Avenir sans Pétrole

Transition de la société : passer du rêve à la réalité

13 Février 2014 , Rédigé par Benoît Thévard Publié dans #Regard critique

Martin Luther King rêvait de voir naître, un jour, une société de liberté et d’égalité entre les Hommes. Faisant le constat des terribles discriminations entre les classes sociales, les origines, les couleurs de peau, il a exprimé son profond désir de changement pour l’amélioration des relations humaines.

Il était bien ancré dans la dure réalité et souhaitait voir réaliser son rêve.

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Qu’en est-il de ce monde que l’humanité a forgé depuis le début de ce siècle ?

Les habitants des pays modernes et dits « développés » ont été les témoins et les acteurs d’une irrésistible ascension du confort, de la mobilité, de la consommation, de l’hygiène etc … Les acquis matériels mais aussi sociaux n’ont jamais cessé d’augmenter au même rythme que la croissance économique, que la consommation des ressources et de l’énergie.

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale et le début des 30 glorieuses, les progrès techniques et sociaux ont été considérables dans notre pays. Les machines (ou  la main d’œuvre de certains pays) ont remplacé l’humain pour les tâches ingrates et répétitives, l’espérance de vie a progressé, les supermarchés sont pleins et ouvrent même le dimanche.

Notre société a été conçue sur la base indispensable de ressources infinies. Beaucoup pensent encore que la Terre pourrait nous fournir, sans limites, les moyens de permettre à tous l’accès au confort matériel, à la mobilité, à la santé, à la technologie, au système de retraite ou à la sécurité sociale.

Nous sommes bien ancrés dans un rêve, souhaitons-nous revenir à la dure réalité ?

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Le confort matériel et énergétique dont nous bénéficions est fragile et superficiel, il n'est possible qu'en présence d'inégalités planétaires sur lesquelles nous avons tendance à fermer les yeux.

Victor Hugo (1802-1885) disait ceci: "Sans cesse le progrès, roue au double engrenage, fait marcher quelque chose en écrasant quelqu'un !"

Tout cela aurait pu durer longtemps si la Terre, elle même, ne nous imposait pas ses propres limites. Dans ces circonstances, agir ne relève plus de l'altruisme et de la générosité, mais de la recherche de solutions pour répondre à nos propres besoins.

Face à cette situation, il y a trois catégories de personnes:

Tout d'abord les gros dormeurs, ceux qui n'ont aucune conscience des problèmes.

D'autres se sont réveillés et, prenant conscience de la réalité, ont préféré se rendormir afin de rêver au plan B que les puissants de ce monde garderaient secret jusqu’au dernier moment.

Les derniers sont bien éveillés depuis longtemps et se sentent bien seuls face aux difficultés qu’il faut surmonter sans l’aide de tout un peuple encore profondément endormi.

Le réveil par la sensibilisation

Qui peut avoir envie de sortir volontairement d’un rêve merveilleux ? Il est décidément humain de se complaire dans une situation confortable et d’en profiter jusqu’au bout.

Faut-il en déduire que nous ne ferons rien tant que nous ne serons pas dans le mur ? C’est ce qui décourage beaucoup d’esprits éveillés.

Voici donc le premier défi que nous avons à relever : expliquer, démontrer, argumenter, prouver !

Pour les endormis de toujours, il faut les réveiller doucement en expliquant la situation, c'est-à-dire que la quantité d’énergie disponible va inévitablement diminuer, que cela rendra inopérants de nombreux pilliers de notre système et qu’il est donc préférable de ne pas attendre l'horrible sonnerie du réveil pour passer à l'action !

Pour ceux qui ont décidé de mettre la tête sous l’oreiller et de se rendormir, il s’agit de démontrer que le « très confidentiel plan B »  gardé bien au chaud par les puissants de ce monde ne peut pas exister car en termes d’énergie, il est vain d’attendre un miracle.

Cette sensibilisation passe nécessairement par des sites internet, des vidéos, des conférences, des débats, des livres, des tribunes, tout ce qui permet de faire passer des messages au plus grand nombre.

L’action

Alerter la population sur les problématiques de l’avenir ne peut suffire. Par exemple, certains films perçus comme moralisateurs laissent le spectateur face à sa propre culpabilité sans lui donner les moyens d’engager un réel changement dans sa vie et de passer à l’action.

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Il est donc fondamental d’accompagner le réveil, et donc la prise de conscience du problème, par des outils que chacun pourra s’approprier. D'ailleurs, qui n’a jamais entendu dire : « j’ai bien compris la situation et j’aimerais pouvoir faire quelque chose … mais quoi ? »

Les initiatives telles que le tri des déchets, le recyclage, l’utilisation d’appareils plus efficaces, les petites économies d’eau et d’électricité quotidiennes dans les logements sont autant d’idées qui sont maintenant admises par tous (admises mais pas forcément mises en œuvre !).

Pourtant, cela ne suffira pas. Nous avons atteint les limites de l’action individuelle dans un système globalisé, il est temps de rechercher et de mettre en application des solutions collectives et adaptées aux configurations locales.

Des solutions locales pour un désordre global

Je reprends volontairement le titre du film de Coline Serreau car je le trouve parfaitement adapté à la situation. Face aux problématiques du pic pétrolier et des changements climatiques, les solutions globales n’émergent pas. Il est trop complexe de trouver des solutions applicables à tous, quelles que soient les situations économiques, alimentaires, climatiques, sanitaires ou énergétiques.

La dernière tentative globale de résolution des problèmes alimentaires des pays en voie de développement a été la révolution verte. Le résultat est catastrophique, il ne génère que dépendances, pollutions, inégalités et exploitation des plus faibles par les plus puissants.

En revanche, ceux qui ont osé mettre en œuvre des solutions différentes, en fonction de leurs besoins et de leurs ressources locales ont réussi à mettre en place un système durable, sain et souvent très efficace.

C’est pourquoi le rassemblement des communautés locales dans un projet commun de réorganisation des échanges semble indispensable et inévitable. La solution serait donc là, sous nos yeux.

Objectif Résilience

Si vous êtes bien réveillés (pincez-vous pour vérifier !) alors il est temps de passer à l’action. N’attendez pas plus longtemps pour réveiller vos voisins, votre famille, vos amis. Communiquez au sein de votre quartier ou de votre village et unissez les forces vives pour réveiller tout le monde.

la-foule

© Camille Le Roux

 

Des milliers d’idées peuvent naître de l’émulation collective et je vais citer cette phrase dont je ne retrouve pas l’auteur :

« Le métier de l’habitant c’est d’habiter. Il est donc l’expert de ses propres conditions de vie, c’est pourquoi il doit absolument participer à la décision même s’il n’est pas le décideur final. »

La résilience locale est un but à atteindre pour tous, individuellement et collectivement.

Il est donc indispensable que chacun puisse s’approprier cette notion, évaluer ses vulnérabilités et celles de la communauté, et chercher ainsi les meilleurs outils pour qu’ensemble nous devenions résilients et que nous soyons prêts à envisager l’avenir avec plus de sérénité.

Retournement de situation

Vous le savez bien, le rêve que j'ai décrit plus haut n'est pas si parfait. En effet, le confort matériel dont nous bénéficions n'efface pas tous les maux de notre société (solitude, inégalités, exclusion, stress, pauvreté, gaspillage ...).

A l'inverse, ce que je viens de décrire comme "la dure réalité" pourrait devenir au contraire une formidable opportunité pour mettre en place une organisation résiliente, collective, durable et solidaire.

Et si nous rendions la réalité plus belle que le rêve ?

Encore faut-il se réveiller à temps ...

(article écrit en 2010 et toujours d'actualité)

 

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HUBERT 14/02/2014

Bonjour . En Grece actuellement toutes les villes sont poluéespar des vapeurs toxiques . N'ayant plus les moyens de se chauffer avec du gasoil ou de l'electricite les Grecs se chauffent enj brulant tout et n'importe quoi dans leurs cheminées ou poeles a bois . Meme les ordures menageres y passent . Les quelques rares forets sont pillées par des speculateurs ou de pauvres gens qui n'ont plus que ce moyen . L'energie hors de prix ; transition mal preparée ou inexistante , et voila le resultat .

Régis Bagard 14/02/2014

Bonjour Benoit
Merci pour ce bel article. Il y a beaucoup de façon d'agir pour la résilience. Pour ma part, j'ai déjà sérieusement adapté mon mode de vie à la résilience et je me crée progressivement un réseau de relations réceptif à cet enjeux dans ma ville par l'amap locale. Mais j'ai envie de faire plus surtout quand je vois le niveau du débat politique actuel.
Un des champs d'action possible est le domaine politique. Pour les prochaines élections municipales et européennes, c'est compliqué et trop tard pour faire des listes de lanceur d'alerte mais en 2015, il y aura les cantonales avec des élections originales de binômes. si la réalité ne nous aura pas brutalement sorti de notre somnolence à ce sujet d'ici là, cela pourrait être l'occasion de faire parler de la résilience
Pour tous ceux qui ont envie d'utiliser cette possibilité je lance l'idée d'un nom pour un mouvement politique de lanceur d'alerte: Le conseil national de résilience, le CNR. Je sais que l'adjectif "national" risque de ne pas plaire à tous mais c'est bien évidemment en référence au Conseil National de la Résistance créé à l'initiative de Jean Moulins durant la seconde guerre mondiale et auquel nous devons une bonne partie des acquis sociaux du XXième siècle. J'ai bien conscience que mon message ne ressemble pas aux messages publiés habituellement ici mais j'ai la très solide conviction que le grand public sera sensibilisé aux enjeux de la sortie de l'oléocène que quand ce sujet sera présent dans le domaine politique car c'est un très bon moyen pour avoir accès aux médias de masse. Les hommes politiques sont de moins en moins crédibles. Porter le thème de la résilience c'est aussi une façon de redonner de la noblesse à l'action politique en parlant d'un projet de société durable et en anticipant les événements à venir. Je crois aussi que s"engager en politique sur le thème de la raréfaction progressive du pétrole à notre disposition c'est briser le tabou autour de la fin de la croissance économique. Personnellement, j'aime ce nom "Conseil National de Résilience" car il évoque la force de l'engagement des résistants. Une telle force est nécessaire aujourd'hui pour tenir un discours opposé au discours dominant. Voila je lance ici cette idée en espérant qu'elle conduise un jour à des actions concrètes et utiles.

flosvn 19/02/2014

Nous sommes comme les gorilles mâles dont l’instinct

les conduits régulièrement à tuer les petits de leurs

concurrents pour augmenter les chances de transmettre

leur patrimoine génétique. En cédant à leurs instincts

et en négligeant les menaces qui pèsent sur leur

environnement (déforestation braconnage), ces mâles

accélèrent malgré eux le processus de l'extinction de

leur propre espèce.

La société dans laquelle nous vivons est schizophrène,

les messages dans les médias préconisent l’économie

d’énergie fossile et incitent à acheter de gros

véhicules inutilement polluants. Pour se donner les

meilleures chances de transmettre son patrimoine

génétique, donner la meilleure éducation, la meilleure

santé et le meileur niveau de vie à ses enfants, on

doit accumuler le maximum d'argent, souvent au

détriments des autres. Comment dans une société où la

réussite s'évalue à notre compte en banque et à ce que

l'on consomme promouvoir une politique de sobriété

énergétique ?

Même si la plupart des gens étaient éveillés, ils

devraient lutter contre leurs instincts de survie et

de domination. Ils devraient quitter un emploi peut-

être bien payé pour rentrer dans une période de

transition professionnelle, changer peut-être de

résidence, prendre le risque de rentrer dans une

période de précarité sociale, prendre le risque de

subir l'instinct de domination des autres. Car comme

démontré dans ce blog ce n'est pas en achetant des

ampoules basse consommation que l'on peut changer

l'état des faits actuel.

J'essaye moi-même de passer en période de transition

professionnelle, et c'est dure !

On est en république, en terme de stratégie de

communication je propose de cibler notre objectif sur

l'autorité du pouvoir en place, convaincre le

président de la république de se suicider

politiquement en diffusant chaque semaine sur les

chaines nationnales un message sur l'épuisement des

ressources mondiales, de ses dangers (troisième guerre

mondiale civile, un millénaire d'obscurantisme

énergétique), et la transition énergétique.

En terme de solution, je propose la mise en place d'un

service civil auto-géré, dans lequel toutes la

population serait tenu de participer et dont

l'activité principale serait de créer des jardins

communautaires basés sur l'agriculture bio-intensive.

Ce serait le meilleur moyen de lutter contre la

dépendance énergétique, la pénurie de phosphate ( en

recyclant les excréments), créer une économie

alternative, augmenter la résilience, éduquer et

responsabiliser la population. Chacun étant

responsable des efforts de son travail et de ses

choix. En gros la véritable démocratie, le pouvoir au

peuple (un grand pouvoir implique de grande

responsabilité), personne ne pouvant se

déresponsabiliser et rejetter la faute sur autrui.

En ce qui concerne les initiatives de dévellopement

locales elles peuvent être rapidemment mise à mal par

des intérêts divergents plus puissants il faut soit

être rusé soit avoir des soutiens. Prendre l'exemple

des éoliennes, ou plus générallement des initiatives

de dévellopement local et responsable sur le continent

africain balayées par les intérêts des sociétés ou pays étrangers. Le compromis obtenu faisant suite au

rapport de force entre les différents intérêts fait

que l'on obtient souvent des résultats absurdes. Il

faut obtenir une véritable victoire politique pour

arriver à faire changer les choses.

Je crains malheuresement que ce n'est qu'au pied du

mur que l'on arrive à convaincre la majorité de la

population. Le comportement de la plupart pouvant se

résumer à cette simple comptine "Je vais bien tout va

bien, je vais mal tout va mal!". Il faut que chaque

éveillé se batte (communique) comme un acharné, en

commençant par sa famille, les instincts contre

lesquels nous luttons sont très fort ils ont façonné

notre civilisation.

J'incite tout le monde à lire le livre de Sylvain

Skraber "l'ultime utopie" disponible sur son site www.ultime-utopie.fr ou en lui envoyant un message,

ainsi qu' à revoir le discours de Charlie Chaplin à la

fin du film "Le Dictateur".

J'invite tout le monde à s'inspirer de cette citation

optimiste "Ils ne savaient pas que c'était impossible,

mais ils l'ont fait!", et à méditer sur son inverse

"Ils savaient que c'était possible mais ils n'ont rien

fait!".

Une dernière à titre de motivation.
"On ne peut plus dormir tranquille quand on a une fois ouvert les yeux."
Pierre Reverdy
Merci à Benoit qui m'a éveillé!

MELIN 09/03/2014

Bonjour,

J'ai vu un grand nombre de vos articles et de ceux de Mr JANCOVICI et Mathieu AUZANNEAU. Mais qu'en est-il des algues bleues ? Peut-on espérer que cela pourra remplacer le pétrole en trés grande quantité ? VOir le lien suivant avec une vidéo qui en parle en France :
http://videos.tf1.fr/jt-20h/2011/transformer-du-co2-en-petrole-c-est-pour-bientot-6250489.html
Merci pour votre réponse.
Corrdialement,
Jérôme

adenoid removal 20/03/2014

your sharing here titled Transition of society: from the dream to reality is a proof of the effort and work of some of the leaders to develop and take the world to advancement. The article and article is inspiring and I will visit the site again.

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