne sont pas anodins et qu'ils doivent être pris en considération.

 

Les évènements qui font suite au tremblement de terre au Japon relancent le débat sur la sécurité des installations en France et la capacité des exploitants à faire face à des évènements imprévus. En effet, il est impossible d'imaginer tous les scénarios possibles, c'est pourquoi les procédures internes sont uniquement basées sur des probabilités et ne sont pas exhaustives.


 

Enfin je souhaite ajouter les éléments suivants:


Le nucléaire est une énergie de base. C'est à dire que ces centrales thermiques ne peuvent pas répondre aux pointes de consommation et qu'elles doivent être en permanence associées à d'autres technologies pour répondre aux besoins.


L'argument de l'énergie sans CO2 est vrai lorsque l'on compare aux pays qui mettent en œuvre principalement des centrales à charbon (sauf pour le Québec, encore lui, avec ses barrages hydroélectriques). Mais cette politique énergétique nous a conduits à un gaspillage généralisé de l'électricité et notamment à l'utilisation de chauffages électriques ce qui est une erreur monumentale.

 

Le nucléaire français "serait" le plus sécurisé au monde, mais nous devons prendre en compte l'immense risque d'instabilité internationale qui se profile. La filière nucléaire peut-elle garantir un niveau de sécurité suffisant en situation de conflit et de difficultés économiques, géopolitiques et énergétique ? Je ne le crois pas.

 

Conclusion

 

C’est pour toutes ces raisons que le nucléaire n'est pas, à mes yeux, une solution à promouvoir.


Comment pouvons-nous faire ? Et bien il va falloir:

- apprendre à se passer de l'énergie abondante et peu chère en se réorganisant localement

- créer des réseaux locaux intelligents qui puissent fonctionner avec 100% d'énergie renouvelable et qui puissent être isolés en cas de besoin

- supprimer progressivement les chauffages électriques en favorisant l'utilisation passive de l'énergie solaire et l'isolation, le bois énergie, les réseaux de chaleur et la cogénération

- promouvoir l'autonomie électrique locale et individuelle plutôt que le raccordement au réseau

- continuer la recherche sur les moyens de stocker l'électricité

- pour le solaire et l'éolien, concentrer la recherche sur la baisse des coûts et la simplicité technique plutot que sur la hausse des rendements ...

 

Je vous invite à lire l'article dans lequel je propose une orientation énergétique des territoires.

 

 Encore une fois, je reste pragmatique sur l'impossibilité de fermer les centrales dès aujourd'hui. Comme je le disais plus haut, je ne suis donc pas contre l'utilisation (transparente et la plus sécurisée possible) des centrales existantes et de l'énergie qu'elles produisent pour mettre en œuvre le projet de société de demain.  

 

Mais ce projet doit être celui de la résilience, de l'énergie maîtrisée et décentralisée, de l'efficacité... tout l'inverse du nucléaire !



 

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Commentaires

Just perfect !

 

Commentaire n°1 posté par laurence le 14/03/2011 à 23h20

Article de grande qualité comme d'habitude, une seule rectification, vous affirmez que vous n'êtes pas d'accord sur le fait que seul le nucléaire pourrait être une énergie de remplacement sur les hydrocarbures contrairement à Jancovici.

En fait vous êtes tous les deux d'accord

En gardant notre paradigme actuel, seul le nucléaire pourrait offrir une solution de remplacement aux hydrocarbures mais pour 10 ou 20 ans, donc l'intérêt est très faible

il faut donc changer de paradigme pour passer aux économies d'énergies, à la relocalisation des ressources

C'est bien le dsicours de janco (je relisais sa page sur le nucléaire eu égard aux actualités japonaises et sa conclusion est bien la même : " Par contre, si notre objectif de société est de continuer notre toujours plus actuel, nucléariser toute la production d'électricité ne fait que décaler de 20 ans la courbe des émissions : cela ne suffit pas à éviter les ennuis à terme. C'est bien dans le contexte d'une très forte maîtrise de la concommation énergétique que le nucléaire est un des éléments de réponse appropriés au changement climatique. Sans une telle maîtrise, il fait gagner quelques décennies mais c'est tout")

Jje pense qu'il est juste moins optimiste que vous sur la capacité de notre société à être résiliente. Dans ce cas, le nucléaire pourrait nous permettre d'éviter une remise en cause trop importante, de garder notre paradigme (au moins en partie) et d'éviter le risque climatique (ou un trop gros risque)

A mon avis vous êtes tous les deux trop optmistes, je pense pour ma part que nous cramerons tout ce que nous pourrons cramer, hydrocarbures et nucléaire, car avec le pic de pétrole, notre société ne se posera pas bien longtemps les questions de climat ou de déchets radioactifs, mais plutôt comment occuper tous ces braves gens au chômage ou dont les conditions de vie vont se dégrader

Commentaire n°2 posté par adrien couzinier le 15/03/2011 à 01h32

Bonjour Adrien,

Le nucléaire est une énergie qui exige une stabilité parfaite, qu'elle soit politique, économique, climatique ...

Avec l'avenir qui se profile, évoquer même l'idée que nous pourrions utiliser le nucléaire est déjà trop. Pour moi, le nucléaire, comme les gaz de schiste est une NON-solution.

JM Jancovici est l'un des meilleurs pédagogue sur la question du climat et de l'énergie. Mais, pour avoir écouté quelques unes de ses conférences, il banalise régulièrement l'atome, le nucléaire en nous rappelant que sans nucléaire nous n'existerions pas, nous ne pourrions pas vivre sur Terre, que la quantité de déchets est ridicule, que le nombre de morts causées par le nucléaire est très faible, que le prix de l'uranium n'influe pas sur le prix de l'énergie etc ...

C'est un choix qu'il fait d'insister sur les bons côtés et de banaliser cette technologie. Je me positionne clairement sur une autre voie car cette technologie n'a rien de banal !

Cela dit, j'admire son action, sa façon de provoquer et de trouver les arguments chocs pour faire réagir les gens, ce qui n'impose pas d'être d'accord sur tout ! :-))

Pour ce qui est de l'optimisme, je ne le suis pas vraiment et j'aurais tendance à voir les choses comme vous. C'est pourquoi je n'attends aucune solution globale et je prône l'action locale. J'essaie de promouvoir la recherche d'une autonomie locale suffisante pour ne plus dépendre des échanges mondialisés et des transports. ET ... je n'éprouve aucun besoin de raconter les visions apocalyptiques qui pourraient me traverser l'esprit comme sait très bien le faire Yves Cochet.

Pensez-vous que je me démènerais pour communiquer sur ce thème si j'étais parfaitement optimiste ?

Mais je préfère donner une vision positive, à la manière des villes en transition, plutot que de focaliser les esprits sur une issue noire et anxiogène. Je propose une direction, et je fais confiance aux lecteurs pour imaginer un monde qui déciderait de ne rien changer ....

Pour tout vous dire, la description proposée par René Barjavel dans "Ravage" me revient souvent à l'esprit. Mais cela ne m'empêche pas de tout tenter pour faire avancer la transition et de garder espoir.

merci pour votre commentaire et pour vos compliments

Réponse de Benoît Thévard le 15/03/2011 à 09h15

En suivant régulièrement votre blog et d'autres en parallèle, je reste convaincu que toute la question de l'énergie, pic pétrolier ou pas, va être sous tendue par le prix rendu au consommateur à très court terme. On arrive, sans crier gare, et au niveau mondial, aux limites de production face à l'ogre énergétique de l'équation consumériste mondiale. 

Il y a plusieurs murs :

- le débit du pétrole conventionnel (par manque d'investissements passés) va provoquer un stress sur les prix (et si on fait les investissements, les prix vont devoir couvrir ces investissements) ;

- le mur du rendement : il affecte les carburants liquides alternatifs, sous quelque forme que ce soit (EREOI inférieur et de loin à celui du pétrole conventionnel). Il affecte aussi les énergies renouvelables, très chères en investissement pour des résultats assez médiocres.

- le mur de la sécurité : là on parle de l'atome. A quel prix va t on payer in fine les centrales actuelles une fois "revampées" en matière de sécurité, et provisionnées pour démantèlement ? Je vois bien un triplement du prix. Et après, compte tenu du contexte concurrentiel et de l'intermédiation, il y aura aussi un facteur "marge" pour les sociétés privées. Ces sociétés, pour pouvoir lever des capitaux à investir dans les travaux, doivent servir des taux substantiels que ce soit en dette amortissable ou en dette obligataire. Et pour leur roadshow, elles doivent démontrer un rendement sur la durée, donc, une marge si possible élevée. Donc le passage de l'énergie "au marché" va faire exploser ces coûts. L'EPR va lui aussi faire augmenter les coûts, mais peut être moins proportionnellement que les anciennes centrales.

Je suis d'accord pour dire que le Négawatt est la bonne démarche. Mais la marche vers la décroissance énergétique me semble extrêmement ardue compte tenu de la réticence générale au changement vers moins de confort ("le monde des cavernes éclairées à la bougie"). 

Je crois aussi qu'il n'y a rien à attendre des gouvernements, qui n'agiront qu'in fine face à l'échec. De toutes façons, un pays comme le notre est dirigé par une oligarchie des grands corps d'état. Il sera impossible d'empêcher Areva ou EDF de piloter notre politique énergétique. 

Pour les raisons évoquées plus haut (les "murs"), je pense qu'on en verra des conséquences économiques lourdes sous dix ans. Je ne vois pas l'économie de marché capable de survivre à dix ans de hausses énergétiques (hausse des coûts de production et de transport, avec des conséquences sur la consommation nette, donc sur les rentabilités, donc sur la capacité de l'économie à rembourser ses dettes, etc...). 

Puisque nous sommes en économie de marché et en oligarchie, je pense que seul le premier peut avoir raison du second. Une fois que les intérêts économiques sont frappés, le politique en tire les enseignements. Pas dans l'autre sens.

Commentaire n°3 posté par Alistair Cavendish le 15/03/2011 à 12h03

JM Jancovici a une approche typiquement "ingénieur". Il oublie à peu près complètement l'aspect comportemental et sociétal, probablement parce que c'est difficile à "mettre en équation" et à peu près impossible à décrire et prévoir.

Comme Benoit, mon sentiment est qu'il faut en complément beaucoup plus travailler sur le volet "humain" de l'affaire, et effectivement l'approche des "Villes en Transition" (même si elle est parfois naïve) est intéressante à cet égard.

Je suis persuadé qu'une décroissance énergétique expliquée et maitrisée sera tout à fait gérable pour bon nombre d'entre nous. La démarche négwaWatt est une bonne approche sur cette question.

Il reste encore à construire une vision acceptable pour le plus grand nombre, mais les choses bougent.

Commentaire n°4 posté par ecospam le 16/03/2011 à 21h54

Bonjour Benoît, 

Merci pour vos articles documentés que je lis maintenant systèmatiquement avec attention.

Les lisant avec attention, il me semble y avoir une coquille sur le prix du KWh nucléaire où il manque un 0, c.a.d. "0,034 €/KWh" ect.....

Le nucléaire a bien des inconvénients, mais point n'est besoin d'en rajouter.

A part ça, les commentaires de ce billet m'ont permis de bien comprendre vos points d'accord et de divergence avec JMJ. Perso, mon esprit balance, j'ai un fond plutôt "Promothéen" (Ingénieur, Jancovicien, humain aussi quelque part) mais j'ai aussi une profonde admiration pour Pierre Rabhi ; Theodore Monod et consort, en ce sens j'adhère à la phrase de T. Monod

“Je suis persuadé que le salut des individus est dans le rejet décidé de tout le compliqué, l’artificiel, l’inutile, dont la civilisation nous gave à étouffer”.

Maintenant il faut s'entendre, supprimer le compliqué ne veut pas dire supprimer l'innovation (voir la roue), et qu'est qui nous pousse à faire des choses de plus en plus centralisées et apparemment inutilement complexes ??? (tout ceux qui ont travaillé dans un grand groupe industriel ou financier s'y retrouveront probablement).  

Commentaire n°5 posté par henry le 21/03/2011 à 11h36

Bonjour Henry,

Il faut s'entendre sur la signification de la complexité. J'ai plutot tendance à penser qu'au contraire, nous avons cherché à tout simplifier par la standardisation, normalisation, centralisation etc ...

C'est le cas de l'agriculture pour laquelle nous avons uniformisé les sols et l'environnement grace aux (ou à cause des) phytosanitaires, pour faire les même cultures partout sans tenir compte des sols, de la faune et de la flore ... Nous avons simplifié la santé en standardisant la médication et en s'occupant surtout des symptômes plus que du patient en lui même, nous avons simplifié la construction avec le bétonnage insensé sans tenir compte de l'orientation, de l'environnement ...

Donc je pense qu'au contraire, nous avons cherché à tout standardiser pour augmenter la rentabilité des procédés industriels et nous avons ainsi fait disparaitre tous les savoirs complexes et la connaissances des plantes, de la terre et des terroirs, des techniques de construction traditionnelles etc ...

Dans une ère post-industrielle, nous devrons réapprendre toutes ces richesses et ces particularités qui sont propres à chaque territoire.

Mais il est vrai, pour avoir également travaillé dans un grand groupe, que les organisations tentaculaires et pyramidales sont devenues incompréhensibles, mais c'est un autre type de complexité que j'appellerais plus "complication" que "complexité" ! Je vous rejoins donc dans l'idée même si je pinaille sur les mots ...

Ensuite, je dois dire que je cherche un équilibre entre le côté "ingénieur" pragmatique et la compréhension des aspects sociaux et humains, élément indispensable au changement de paradigme. C'est pour cela que j'admire également Pierre Rabhi, pour ne citer que lui, qui a su, par ses mots simples et simplement humains, déclencher en moi cette volonté de changement profond de nos modes de vie, cette évidence que nous sommes sur la mauvaise voie.

C'est pourquoi, sans avoir l'illusion que nous pourrons atteindre l'utopie, je ne l'écarte pas de mes pensées et je veux tout faire pour tendre vers elle. Nous ferons ce que nous pourrons, mais faisons-le !!

Quant au prix du kWh, c'était effectivement une coquille que j'ai modifiée. Je vous remercie pour cette remarque importante.

Benoît

 

Réponse de Benoît Thévard le 22/03/2011 à 19h18

@Henry : Tout à fait d'accord avec vous sur l'inertie, la complexité et l'absence de remise en cause profonde des grands systèmes (politiques, économiques, entreprenariaux....).

 

Sur l'aspect prométhéen, s'il s'agit de refaire une tour de Babel, on sait déjà qu'on ne saura pas. Mais d'accord pour chercher dans des domaines appliqués d'où la complexité serait absente (d'une manière systémique...).

Commentaire n°6 posté par Alistair Cavndish le 21/03/2011 à 13h55

Justement, Benoît.

Vous avez raison sur les pratique agricoles, qui se sont simplifiées.

Par contre, en ce qui concerne la complexité administrative de la société, c'est une autre histoire. J'en témoigne.

En tant qu'arboriculteur en bio diversifié (kiwi, poire  prune pomme cerise...) en cours d'installation, je peux vous dire que c'est le labyrinthe administratif.

Il faut des kilos de paperasses et de démarches administratives liées les unes aux autres (la banque demande le papier de la chambre agri et de la MSA, et vice versa... et la MSA demande tel papier j'en oublie...).

Mon dossier d'installation jeune agriculteur, certification bio comprise est plus épais qu'un annuaire. Il faut foournir un nombre délirant de justificatifs à toutes les institutions possibles et imaginables. Du délire pour devenir paysan. Il parait que pour être plombier, c'est pareil...

Brazil, en pire.

Je peux vous dire que s'installer en arbo diversifiée et vente directe/locale est un vrai parcours du combattant. La chambre Agri a demandé une quantité obscèbe de papiers et démarches idiotes. Les plus grosses banques ont refusé de me financer, seule la NEF a suivi. la plupart préfèrent financer des exploitations porcine ou laitières industrielles, endettées à 80%.

Pourtant, la mairie  où se situe mon exploitation vient de s'engager à se fournir chez moi pour les cantines scolaire, pareil pour les biocoops. Tout le monde sait ici, au vu de l'état du monde que la production  locale est d'avenir.

Il reste encore beaucoup de travail pour que ça change.

Gageons que le pic pétrolier impose la simplification, parce que le tertiaire va être "comprimé" en 1er...

 

 

Commentaire n°7 posté par Crevette le 23/03/2011 à 20h59

Bonjour,

Concernant le prix du kilowatt heure nucléaire, je ne sais pas où vous avez eu ces informations mais s'ils sont justes (0.034 €/kWh) alors le nucléaire coûte vraiment rien ! Comparé notamment au photovoltaïque !
Je m'explique, je suis en projet d'installer une centrale solaire de 20 kW sur la toiture d'un hangar agricole (plus de 150 m² de panneaux solaires). EdF me rachètera mon électricité 0.37 €/kWh sachant que le coût d'installation est de l'ordre de 0.30 €/kWh. Aujourd'hui, on paie le kWh nucléaire autour de 0.15 €/kWh. Qu'est ce que représente 0.034 voire même 0.069 €/kWh nucléaire sur une facture EDF. Certe, le kWh nucléaire pourrait doubler, mais cela ne veut pas dire que la facture EDf doublera, tout au plus augmentera t elle de 35%. Cela reste encore bien moins cher que le kWh solaire, et je ne parle pas de l'éolien...

Hélas, si les gens ne sont pas capables de se passer du pétrole et du nucléaire en même temps, alors il faudra inévitablement faire une concession avec l'énergie nucléaire.

Et petit rectificatif de l'article initial, quand on parle de réserve d'uranium en décennie de consommation, il serait bien de préciser qu'il s'agit d'uranium 235 et de réacteur à neutrons lents !

Avec la filière des neutrons rapides qui permet d'utiliser la totalité de l'uranium (composé à 99.3% d'U238) les réserves d'uranium ne sont pas évaluées en décennie mais bien en millénaire !

Je suis assez partagé sur la question du nucléaire. Comme beaucoup j'aimerais bien qu'on s'en passe, mais si c'est pour brûler du fossile en complément des énergies renouvelables, j'aime autant l'atome d'autant qu'il y a de vrais progrès à attendre de la filière à neutron rapide.

Commentaire n°8 posté par generationsfutures le 24/03/2011 à 21h04

@Benoit.

OK pour pour la complexite de l'homme de la nature et de la vie, mais à cette complexité je pense qu'il faut, d'une part, s'attacher à comprendre autant que faire se peut, et d'autre part, qu'il faut y apporter des réponses simples (autant que possible), adaptées et locales comme celles que tu proposes quand tu parles de résilence. A la place, notre société a mis en place des réponses: uniformes, globales et parfois fort sophistiquées (compliquées) qui demandent pour se maintenir une complication extrème des processus de management et de contrôle et un enfumage quasi permanent (le système financier en étant un merveilleux exemple).

A part ça OK sur le fond, à Bientôt.

Commentaire n°9 posté par henry le 24/03/2011 à 22h29

@generations futures.

Oui le prix de l'énergie Photovoltaïque est trés élevé, c'est pourquoi il est pour l'instant trés fortement subventionné via le tarif de rachat EDF.

Mais attention, les subventions baissent en France en ce moment, et il n'est pas sur à ce stade, que les coûts de production  d'energie PV baissent en proportion de la baisse des subventions.

Les seules choses qui sont sures, c'est:

-que le prix  de l'electricité d'origine nucléaire est actuellement fortement sous-evalué (R&D nationalisé, maintenance au rabais, traitements des déchets (procédés et coûts mal connus), démantellement (coût inconnus), Investissements (sous-evalués sur les EPR), couverture pour risques (à mon avis, en grande partie pris par la collectité???))

-que le prix moyen de l'electricité va fortement augmenter, EDF prevoit 5à 6 % par an pendant 10 ans (5 ans affiché pour ne pas effrayer le péquin moyen qui l'est déja pas mal ...  (effrayé)).

Seule solution: La sobriété, on a toutefois le choix, la sobriéte peut être plus moins contrainte ou plus ou moins choisie. C'est tout l'intérêt de la période actuelle.

Cordialement

Commentaire n°10 posté par henry le 24/03/2011 à 22h57

Je viens de decouvrir votre blog et cet article.

Merci pour cet article bien explique, clair. Utile pour bien comprendre ces problemes quand on est comme moi pas specialise mais interesse. Utile pour pouvoir en parler a d'autres.

Je vais m'empresser de lire d'autres articles. 

Commentaire n°11 posté par Sabine le 31/03/2011 à 15h24

Merci pour cet article très complet et très intéressant.

Commentaire n°12 posté par cultive ton jardin le 31/03/2011 à 22h45

Selon la technologie utilisée (électricité, hydrogène comprimé ou hydrogène liquide), il faudrait environ 1600, 3200 ou 4100 réacteurs nucléaires de 1000 MW pour remplacer le pétrole utilisé dans les transports en 2008 (monde).
Le calcul est donné ici : http://futura24.voila.net/transport/voiture_eh2.htm

Les besoins annuels en uranium, pour ce seul usage, seraient de 285.000, 580.000 ou 745.000 tonnes, à comparer à une consommation actuelle de 67.000 tonnes pour la production d'électricité.

Pour se limiter aux U.S.A. (citation) " Aux Etats-Unis, le remplacement du carburant des véhicules à moteur par de l'hydrogène demanderait la production annuelle de 136 millions de tonnes d'hydrogène, selon la Nuclear Energy Agency (AEN/NEA), en se basant sur un rendement de 75% des électrolyseurs (sans préciser si les éléments auxiliaires sont pris en compte). Une tonne d'hydrogène nécessiterait 52.000 kWh d'électricité pour sa production.

Ainsi, 7.100 TWh d'électricité seraient nécessaires pour produire l'hydrogène utilisé chaque année par les transports des Etats-Unis. Cela correspond à plus de neuf fois la production d'électricité nucléaire de ce pays (787 TWh obtenus avec une puissance nucléaire installée de 99 GW). Neuf cents réacteurs de 1.000 MW devraient être construits pour satisfaire la demande en hydrogène des transports. "

Commentaire n°13 posté par Albert le 04/04/2011 à 19h05

Pour relativiser les propos du commentaire n°8 sur les réacteurs à neutrons rapides, voici quelques extraits d'une étude à lire ici http://futura24.voila.net/nucle/generation4.htm

Les réacteurs nucléaires de 4e génération arriveront trop tard pour empêcher le déclin de l'énergie nucléaire, dû à la baisse prochaine de la production d'uranium. Douze tonnes de plutonium sont nécessaires pour démarrer un réacteur de quatrième génération. ...

Les premiers réacteurs de quatrième génération disponibles, étudiés depuis des dizaines d'années, seront des réacteurs à neutrons rapides utilisant du sodium liquide comme caloporteur (RNR-Na), malgré le danger présenté par le sodium qui s'enflamme au contact de l'air et explose au contact de l'eau. ...

Un seul réacteur de 4e génération de 1.000 MWe pourrait démarrer chaque année en France, à condition de retraiter tout le combustible déchargé des réacteurs français. Cela ferait à peine six réacteurs par an dans le monde, à condition que des usines de retraitement du combustible nucléaire soient construites en quantité suffisante. ...

Si les réacteurs de 4e génération sont utilisés comme surgénérateurs, le temps nécessaire pour produire autant de plutonium en excès que celui utilisé est estimé à un trente ou quarante ans selon les modes d'utilisation (temps de doublement). Ainsi, dans le cas le plus favorable, un réacteur surgénérateur mettra trente ans pour produire le plutonium nécessaire au démarrage d'un second réacteur. ...

Commentaire n°14 posté par Albert le 12/04/2011 à 12h46

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