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Avenir sans Pétrole

Un autre point de vue sur les retraites

8 Septembre 2010 , Rédigé par Benoît Thévard Publié dans #Regard critique

Puisque c'est LE grand débat du moment, il me semble important d'y apporter une contribution.

Le sujet préoccupe visiblement une grande partie de la population avec plus de 2 millions de personnes dans les rues ce mardi.

A quel âge prendrons-nous notre retraite ? Quel sera son montant ? Mon travail est-il plus pénible que le travail de l'autre ? L'effort demandé est-il équitable entre les riches et les pauvres, entre le travail et le capital ?

Voici les questions qui reviennent en boucle dans les médias depuis quelques jours.

Mon questionnement est tout autre: Est-ce un privilège d'avoir un système de retraite ? Si c'est un privilège, celui-ci est-il durable ?

Bénéfice d'une potion magique

Le développement industriel, la modernité structurelle et l'augmentation incessante du PIB des sociétés occidentales n'ont été possibles que grâce à l'accès quasiment gratuit aux énergies fossiles.

Vous me direz, c'est aussi grâce à l'intelligence de l'Homme et à sa volonté permanente de progresser ... bien sûr ! Mais sans cette potion magique qu'est le pétrole, un condensé d'énergie facile à extraire, à transporter et à utiliser, la croissance (économique, démographique, énergétique...) de certains pays n'aurait jamais connu une telle explosion.

C'est un fait, il y a une relation proportionnelle directe entre l'augmentation du PIB et la consommation d'énergie comme le montre le graphique suivant réalisé par Rémi Guillet:

 

pib-energie.gif

 

Or nous avons eu la chance, grâce à cette énergie gratuite (1$ par baril pendant les 30 glorieuses), de pouvoir générer suffisamment d'excédant d'argent pour qu'un actif puisse payer à la fois son propre train de vie et celui des personnes qui ne travaillent plus.

"(...) Ces considérations ne valent aujourd'hui que pour les pays industrialisés. Ailleurs, la situation est toute autre. Passant en revue l'ensemble des continents, l'étude dresse un certain nombre de constats : les régimes de retraite dans les pays de l'ex-Union soviétique n'ont pratiquement plus aucune valeur du fait de l'effondrement des économies nationales ; ceux d'Afrique sont très faibles et mal gérés ; ceux d'Asie ont été affaiblis par la tempête financière des années quatre-vingt-dix ; ceux des États arabes du Moyen-Orient sont relativement récents et se heurtent au fait que les nombreux travailleurs étrangers n'ont pas le droit de s'y affilier ; enfin les régimes en place en Amérique latine et des Caraïbes ne fonctionnent pas bien." Isabelle Moreau, Espace social européen, 5-11 mai 2000

 

Le constat est là, nous avions jusqu'alors un bon système de retraites. Mais de mon point de vue il faut le considérer comme une chance liée à des circonstances particulièrement favorables et non comme une règle universellement transposable.

 

La bourse ou la vie

 

Même si je suis intimement convaincu que la notion purement financière des retraites finira, un jour, par ne plus exister, je ne crois pas que la vieillesse en deviendra misérable pour autant, bien au contraire !

 

Ce que j'ai expliqué sur ce blog concernant la transition de notre société vers une organisation résiliente, consiste à relocaliser les échanges, repenser les modes de vies intelligemment en alliant les connaissances ancestrales et les savoirs modernes. Par ce principe, la réconciliation des générations est inévitable car nous aurons besoin des anciens pour retrouver la connaissance de la terre, des outils efficaces sans pétrole, des plantes médicinales ...

 

truc-de-gd-mere

 

Aujourd'hui personne ne peut concevoir une retraite sans finances car les "vieux" ne servent plus à rien en regard de la technique qui nous offre tout sur un plateau. Alors les retraités doivent se débrouiller pour vivre, pour aller au supermarché ou pour payer leur facture de chauffage.

 

Est-ce réellement un progrès ? Toutes les sociétés du monde depuis des millénaires respectent les anciens, s'occupent d'eux et leur confient les tâches qu'ils sont encore capables de faire. La retraite financière n'est que la pâle compensation que nous avons trouvée pour préserver un lien virtuel entre les générations:

 

"Je ne m'occupe plus de toi mais je paye ta retraite !"

 

Une question de réalisme

 

Dès l'instant où j'ai compris que le confort de notre société était principalement lié à l'accès aux énergies fossiles gratuites, et que le temps de l'énergie gratuite était compté, j'en ai simplement déduit que nous devrions dorénavant nous recréer le vrai confort de la vie avec moins d'énergie, d'argent et de consumérisme, mais plus d'échange, de solidarité, d'efficacité et d'intelligence collective.

 

Malheureusement, le fonctionnement actuel de nos institutions ne peut proposer autre chose aux retraités, c'est pourquoi je comprends l'inquiétude des français. Mais il ne servirait à rien de laisser croire que cela pourra continuer éternellement.

 

Arrêtons de nous leurrer en pensant que la société telle qu'elle est aujourd'hui pourra perdurer. Ayons l'intelligence de changer nos vies plutôt que faire des "lois-pansements" ou lever des banderoles.

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Donatien 31/01/2011 13:30



Dans le fond je crois qu'on est à peu près d'accord. Mais je pense qu'en modérant le pouvoir d'achat tant des salaires que des retraites, il serait théoriquement possible de
maintenir le système des retraites qui reste un progrès social majeur. Le problème est beaucoup plus préoccupant pour la santé, dont le coût est sans cesse croissant. Pour maintenir une sécurité
sociale gratuite, il faudra bien limiter les ressources qu'on y consacre. Les choix seront difficiles, surtout quand le progrès médical offre chaque jour des solutions plus couteuses mais
efficaces pour prolonger la vie.



Donatien 26/01/2011 01:19



Si je comprends bien, vous nous dites : rien ne sert de sauver les retraites puisque sans pétrole on
n'aura plus une économie permettant de les financer. Ainsi, vous proposez, en appelant ça résilience, de remettre les vieux au travail : au lieu de regarder Des chiffres et des lettres, ils feraient mieux de raccommoder des futals et élever des poules.


Pour ma part, je suis assez inquiet sur l'état du marché de l'emploi d'un monde sans pétrole (comme
beaucoup de gens d'ailleurs). Si les vieux élevaient les poules, que feraient les (vrais) actifs ? Car même si demain nous avions beaucoup moins d'"esclaves énergétiques", nous
pourrions quand même produire avec moins de travail qu'avant grâce aux gains de productivité. C'est d'ailleurs pour cette raison que nos sociétés ont malheureusement structurellement besoin
de croissance, ne serait-ce que pour maintenir le niveau d'emploi.


Admettons qu'un "avenir sans pétrole" se traduise par une division du PIB par 2, ou même par 4 d'ici 2050.
Cela nous ramènerait "seulement" aux niveaux de production d'il y a quelques décennies. La situation n'était alors pas incompatible avec un système de retraite reposant sur une solidarité
nationale intergénérationnelle, qui prenait la forme de transferts monétaires. Pourquoi en serait-il différemment demain?


Je vous concède que pour le moment, on n'aborde pas du tout le problème de la bonne manière (voir mon
blog), mais de là à vouloir jeter le bébé avec l'eau du bain... Pourquoi vouloir à tout prix sortir des échanges monétaires ? Ne peut-on pas envisager une reconversion, une décroissance, une
résilience (ou tout autre vocabulaire, mais je crois qu'on se comprend : modération de nos besoins, production locale et modes de production économes) en conservant la monnaie comme principal
vecteur d'échange ?



Benoît Thévard 31/01/2011 10:05



Bonjour, Je crois qu'il est important de garder la monnaie, même s'il s'agit de monnaie locale ou autre indicateur de richesse. Le différence entre demain et hier, c'est que nous étions en
progression constante grâce à une grande disponibilité des ressources. 


Aujourd'hui nous sommes beaucoup plus nombreux et nous disposons de toujours moins de ressources. La technologie et l'énergie ont remplacé les emplois et lorsque l'énergie viendra a manquer, il
faudra probablement remettre la main d'oeuvre à contribution. Sauf que la main d'oeuvre coûte beaucoup, beaucoup plus cher que l'énergie, ce qui ne permettra pas de payer à la fois des salaires
et des retraites.


Je n'ai pas la prétention de détenir la vérité tant il est difficile d'imaginer ce que sera l'avenir, mais c'est ainsi que je l'imagine. Travailler plus pour gagner moins !



jb thevard 10/09/2010 08:42


Si notre pantalon est déchiré, plutot que d'en racheter un qui vient de Chine trouver un vieux/vieille qui saura le repriser contre la valeur d'un neuf. Vous achetez 10 oeufs par semaines ? trouver
un vieux pour élever des poules et achetez lui. etc etc Bientôt dans un-avenir-sans-pétrole.org, le nouveau catalogue automne-hiver des vieux qui s'emmerdent, qui savent faire des choses et qui
n'ont plus d'argent!