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Avenir sans Pétrole

Sans pétrole, faut-il tout miser sur le nucléaire ?

14 Mars 2011 , Rédigé par Benoît Thévard Publié dans #Regard critique

 

Lorsque je parle du pic pétrolier et des prévisions énergétiques, je dois bien dire que je ne suis pas devin mais que j'analyse avec un regard critique et technique les avis de chacun sur le sujet.

L'article dans lequel je cite l'avis de spécialistes reprend les témoignages de professionnels supposés crédibles et compétents pour s'exprimer sur le sujet.

 

Cependant je ne prends pas pour acquis tous leurs arguments et les solutions ou alternatives qu'ils mettent en avant.

 

Certains experts du secteur énergétique (Pierre-René Bauquis, Bertrand Château), mais également d'autres experts ou ingénieurs comme Jean Marc Jancovici ne parlent que d'une seule énergie à peu près crédible pour compenser le déclin de production pétrolière: le nucléaire.

 

nucleaire.JPG

 

En effet, cette ressource énergétique est la seule connue et à peu près maîtrisée qui permette de produire de très grosses quantités d'énergie, de manière concentrée et en émettant peu de CO2. Je parle pour la France car le Québec, par exemple, a la chance de pouvoir faire la même chose avec des barrages hydroélectriques !


Lorsque l'on est habitué à la production d'énergie centralisée, que la société est devenue dépendante d'une très grosse quantité d'énergie, et que l'on cherche des solutions à l'échelle nationale, alors on regarde ce qui correspond à ces critères et effectivement on ne trouve que le nucléaire.

 

Et bien justement je ne suis pas d'accord avec cette solution, du moins pas totalement. Je suis pour utiliser les centrales que nous avons actuellement tant que la sécurité des populations n'est pas remise en cause (ce qui n'est pas gagné avec le vieillissement). Mais je suis contre le choix d'une nouvelle orientation énergétique nucléaire pour la France et je m'en explique.

 

Le prix

 

AREVA et EDF se vantent de produire l'électricité la moins chère d'Europe, il se trouve que la donne est en train de changer.


Avec l'EPR, le prix du kilowattheure nucléaire va passer de 0.034€ à 0.055€ voire 0,069€, soit une augmentation d'environ 100% en 5 ans à cause des surcoûts de construction. Malheureusement personne ne sait aujourd'hui combien coûte un EPR, puisqu'il n'y en a que 2 en construction, en Finlande et en France. Le premier accuse un retard de 4 ans (démarrage en 2013 au lieu d’Avril 2009) et un surcoût de 75%, et le second affiche déjà un surcout de 50% et 2 ans de retard.
Le coût de ces retards est estimé à 1 million d'€ par jour pour les propriétaires des centrales (Valeurs actuelles, mai 2009, p44).


 

EPR.jpg

 

Malgré cette augmentation importante, le coût du nucléaire reste artificiellement bas grâce aux milliards d'euros que l'Etat a investi, depuis des décennies, dans cette filière. Le dernier exemple en date étant l'utilisation d'une partie grand emprunt.

 

Par ailleurs, le coût estimé par EDF pour prolonger la durée de vie des centrales en fonctionnement est d'environ 600 M€ par réacteur.

 

Si vous ajoutez à cela le coût du démantèlement qui varie de 450 millions à 2,9 milliards d'euros par centrale suivant les pays, vous obtenez un potentiel d'explosion des prix difficilement contrôlable.

 

Les réserves d'uranium

 

Comme je l'ai expliqué pour le pic pétrolier, l'uranium est également une ressource minérale et donc disponible en quantités limitées. On estime les réserves disponibles à 80 ans de la consommation actuelle (ce qui ne veut pas dire grand chose mais donne des ordres de grandeur).

 

PeakUranium.gif


Si on imaginait remplacer le pétrole par le nucléaire (il faut avoir une sacrée imagination), il faudrait multiplier par 8 le nombre de réacteurs dans le monde afin d'atteindre un nombre de 3500 et cela ramènerait le pic d'uranium à une dizaine d'année. Tout cela est évidemment théorique puisqu'il faudrait ajouter à cela une énergie considérable pour construire les centrales, les lignes à haute tension, gérer les mines d'uranium et les déchets.

Le nucléaire ne serait donc qu'une solution de dépannage avant de retomber dans les mêmes problématiques qu'avec le pic pétrolier.

 

L'utilisation de l'électricité

 

Comment est-il possible d'utiliser l'électricité pour compenser le déclin du pétrole ? Il y a plusieurs solutions.


- Vous pouvez utiliser l'électricité directement dans des moteurs électriques, accompagnés par des batteries qui seront le réservoir énergétique des véhicules. Des progrès sont en cours dans le domaine du stockage mais la densité énergétique des batteries reste faible. Par ailleurs la production de dizaines de millions de batteries mais également de dizaines de millions de véhicules, d'un réseau de stations services et le renforcement du réseau électrique français demanderaient une énergie et des investissements énormes.

 

voiture-electrique.jpg


- Vous pouvez également produire de l'hydrogène par électrolyse qui sera utilisé comme carburant. Les problèmes liés à cette technologie ont déjà été abordés dans un autre article.

 

voiture hydrogene


- Enfin vous pouvez produire de l'hydrogène qui sera combiné à du carbone pour fabriquer des carburants de synthèse liquides (CO + H2), solution qui pourrait être envisagée à long terme mais qui présente des rendements énergétiques très faibles du puits à la roue et des coûts de production considérables pour la filière dans son ensemble.

 

Les autres problèmes qui font polémique

 

Gestion des déchets, pollutions, risques industriels, prolifération, nucléaire militaire ...

Autant de sujets qui font débat et que je ne vais pas reprendre car l'article n'en finirait plus ! Pourtant s'ils font débat c'est qu'ils ne sont pas anodins et qu'ils doivent être pris en considération.

 

Les évènements qui font suite au tremblement de terre au Japon relancent le débat sur la sécurité des installations en France et la capacité des exploitants à faire face à des évènements imprévus. En effet, il est impossible d'imaginer tous les scénarios possibles, c'est pourquoi les procédures internes sont uniquement basées sur des probabilités et ne sont pas exhaustives.


 

Enfin je souhaite ajouter les éléments suivants:


Le nucléaire est une énergie de base. C'est à dire que ces centrales thermiques ne peuvent pas répondre aux pointes de consommation et qu'elles doivent être en permanence associées à d'autres technologies pour répondre aux besoins.


L'argument de l'énergie sans CO2 est vrai lorsque l'on compare aux pays qui mettent en œuvre principalement des centrales à charbon (sauf pour le Québec, encore lui, avec ses barrages hydroélectriques). Mais cette politique énergétique nous a conduits à un gaspillage généralisé de l'électricité et notamment à l'utilisation de chauffages électriques ce qui est une erreur monumentale.

 

Le nucléaire français "serait" le plus sécurisé au monde, mais nous devons prendre en compte l'immense risque d'instabilité internationale qui se profile. La filière nucléaire peut-elle garantir un niveau de sécurité suffisant en situation de conflit et de difficultés économiques, géopolitiques et énergétique ? Je ne le crois pas.

 

Conclusion

 

C’est pour toutes ces raisons que le nucléaire n'est pas, à mes yeux, une solution à promouvoir.


Comment pouvons-nous faire ? Et bien il va falloir:

- apprendre à se passer de l'énergie abondante et peu chère en se réorganisant localement

- créer des réseaux locaux intelligents qui puissent fonctionner avec 100% d'énergie renouvelable et qui puissent être isolés en cas de besoin

- supprimer progressivement les chauffages électriques en favorisant l'utilisation passive de l'énergie solaire et l'isolation, le bois énergie, les réseaux de chaleur et la cogénération

- promouvoir l'autonomie électrique locale et individuelle plutôt que le raccordement au réseau

- continuer la recherche sur les moyens de stocker l'électricité

- pour le solaire et l'éolien, concentrer la recherche sur la baisse des coûts et la simplicité technique plutot que sur la hausse des rendements ...

 

Je vous invite à lire l'article dans lequel je propose une orientation énergétique des territoires.

 

 Encore une fois, je reste pragmatique sur l'impossibilité de fermer les centrales dès aujourd'hui. Comme je le disais plus haut, je ne suis donc pas contre l'utilisation (transparente et la plus sécurisée possible) des centrales existantes et de l'énergie qu'elles produisent pour mettre en œuvre le projet de société de demain.  

 

Mais ce projet doit être celui de la résilience, de l'énergie maîtrisée et décentralisée, de l'efficacité... tout l'inverse du nucléaire !



 

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P. Hansen 18/06/2016 23:31

"apprendre à se passer de l'énergie abondante et peu chère en se réorganisant localement"
Cette phrase est absurde : si l'énergie nucléaire est abondante et peu chère comment l'ôterez-vous aux possesseurs de véhicules électriques par exemple ? En cas de crise, notre pays devrait se priver ? Il n'y a que votre fan club qui croit à ça .
D'autre part se réorganiser localement, alors que les électricités fluctuantes pour rester poli, nécessite des interconnections, c'est de la désinformation.

Exbrayat Hélène 16/04/2015 00:46

merci Benoît pour cette contribution qui est en ligne avec celle de Philippe Bihouix et complète son propos. Merci pour ce blog riche d'informations qualitatives.

Albert 12/04/2011 12:46



Pour relativiser les propos du commentaire n°8 sur les réacteurs à neutrons rapides, voici quelques extraits d'une étude à lire ici http://futura24.voila.net/nucle/generation4.htm
Les réacteurs nucléaires de 4e génération arriveront trop tard pour empêcher le déclin de l'énergie nucléaire, dû à la baisse prochaine de la production d'uranium. Douze tonnes de plutonium sont
nécessaires pour démarrer un réacteur de quatrième génération. ...

Les premiers réacteurs de quatrième génération disponibles, étudiés depuis des dizaines d'années, seront des réacteurs à neutrons rapides utilisant du sodium liquide comme caloporteur (RNR-Na),
malgré le danger présenté par le sodium qui s'enflamme au contact de l'air et explose au contact de l'eau. ...

Un seul réacteur de 4e génération de 1.000 MWe pourrait démarrer chaque année en France, à condition de retraiter tout le combustible déchargé des réacteurs français. Cela ferait à peine six
réacteurs par an dans le monde, à condition que des usines de retraitement du combustible nucléaire soient construites en quantité suffisante. ...

Si les réacteurs de 4e génération sont utilisés comme surgénérateurs, le temps nécessaire pour produire autant de plutonium en excès que celui utilisé est estimé à un trente ou quarante ans selon
les modes d'utilisation (temps de doublement). Ainsi, dans le cas le plus favorable, un réacteur surgénérateur mettra trente ans pour produire le plutonium nécessaire au démarrage d'un second
réacteur. ...




Albert 04/04/2011 19:05



Selon la technologie utilisée (électricité, hydrogène comprimé ou hydrogène liquide), il faudrait environ 1600, 3200 ou 4100 réacteurs nucléaires de 1000 MW pour remplacer le pétrole utilisé dans
les transports en 2008 (monde).
Le calcul est donné ici : http://futura24.voila.net/transport/voiture_eh2.htm


Les besoins annuels en uranium, pour ce seul usage, seraient de 285.000, 580.000 ou 745.000 tonnes, à comparer à une consommation actuelle de 67.000 tonnes pour la production d'électricité.

Pour se limiter aux U.S.A. (citation) " Aux Etats-Unis, le remplacement du carburant des véhicules à moteur par de l'hydrogène demanderait la production annuelle de 136 millions de tonnes
d'hydrogène, selon la Nuclear Energy Agency (AEN/NEA), en se basant sur un rendement de 75% des électrolyseurs (sans préciser si les éléments auxiliaires sont pris en compte). Une tonne
d'hydrogène nécessiterait 52.000 kWh d'électricité pour sa production.

Ainsi, 7.100 TWh d'électricité seraient nécessaires pour produire l'hydrogène utilisé chaque année par les transports des Etats-Unis. Cela correspond à plus de neuf fois la production
d'électricité nucléaire de ce pays (787 TWh obtenus avec une puissance nucléaire installée de 99 GW). Neuf cents réacteurs de 1.000 MW devraient être construits pour satisfaire la demande en
hydrogène des transports. "



cultive ton jardin 31/03/2011 22:45



Merci pour cet article très complet et très intéressant.